Les fusions-acquisitions risquent-elles de pâtir du nouvel environnement politique français ?
Les fusions-acquisitions sont traditionnellement sous l’influence directe du climat politique. L’instabilité, le manque de clarté et les tensions provoquées par la dissolution et ses suites viennent freiner un marché déjà fragile. D’abord, la politique économique du gouvernement peut affecter la confiance des investisseurs et des entreprises. Des changements dans la réglementation, la fiscalité ou les incitations à l’investissement – autant d’incertitudes en l’absence de victoire franche d’un camp au deuxième tour des élections législatives de juillet dernier – peuvent soit encourager soit décourager les opérations de fusions-acquisitions (M&A). Par exemple, si le gouvernement adopte une position protectionniste ou réglemente de manière plus stricte les investissements étrangers, cela pourrait refroidir l’appétit pour les fusions-acquisitions.
Pour quelles raisons ?
Les raisons pour lesquelles le nouvel environnement politique peut influencer les M&A sont multiples. Premièrement, la stabilité politique est un facteur clé pour les investisseurs. Les périodes d’incertitude ou de transition politique peuvent entraîner une attitude attentiste de la part des investisseurs et des entreprises, qui préfèrent souvent attendre que la situation se stabilise avant de s’engager dans des opérations de grande envergure. Deuxièmement, la politique fiscale a un impact direct sur la rentabilité des opérations de M&A. Des changements dans la législation fiscale, tels que l’augmentation des taxes sur les plus-values ou les modifications des règles de déduction des intérêts, peuvent affecter la structure financière et l’attractivité des cibles. Troisièmement, la réglementation sectorielle peut également jouer un rôle important. Des secteurs clés pour l’économie française, comme l’énergie, les télécommunications ou la finance, sont souvent sujets à des réglementations spécifiques qui peuvent être modifiées en fonction des orientations politiques, influençant ainsi la faisabilité (au pire) ou la rentabilité (au mieux) des fusions-acquisitions.
Quels risques cela fait-il peser sur les banques françaises ?
En tant qu’acteurs majeurs dans le domaine des M&A, les banques françaises peuvent être exposées à plusieurs risques dans un contexte politique changeant. Tout d’abord, elles pourraient voir une diminution des mandats de conseil en M&A si les entreprises décident de reporter ou d’annuler leurs projets de fusion ou d’acquisition en raison de l’incertitude politique. Cela aurait un impact direct sur les revenus générés par les activités de banque d’investissement. Les banques françaises pourraient également être confrontées à des risques réglementaires accrus si le nouveau gouvernement, lorsqu’il sera nommé, décidait de renforcer le contrôle sur les opérations financières, ce qui pourrait entraîner des coûts supplémentaires et des contraintes opérationnelles. Enfin, elles pourraient également subir les conséquences d’une éventuelle détérioration de l’économie française liée à des politiques défavorables aux affaires, ce qui pourrait réduire la demande globale pour les services de financement et de conseil en M&A.
Propos recueillis par Sylvie Guyony