Finance tokenisée : la bonne combinaison à trouver

Créé le

23.03.2026

-

Mis à jour le

01.04.2026

Si les innovations technologiques sur actifs financiers numériques semblent aller bien plus vite aux États-Unis, l’Europe et la France poursuivent leur incursion dans ce domaine. Les initiatives se multiplient dans ce marché encore en devenir.

Il fut un temps où la blockchain semblait condamnée à rester aux marges du système financier traditionnel. Encensée d’abord par les experts en cryptographie, puis par les adeptes des cryptomonnaies, cette technologie suscitait une certaine méfiance de la part des grands établissements financiers. Ce temps est désormais révolu. Malgré son scepticisme et même ses vives critiques à l’égard du Bitcoin, Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, a bel et bien lancé sa banque dans la course aux innovations numériques. Ces deux dernières années, l’établissement américain a multiplié les initiatives : lancement de Mony, de JPM Coin... Ces cas d’usages de tokenisation, c’est-à-dire la transformation d’un actif financier en jeton numérique sur une blockchain, se multiplient désormais outre-Atlantique. Des gestionnaires d’actifs comme BlackRock, Franklin Templeton ou encore Fidelity figurent parmi les acteurs les plus avancés en la matière.

Aux États-Unis, la tokenisation a même pris une dimension politique majeure avec l’élaboration d’une nouvelle législation. Actuellement débattu au sénat, le Clarity Act vise à mieux encadrer les actifs numériques sur le sol américain. Au-delà de la seule régulation des crypto-actifs, ce texte s’inscrit dans une stratégie plus globale visant à positionner les États-Unis comme un pôle d’innovation financière. L’adoption de ce texte, qui suscite actuellement de vifs débats sur la rémunération des stablecoins, pourrait ainsi redessiner l’équilibre entre finance traditionnelle et finance décentralisée, et ouvrir la voie à une convergence progressive des modèles bancaires et numériques.

En Europe, les initiatives ne manquent pas non plus. La plupart des grandes banques mobilisent des équipes sur ce sujet. En France, SG-Forge ou encore BNP Paribas sont particulièrement actifs, tandis que de nombreux acteurs issus des fintechs et des sociétés de gestion se mettent eux aussi en ordre de marche.

Déploiement des fonds monétaires tokenisés

La start-up française Spiko a lancé, mi-2024, les premiers fonds monétaires tokenisés (sur blockchains publiques et investis en bons du Trésor) agréés dans l’Union européenne. Ces produits en euro, dollar ou livre sterling ont récemment dépassé le milliard d’euros d’encours sous gestion. Le premier gestionnaire d’actifs en Europe, Amundi, vient par ailleurs de s’associer avec cette start-up pour lancer SAFO (Spiko Amundi Overnight Swap Fund), un nouveau produit de trésorerie monétaire tokenisé sur des produits dérivés qui vise un rendement annuel de 2,2 % net de frais en euro. De quoi concurrencer les fonds monétaires traditionnels, dont la performance mensuelle a seulement atteint 0,17 % en janvier dernier, selon la Banque de France.

Pour accompagner les différentes initiatives en cours ou en préparation, l’Autorité des marchés financiers (AMF), la Banque de France et la direction générale du Trésor ont inauguré mi-mars un groupe de travail dédié à l’innovation et à la tokenisation de la finance. Les treize acteurs y participants– Amundi, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Euroclear, Euronext, Caisse des Dépôts, BPCE, LCH SA, Ardian, OFI Invest, BNP AM et l’AFTE – devraient publier un rapport d’ici à l’été. En attendant, le dossier de ce mois propose un éclairage des dernières avancées en matière de tokenisation.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº910