UBS a fait de son directeur général (DG) Sergio Ermotti le patron de banque le mieux payé en Europe, moins d’un an après son retour au sein de l’établissement. Avec une rémunération totale de 14,4 millions de francs suisses l’an dernier (15,9 millions de dollars), le dirigeant surpasse son prédécesseur Ralph Hamers, qui, en 2022, avait reçu 12,6 millions de francs suisses. Il faut dire que Sergio Ermotti a été parachuté à ce poste en mars 2023, quelques semaines seulement après le sauvetage de Credit Suisse par UBS.
Ses émoluments restent bien supérieurs à ceux de ses pairs européens, y compris Christian Sewing, DG de Deutsche Bank, avec 8,9 millions d’euros, ou Noel Quinn, DG de HSBC (10,6 millions de livres) ou encore Andrea Orcel, DG d’UniCredit, avec un maximum de 9,75 millions d’euros.
Les actionnaires de la banque italienne ont approuvé la politique de rémunération d’UniCredit en 2024, laquelle prévoit une augmentation de 10,8 % du salaire de base d’Andrea Orcel, à 3,60 millions d’euros. Le package avait pourtant provoqué quelques haussements de sourcils de la part de l’agence de conseil en vote Glass Lewis, qui indiquait que la hausse proposée était « excessive ». Mais les résultats record d’UniCredit et sa politique de dividendes ont eu raison des oppositions : la banque a déclaré qu’elle verserait 8,6 milliards d’euros à ses actionnaires en rachats d’actions et en dividendes au titre de 2023, ce qui correspond à 100 % de son bénéfice sous-jacent. La banque prévoit aussi un taux de distribution de 90 % à partir de 2024.
Dans la même veine, ISS (Institutionnal Shareholder Services) s’était opposé au nouveau plan de rémunération du numéro un de la banque espagnole Santander, qui prévoyait l’approbation d’une hausse de 5 % de la rémunération fixe de la présidente Ana Botin et de celle de Hector Grisi, son directeur général. Le salaire fixe de la présidente avait déjà été augmenté de 3 % l’année précédente. Au total, la banquière a perçu un total de 12,2 millions d’euros en 2023.
Quelques dirigeants échappent néanmoins à ce mouvement de hausse, à l’exemple de C.S. Venkatakrishnan, DG de Barclays, dont la rémunération globale a chuté de 13 %, en passant de 5,2 millions de livres à 4,6 millions de livres l’an dernier. Le groupe bancaire britannique a dégagé des revenus en baisse de 3 % durant le dernier trimestre 2023, de 1,8 à 1,75 milliard de livres.
Les rémunérations françaises peu attractives
Les dirigeants de banques européennes restent néanmoins bien moins rémunérés que leurs alter ego américains. « Outre un rapport complètement décomplexé par rapport aux niveaux de rémunérations, les établissements outre-Atlantique ne présentent pas non plus les mêmes P&L que les banques européennes », commente Diane Segalen, fondatrice et associée du cabinet de recrutement Segalen + Associés. L’an dernier, le directeur général de JP Morgan Jamie Dimon a perçu la coquette somme de 36 millions de dollars (+4 %), tandis que Jamie Gorman, le DG sortant de Morgan Stanley, recevait une rémunération encore plus pharaonique de 37 millions de dollars (+17,5 %).
De son côté, David Solomon, DG de Goldman Sachs, a vu sa rémunération bondir de 24 % en un an, à 31 millions de dollars, alors que la banque d’investissement a enregistré ses profits les plus bas depuis quatre ans, à 8,5 milliards de dollars, en baisse de 24 % en un an. Même constat chez Citi, où la directrice générale Jane Fraser a obtenu une enveloppe de 26 millions de dollars en 2023, en hausse de 6 % sur une année, dans un contexte de forte baisse des profits (près de 40 %) et une restructuration de la banque en profondeur.
À titre de comparaison, le DG de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, s’est vu attribuer une rémunération totale de 4,33 millions d’euros au titre de l’exercice 2023, soit 203 000 euros de moins que l’année précédente. Début février, le groupe avait publié un résultat net distribuable 2023 en hausse de 10,2 %, à 11,2 milliards d’euros. « Les niveaux de rémunération pratiqués dans les banques américaines, et plus généralement dans certaines banques européennes, rendent difficiles sinon impossibles l’attractivité pour les talents internationaux aux plus hautes fonctions des banques françaises », conclut Diane Segalen.