Les jeux Olympiques et paralympiques sont désormais derrière nous. Ils ont été l’occasion de montrer au monde entier l’excellence hexagonale ! A priori, cet avis est partagé par un grand nombre. Car il faut se méfier : le Français maîtrise bien l’art du cocorico, avec ce talent inné d’être au-dessus des autres, au point parfois d’énerver ses voisins...
Que vaut la banque française ? Le Comité de stabilité financière a plutôt tendance à la trouver « systémique ». Dans un marché hexagonal très concentré, quatre établissements font ainsi partie des établissements systémiques : BNP Paribas (niveau 2), Crédit Agricole, BPCE et Société Générale (niveau 1). Sur 29 établissements à travers le monde, cela fait une jolie part de marché...
Mais il n’y a pas que la taille qui compte. Avec nos experts, nous avons étudié la banque française. Histoire de planter le décor, revenons quelque peu en arrière. À tout seigneur tout honneur, reprenons le jugement de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, superviseur du métier, lors de la présentation du rapport annuel de cette institution. « L’année 2023 avait commencé avec les faillites bancaires aux États-Unis et le rachat forcé de Credit Suisse. Mais elle a ensuite permis de confirmer la solidité du secteur bancaire et assurantiel en France et en Europe, aidée par la force de notre réglementation et de notre modèle de supervision (...).
La solvabilité des banques a été la grande priorité réglementaire depuis la crise financière globale de 2008. Dans ce domaine, nous avons désormais des acquis importants, en particulier en Europe et en France. Les ratios de solvabilité des six principaux groupes bancaires français se situent ainsi à 15,5 % à fin décembre 2023, bien au-dessus des exigences réglementaires. (...)
La liquidité avait quant à elle été la grande crainte début 2023, suite à la crise de la Silicon Valley Bank. Là aussi les banques françaises ont confirmé leur solidité : à fin 2023, leur ratio LCR agrégé s’élevait à 147 % et leur ratio NSFR à 115 %, bien au-delà du minimum de 100 %.
J’en viens au (...) défi spécifique des banques françaises : la rentabilité. Jusqu’en 2022, leur ratio “résultat net sur fonds propres” (RoE) marquait une situation comparable à celle des autres banques européennes et internationales. L’écart s’est creusé depuis, avec un ratio stable en France mais en augmentation conjoncturelle ailleurs en Europe. » Bon élève, mais peut mieux faire !
À la différence de l’école, dans l’univers bancaire, le débat sur les notes n’existe pas. Pour lever des capitaux, il faut accepter la sentence des agences de notation. Deux d’entre elles – Fitch et Moody’s – nous ont livré leur lecture des résultats du premier semestre des banques françaises ainsi que leurs perspectives. Raphael Quina (Fitch) a la dent dure, constatant l’insuffisance du redressement de la marge d’intérêt, tout comme le travail à effectuer sur les réductions de coût. Yasuko Nakamura (Moody’s) prévoit quant à elle des résultats stables, tout en pointant du doigt la montée du coût du risque. Un élément majeur à prendre en compte : l’actuel retournement des politiques monétaires. Histoire de se rassurer, les banques américaines ont les mêmes problèmes...
Sur les marchés boursiers, les banques françaises sont décotées. Erreur d’analyse des marchés, juge David Benamou (Axiom). Le propos d’Alain Laurin, spécialiste reconnu dans le monde des agences de notation, nous apporte un élément majeur sur une décote systémique : évaluer la gouvernance d’une banque de l’extérieur est un exercice périlleux, voire irréalisable...
Mais aussi, au-delà des chiffres scrutés par les analystes et autres experts des marchés, il y a la vraie vie. Celle du terrain, du business, de l’opérationnel. Et s’il est question de mieux faire, encore faut-il réfléchir comment. Quelle place pour le développement numérique, utilisé par exemple par BBVA pour s’implanter en Italie et en Allemagne ? La gestion des risques est le cœur du dispositif. Comment détecter les risques dans des environnements de plus en plus évolutifs ? Comment anticiper les risques futurs ? Comment faire évoluer les structures ? Dans sa quête de progrès, la banque française peut toutefois espérer une moindre pression législative et réglementaire, après plus de quinze ans de serrage de boulons de la part des autorités, suite à la crise de 2008...