Les dirigeants du secteur bancaire américain ne sont pas à la fête, même si Michael Barr, le vice-président de la Réserve fédérale (Fed) chargé de la supervision, vient de proposer d’alléger de moitié les exigences supplémentaires en capital induit par la finalisation des accords de Bâle. Lors de la conférence Barclays, début septembre à New York, ces derniers ont appelé à la prudence sur les profits attendus au troisième trimestre et mis en garde sur l’impact de la baisse des taux sur les revenus d’intérêt.
Le marché trop optimiste selon JP Morgan
C’est particulièrement vrai pour la première banque américaine en termes d’actifs et du premier prêteur, JPMorgan (voir tableau). Le groupe a dégagé un profit net de près de 50 milliards de dollars en hausse de 38 % sur un an et une marge bénéficiaire de 33 % en 2023, profitant à plein de la manne liée à la remontée des taux de la Fed pour combattre l’inflation. « Il est clair que lorsque les taux baissent, la pression sur la réévaluation des dépôts est moins forte. Mais comme vous le savez, nous sommes très sensibles aux actifs », a expliqué Daniel Pinto, président et directeur général délégué de la banque new-yorkaise, le 10 septembre dernier. « Les attentes en matière de NII [la différence entre le montant d’intérêts gagné avec les prêts et le coût des dépôts, ndlr] sont un peu trop élevées. L’année prochaine, ce sera un peu plus difficile », a-t-il averti.
Avec la baisse des taux, les banques tireront moins d’argent des titres et réduiront leurs marges sur les nouveaux prêts dont la tarification dépend de la politique monétaire. Selon Nathan Stoval, analyste chez S&P Global Market Intelligence, « les marges continuent d’être sous pression pour les plus grandes banques. Cela est dû au fait que les coûts de financement ont continué à augmenter alors que les rendements de leurs actifs, tels que les prêts, ont atteint leur maximum. »
D’après le dernier rapport de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) portant sur 4 539 banques, les bénéfices du secteur ont augmenté de 11,4 % pour atteindre 71,5 milliards de dollars au deuxième trimestre. Le ratio agrégé de rendement des actifs (ROA) s’élève à 1,20 % et la marge nette d’intérêt a légèrement diminué à 3,16 %.
Immobilier commercial et cartes de crédit
sous surveillance
Mais l’agence fédérale chargée de garantir les dépôts bancaires s’inquiète des risques accrus de l’immobilier commercial et des cartes de crédit. « Ces problèmes pourraient nuire à la qualité du crédit, aux bénéfices et à la liquidité du secteur », a prévenu son président, Martin Gruenberg.
Le taux d’impayés nets pour les cartes de crédit a atteint 4,82 %, son niveau le plus élevé depuis 2011. Quant à l’immobilier commercial, le taux des prêts immobiliers commerciaux inoccupés, très présents dans les portefeuilles de bureaux des plus grandes banques, est au plus haut depuis 2013 à 1,77 %. Cela pèse donc sur leur rentabilité.
Toutefois, comme le souligne Nathan Stoval, « les grandes banques ont été plus agressives pour constituer des réserves, non seulement en raison de leur exposition directe, mais aussi parce qu’elles peuvent compter sur des sources de revenu diversifiées, contrairement aux banques communautaires ou régionales ». Au final, rien d’inquiétant donc. Un avis partagé par Christopher Wolfe, analyste chez Fitch, pour qui les grandes banques se sont déjà adaptées au nouvel environnement de taux. « Leurs perspectives de bénéfices sont positives. L’assouplissement de la politique monétaire pourrait même atténuer la pression exercée sur certaines des pertes non réalisées. »