Instantanés, dématérialisés et augmentés : l’avenir des paiements

Créé le

21.04.2026

Comment payerons-nous nos achats d’ici cinq à dix ans ? Cette question constitue le fil rouge de ce dossier consacré au futur des paiements. Il faut dire que les usages progressent à grands pas. « Les paiements constituent l’un des sous-segments de l’industrie financière qui évoluent le plus rapidement », confirme Julien Maldonato, associé chez Deloitte. Les chiffres sont d’ailleurs parlants : le cash ne représente plus que 52 % des transactions, contre 79 % en 2016 (voir infographie).

Les Européens du Nord, comme les Néerlandais, y attachent désormais très peu d’importance. Gageons que le poids des espèces, déjà faible en valeur, ou même de la carte, encore omniprésente en Europe, continuera de baisser à mesure que le paiement dématérialisé, notamment via smartphone, se démocratise. Selon le dernier rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, le virement instantané ou le paiement par mobile tirent le développement des usages. Une modification rapide des comportements dans un marché des paiements colossal. La Banque Centrale Européenne fait état de 55,7 milliards de transactions traitées par les systèmes de paiements de détail en zone euro au premier semestre 2025, soit l’équivalent de 26 200 milliards d’euros ! Mais, en dehors de la France où le GIE CB représente 80 % des transactions par carte, il reste encore largement dominé par les géants américains tels qu’Apple, Mastercard ou Visa.

Face aux tensions géopolitiques, la souveraineté des paiements devient donc centrale dans les réflexions de l’écosystème. Lors du dernier sommet du GIE CB, Emmanuel Macron a rappelé l’importance de mutualiser les forces européennes pour continuer « à proposer des solutions de paiement fiables, innovantes et compétitives ». Si l’on peut saluer le succès des virements SEPA en Europe, des paiements instantanés avec Wero, les efforts doivent se poursuivre. Sans compter qu’il faut désormais prendre en compte l’essor des monnaies numériques (voir encadré).

L’intégration de l’intelligence artificielle constitue l’autre grand défi à relever dans les prochaines années. Couplée à la blockchain, l’IA promet de faire entrer le monde des paiements dans le temps réel. Exit les jours ouvrés et les besoins de réconciliations des systèmes pour les entreprises. Du côté des particuliers, le paiement agentique, encore en phase de test pour le moment en Europe, devrait rapidement devenir une réalité. Les banques comme l’ensemble des acteurs des paiements doivent s’y préparer dès à présent pour ne pas passer à côté du train des innovations. Audrey Spy

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº916
Vifs débats autour de l’euro numérique
Dès le 5 mai, le Parlement européen devrait se prononcer sur la création d’une nouvelle solution de paiement avec l’euro numérique de banque centrale, réponse proposée par les institutions publiques en réaction à la montée en puissance des paiements digitaux et des cryptomonnaies. L’objectif de cette forme d’espèces numériques est de préserver la souveraineté et la résilience du système européen face aux géants américains et remédier à la fragmentation. Un projet « non négociable », selon les termes utilisés par Aurore Lalucq, la présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, lors du dernier sommet CB.
La création d’un euro numérique de détail, cependant, ne reçoit pas les faveurs du privé, qui défend la solution Wero. « L’euro numérique soulève un enjeu de santé pour les banques commerciales : des sommes significatives pourraient quitter leur bilan pour rejoindre celui de la BCE, avec un effet direct sur leur capacité de crédit. L’enjeu politique se joue au niveau des plafonds de détention », ajoute Julien Maldonato, associé chez Deloitte. Un sujet stratégique pour lequel Daniel Baal, le président de la Fédération bancaire française (FBF, actionnaire de La Revue Banque), a récemment rappelé, lors d’un événement à Bruxelles, que l’euro numérique est « un projet extrêmement consommateur de ressources, avec 18 milliards d’euros d’investissements supplémentaires attendus juste pour les banques européennes et [qu’]il aura des conséquences directes sur le financement des entreprises et des ménages européens ». Un chantier qui nécessite encore par ailleurs de nombreux éclaircissements. A. S et F. A.