Les banques françaises ont besoin de nouveaux profils mais ont des difficultés à recruter. Que leur manque-t-il pour séduire les jeunes diplômés ?
L’Observatoire des métiers de la banque, outil paritaire de prospective, a actualisé son étude, en février dernier, sur les nouvelles compétences et la transformation des métiers à horizon 2025. Les diplômés de quelques écoles très élitaires, certains profils très prisés comme les data scientists, les jeunes formés aux métiers très exigeants de la gestion des données ou de l’intelligence artificielle ont le choix entre secteurs d’activité ou même le pays où il souhaite travailler, privilégiant les plus rémunérateurs, avec l’intérêt de se constituer un réseau international.
Une autre étude menée sur l’attractivité corrobore trois facteurs de choix : le salaire, les conditions de travail et le sens du métier. À ce titre, la banque est bien positionnée sur l’ensemble de ses nombreux métiers. Un commercial, par exemple, peut gagner 20 % à 40 % de plus dans le secteur bancaire que dans un autre. De plus, tous bénéficient de packages de rémunération, au-delà du salaire.
Par ailleurs, si près de la moitié des emplois sont en Île-de-France, l’autre moitié est ailleurs ! Les banques occitanes, qui emploient près de 20 000 salariés sur 13 départements, se sont ainsi unies pour valoriser leurs métiers et fixer 5 000 recrutements en 2023.
Enfin, il y a un aspect gratifiant dans la solidité du secteur et le financement de projets, en particulier en phase de transition : accompagner les projets dans le temps. C’est cela donner un sens à nos métiers. Tous ont un point commun : l’expertise. Ainsi le secteur est très ouvert à l’alternance et s’adresse aux jeunes en amont de leurs études supérieures. Dans les forums lycéens, les témoignages qui attirent le plus sont ceux qui décrivent des parcours permettant d’exercer plusieurs métiers.
Les jeunes pensent à la formation avant de penser au métier. Il faut aussi que les cursus répondent aux besoins : la gestion des risques dans les dix prochaines années, par exemple, nécessitera des compétences accrues dans la data, l’économétrie etc.
À propos de rémunération, les négociations annuelles obligatoires (NAO) ont abouti à une revalorisation des salaires minima de branche au 1er mai. Qui est concerné par ces seuils planchers dans la banque ?
Cela concerne 1 % des 181 900 salariés de banques commerciales représentées par l’Association française des banques (AFB), en particulier ceux qui ne sont pas couverts par une NAO au sein de leur établissement. La profession a pour objectif de maintenir l’ensemble des minima au-dessus du SMIC majoré de 5 %. Les emplois y sont très qualifiés et les salaires plus élevés que dans d’autres secteurs.
Le secteur bancaire se caractérise aussi par un dispositif particulier de rémunération variable, les bonus, que l’Union européenne (UE) a plafonnés. Cela peut-il entraîner une fuite des talents ?
Les règles européennes n’ont pas varié ces quatre dernières années. Avec le Brexit, on s’est plutôt interrogé sur les postes qui pourraient être transférés dans l’UE. Il faut garder les proportions à l’esprit : environ un millier de personnes sur plusieurs dizaines de milliers de salariés. Par définition, le marché des changes est moins important en zone euro. En revanche, la gestion d’actifs est particulièrement développée.
Vous avez cité l’alternance. Est-ce un bon moyen pour attirer de jeunes talents ?
La banque recrute un nombre important d’alternants (plus de 18 000 en 2022), avec un taux de rétention particulièrement élevé (85 % des jeunes en emplois) qui augmente depuis deux ans. C’est un élément clé de promotion sociale.
Propos recueillis par Sylvie Guyony le 16 mai 2024