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Un peu à la manière de BNP Paribas avec Nickel, BBVA avance ses pions en Europe. Le numéro deux bancaire espagnol a commencé par le Sud. Quinze ans après avoir échoué à racheter Banca Nazionale del Lavoro, reprise... par BNP Paribas, BBVA s’est implantée en Italie dans la banque de détail en octobre 2021. Pour se développer dans la Botte, où elle possède une activité de BFI depuis 1982, l’établissement a choisi une banque numérique. Une option moins coûteuse et plus efficace que le développement d’un réseau d’agences physiques. « Les processus sont aujourd’hui de plus en plus automatisés et l’utilisation de l’intelligence artificielle est un plus, en particulier chez BBVA qui travaille à l’heure actuelle sur plus de 600 projets dans l’ensemble de ses marchés », explique Maria Jesus Parra, analyste auprès de l’agence de notation Morningstar DBRS. Avant de rajouter « le niveau de customisation y est aussi plus élevé, ce qui a pour effet d’accroître la rétention clients ».
Une souplesse de néobanque
Depuis son lancement, la banque est parvenue à convaincre plus de 500 000 clients en Italie, un but atteint avec deux ans et demi d’avance. L’objectif est désormais d’atteindre 1 million dans les deux prochaines années. Pour obtenir ce résultat, BBVA a parié sur les ingrédients qui ont garanti jusqu’à présent le succès des néobanques européennes : une offre de produits simples avec comptes courants et cartes de crédits, pas de commissions et des prix compétitifs en l’absence d’un réseau d’agences. Parmi ces propositions, les clients ont ainsi la possibilité de payer en plusieurs fois des achats d’une valeur maximale de 1 500 euros.
Depuis peu, BBVA s’est aussi aventurée sur d’autres produits financiers : elle propose ainsi des prêts immobiliers équivalant à 80 % du montant de l’achat pour les résidences principales et de 70 % pour les résidences secondaires. Elle a aussi commercialisé près de 300 fonds de gérants internationaux auprès de sa clientèle italienne. Dans l’assurance, le prêteur a noué un partenariat avec Axa pour proposer une assurance prévoyance de protection des revenus en cas d’accidents ou de maladie.
Cette première incursion réussie en Italie a incité la banque à pousser son offensive européenne en Allemagne, un pays de 84 millions d’habitants, dès l’an prochain. « Les systèmes bancaires italien et allemand sont plus fragmentés et moins numérisés que les systèmes espagnol et français, ce qui explique, selon nous, la raison pour laquelle BBVA a commencé son expansion européenne dans ces pays, poursuit Maria Jesus Parra. Qui plus est, la banque y possède déjà des succursales physiques et connaît donc la dynamique et les caractéristiques des deux marchés. »
Pour BBVA, ces implantations successives en Europe permettent de garantir une diversification de ses activités géographiques en réduisant sa dépendance à l’égard de pays plus volatils, comme la Turquie, et sa forte dépendance à l’égard du Mexique, tous deux représentant plus de 60 % des bénéfices du groupe. Au premier semestre 2024, la banque a enregistré un bénéfice net attribuable record de 4,99 milliards d’euros, en hausse de 29 % en glissement annuel.
Après les rachats, la digestion ?
L’empreinte européenne de BBVA pourrait aussi s’élargir grâce au rachat de son concurrent Sabadell, qui possède la marque de banque de détail TSB au Royaume-Uni, forte de 5 millions de clients et d’un portefeuille de prêts de 36 milliards de livres (42,6 milliards d’euros). L’offre publique d’achat a déjà obtenu le soutien de l’autorité de super-vision prudentielle britannique, la PRA, ainsi que celui de la BCE.
Pour l’heure, BBVA écarte toute nouvelle offensive numérique dans d’autres pays européens. Un porte-parole du groupe bancaire l’affirme : « Notre première option est aujourd’hui de nous convertir en la première option pour les clients italiens aussi bien qu’allemands. »