Le télétravail a fait irruption dans tous les métiers intellectuels. En 2020, il s’est imposé en urgence à des équipes habituées à fonctionner ensemble. Cette organisation du travail est désormais une norme et une attente très forte. Il a fallu apprendre à allier la souplesse, qu’elle a indéniablement apportée, avec les nécessités de la profession. Cette réalité s’applique avec une acuité particulière pour les jeunes diplômés (JD) qui découvrent un métier, une entreprise, des collègues et des clients. Dans un marché tendu pour les recruteurs et pour réussir l’intégration des JD, un discours honnête et une exigence partagée doivent accompagner ce mode de travail.
Le télétravail est venu introduire un troisième lieu (le domicile), en plus des locaux du client et du cabinet, et une capacité technique à travailler à distance. Et cela change la donne.
Par exemple, jusqu’en 2020, une banque en région, à 4 heures de train de la capitale, attendait une présence des consultants sur son site du lundi au vendredi. Depuis, elle a mis en place le télétravail pour ses collaborateurs et souhaite maintenant que les consultants réalisent leurs missions à distance. Il faut aujourd’hui justifier sa venue sur site.
Autre exemple : les clients ne s’attendent plus à une présence tous les jours. Les consultants ont donc la possibilité de faire un ou deux jours à distance, chez eux ou au cabinet. L’occupation de nos locaux, loin d’avoir baissé, a évolué. Avant, nous y voyions surtout les consultants en intercontrat. Aujourd’hui, nombre de collaborateurs viennent par choix, conscients de leur intérêt professionnel et personnel.
Ces évolutions sont positives. Néanmoins, le conseil exige toujours de développer des expertises, de savoir mener études et projets, de connaître le client. Contrairement à des métiers très « procédurés », dans le conseil, chaque mission nécessite de s’approprier le contexte et les enjeux du client, de concevoir des solutions adaptées... C’est un métier qui s’apprend par l’exercice, la curiosité et la rigueur.
Il faut se méfier d’un télétravail mal maîtrisé, en particulier lorsqu’on démarre dans un métier. Dans les premiers mois, l’essentiel est d’apprendre, pour ensuite, progressivement, gagner en autonomie. À défaut, le risque est l’échec et la démotivation.
Or les apprentissages sont plus aisés et efficaces en situation. Dans notre cabinet, nous avons une tradition du « papier stylo » : prendre le temps, entre un manager et un consultant, d’expliquer un concept, côte à côte, avec des schémas. À distance, c’est plus difficile et donc plus rare. Il en va de même pour la relation client et l’appropriation des enjeux de la mission.
Il faut aussi savoir utiliser les outils du télétravail : préparer et animer une visioconférence, être à l’aise pour solliciter ses collègues. Ces compétences doivent être apportées au jeune collaborateur... Nous mettons ainsi un accent particulier sur le fait de créer le réflexe du contact direct, souvent plus productif qu’un e-mail perdu dans une journée chargée.
En conséquence, il faut apprendre à utiliser le télétravail en fonction de son autonomie, par nature faible au début d’une carrière, et des nécessités de mission. Certaines phases peuvent en effet requérir un présentiel accru. On ne devient pas consultant en ligne !
S’adapter et rester exigeant
Le conseil, ce sont de nouvelles missions, avec de nouveaux clients sur de nouvelles problématiques. C’est un métier qui n’est ni linéaire ni prévisible, et c’est justement ce que viennent chercher les JD.
Il faut leur tenir un discours de vérité et expliquer comment, en faisant un usage intelligent du télétravail, ils peuvent devenir des professionnels autonomes et efficaces. De son côté, l’entreprise doit mettre en place des règles simples et faciliter les possibilités de travailler ensemble, en distanciel et en présentiel. Le choix de locaux accessibles et bien organisés encourage les comportements vertueux. Ce phénomène est connu dans le métier : les locaux bien situés sont essentiels au recrutement et au bon fonctionnement. Il faut ensuite faire confiance aux JD et constater qu’ils s’approprient rapidement les bonnes pratiques pour s’accomplir dans un très beau métier.