Comment payerons-nous nos achats d’ici cinq à dix ans ? Cette question constitue le fil rouge de ce dossier consacré au futur des paiements. Il faut dire que les usages progressent à grands pas. « Les paiements constituent l’un des sous-segments de l’industrie financière qui évoluent le plus rapidement », confirme Julien Maldonato, associé chez Deloitte. Les chiffres sont d’ailleurs parlants : le cash ne représente plus que 52 % des transactions, contre 79 % en 2016 (voir infographie).
Les Européens du Nord, comme les Néerlandais, y attachent désormais très peu d’importance. Gageons que le poids des espèces, déjà faible en valeur, ou même de la carte, encore omniprésente en Europe, continuera de baisser à mesure que le paiement dématérialisé, notamment via smartphone, se démocratise. Selon le dernier rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, le virement instantané ou le paiement par mobile tirent le développement des usages. Une modification rapide des comportements dans un marché des paiements colossal. La Banque Centrale Européenne fait état de 55,7 milliards de transactions traitées par les systèmes de paiements de détail en zone euro au premier semestre 2025, soit l’équivalent de 26 200 milliards d’euros ! Mais, en dehors de la France où le GIE CB représente 80 % des transactions par carte, il reste encore largement dominé par les géants américains tels qu’Apple, Mastercard ou Visa.
Face aux tensions géopolitiques, la souveraineté des paiements devient donc centrale dans les réflexions de l’écosystème. Lors du dernier sommet du GIE CB, Emmanuel Macron a rappelé l’importance de mutualiser les forces européennes pour continuer « à proposer des solutions de paiement fiables, innovantes et compétitives ». Si l’on peut saluer le succès des virements SEPA en Europe, des paiements instantanés avec Wero, les efforts doivent se poursuivre. Sans compter qu’il faut désormais prendre en compte l’essor des monnaies numériques (voir encadré).
L’intégration de l’intelligence artificielle constitue l’autre grand défi à relever dans les prochaines années. Couplée à la blockchain, l’IA promet de faire entrer le monde des paiements dans le temps réel. Exit les jours ouvrés et les besoins de réconciliations des systèmes pour les entreprises. Du côté des particuliers, le paiement agentique, encore en phase de test pour le moment en Europe, devrait rapidement devenir une réalité. Les banques comme l’ensemble des acteurs des paiements doivent s’y préparer dès à présent pour ne pas passer à côté du train des innovations. Audrey Spy