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Consommation, toutes options comprises

Créé le

21.03.2024

-

Mis à jour le

26.03.2024

Les chiffres de 2023 sont clairs : les prêts à la consommation marquent un coup d’arrêt. Si l’accélération du crédit renouvelable est conjoncturelle, le virage pris vers la location va être accentué par la réglementation européenne. Les banques françaises sont en pole position.

Un flux de 49,3 milliards d’euros (Mds €) en 2023, contre 49,6 Mds € l’année précédente, alors en croissance de 7,6 % par rapport à 2021 : c’est ce que l’Association française des sociétés financières (ASF) a enregistré pour ses sociétés adhérentes (principalement des filiales de grands groupes de la distribution, de l’automobile et de la banque) représentant près de 50 % du marché des prêts à la consommation. Les crédits affectés, qui peuvent passer par l’intermédiaire de commerçants, s’essoufflent. Les prêts personnels, distribués directement par les établissements spécialisés, s’effondrent. Avec une production de 10,6 Mds €, ces derniers ne représentent plus que 22 % des flux annuels, comme le crédit renouvelable, dont la production a, elle, augmenté de 5,6 %. Du jamais vu ces dix dernières années (voir graphique “Le crédit à la consommation” ci-dessous).

« Cette évolution récente est à mettre au regard de l’inflation : les Français qui reportent travaux, équipement, etc., ont des problèmes de trésorerie, remarque Arnaud Bourdeille, associé responsable du secteur Banque de KPMG en France. Après la loi Lagarde de 2010, qui a encadré les crédits à la consommation et ainsi réduit le crédit renouvelable (revolving), le marché français s’est renforcé dans les prêts amortissables, pour se positionner à mi-chemin entre les marchés allemand, très axé sur ce produit, et britannique, traditionnellement porté par le revolving associé aux cartes de crédit. » De surcroît, le taux d’usure, même avec un calcul mensuel, a freiné l’octroi de crédits dans un contexte de remontée des taux. En janvier 2024, le revolving « se maintient en hausse » (+2,1 % de production sur les trois derniers mois), constate l’ASF, tandis que « la situation reste délicate pour les prêts personnels » (-8,1 % sur trois mois). Le plus fort recul en ce début d’année est enregistré pour les financements affectés à l’amélioration de l’habitat et aux biens d’équipement du foyer, alors même que les travaux de rénovation énergétiques deviennent un sujet brûlant.

Dans ce « contexte de marché en reflux », La Banque Postale enregistre pour 2023 une production de crédits personnels et renouvelables en recul de 1 %. À l’inverse, le groupe BPCE enregistre « une bonne dynamique du crédit à la consommation, constate KPMG dans son étude «performances des grands groupes bancaires au 31 décembre 2023», avec une croissance des encours de prêts personnels et crédit revolving. » Dans le détail, la Confédération nationale du Crédit Mutuel affiche en France une production dynamique dans les réseaux bancaires et plus encore dans les filiales : +3 % pour le revolving, + 2,9 % pour le crédit amortissable. Dans le même temps, BNP Paribas a entamé un plan de réduction des coûts dans sa branche Personal Finance (BNP PF). Après l’acquisition de Laser-Cofinoga et de ses 2 300 salariés en 2015, BNP PF avait anticipé une croissance qui a été perturbée par les crises successives. Un plan de départs volontaires a débuté en octobre 2023 pour sa première phase, la dernière est prévue en mai 2024. Les négociations menées de février à juillet 2023 visent 200 millions d’euros d’économies sur 3 Mds € de frais généraux en 2025, en France et dans d’autres pays. La production de crédits pour les besoins des particuliers (voiture, voyage, électroménager, travaux ou difficultés de trésorerie) ne suit pas le même chemin selon les distributeurs, marchés et produits.

Péréquation

Activité phare des groupes bancaires français, le crédit à la consommation a longtemps été un levier d’expansion, au-delà de l’Europe. Champion en la matière, au même titre que son concurrent espagnol Santander, BNP PF se recentre désormais sur l’Europe. Il a cessé ses activités dans sept pays, trois où l’activité a été cédée et, pour les autres, mise en run down, en assurant le suivi des contrats existants jusqu’à leur terme. « Nous y avons ajouté Suède, Danemark et Norvège. Nous sortons aussi complètement du continent américain, du Brésil déjà et du Mexique où le closing est prévu en ce mois d’avril », précise Charlotte Dennery, CEO de BNP PF. Dans certaines zones géographiques, l’activité de crédit à la consommation se poursuit dans les business units intégrées au sein du groupe. « C’est le cas en Turquie, la Pologne ou le Maroc, poursuit Charlotte Dennery. Nos encours consolidés s’élèvent à 104 Mds €, dont environ 80 % dans nos cinq principaux marchés (voir tableau). Nous avons par ailleurs en Chine deux co-entreprises, avec Bank of Nanjing et avec le constructeur automobile Geely depuis 2014. » Pour BNP PF, l’organisation en Italie, définie comme marché domestique du groupe, ne change pas non plus, avec le spécialiste du crédit à la consommation Findomestic.

Les banques françaises dont les filiales se sont établies dans d’autres pays européens en tirent aujourd’hui bénéfice. « C’est le cas du Crédit Agricole, notamment en Italie avec Agos, ou du Crédit Mutuel Alliance fédérale qui intervient sous deux marques. Cofidis, pure player adossé au groupe depuis 2008, est aujourd’hui présent dans neuf pays en dehors de la France, bien implanté dans la péninsule ibérique et en Belgique, explique Arnaud Bourdeille. Targobank a été choisie comme marque par le groupe lors du rachat des parts de Banco Popular, pour les marchés espagnol et allemand où il avait repris Citbank avec son modèle retail largement assis sur une offre crédits à la consommation amortissables. » Dans son plan 2024-2027, Crédit Mutuel Alliance fédérale désigne Targobank comme moteur d’accélération en Europe et entend aussi développer sa filiale à 100 % Cofidis.

« Année après année, le secteur du crédit à la consommation et du financement automobile se concentre autour des groupes bancaires, rappelle Arnaud Bourdeille. Ce phénomène a été initié après la crise financière de 2008, pour nombre de pure players du crédit à la consommation dans l’incapacité de se refinancer. Cela s’est poursuivi plus récemment avec le rachat de Leaseplan par ALD Automotive, filiale de Société Générale, pour constituer l’un des leaders mondiaux de la gestion de flotte et de la mobilité renommé Avyens. Au-delà d’opportunités ponctuelles, la stratégie des groupes bancaires français est de considérer le financement de la mobilité comme un relais de croissance et d’y acquérir la taille adaptée dans une économie de l’usage et en transition énergétique. »

Notre dossier sur le crédit à la consommation de mai 2023 décrivait déjà une économie de l’usage primant sur la propriété, d’abord dans l’automobile. Les locations, avec option d’achat (LOA), ou sans pour la location longue durée (LLD), continuent de se développer et portent potentiellement toutes sortes de services : entretien, révisions, assurance, assistance, extension de garantie, etc.

Mensualités

La LLD reste une solution développée pour les plus grandes entreprises. Les champions européens, Ayvens chez Société Générale et Arval chez BNP Paribas, cherchent depuis un quart de siècle à séduire professionnels et particuliers, en vain jusque-là. Plusieurs facteurs pourraient changer la donne, en particulier l’évolution de la réglementation européenne qui intègre la LOA (leasing). Cela induit dès lors le calcul d’un Taux annuel effectif global (TAEG) qui ne peut, en France, être supérieur au taux d’usure. Les banques françaises sont bien placées pour mesurer l’impact de la réglementation depuis les lois Lagarde, Moscovici et Hamon d’après-crise financière. Elles se préparent pour faire la course en tête. Les contributions de professionnels à ce dossier de Revue Banque le montrent.

Alors que le marché européen du financement des véhicules neufs est aux deux tiers fondé sur des produits locatifs, avec de grandes variations d’un pays à l’autre, tandis qu’un cinquième des financements d’occasions sont en LOA (et surtout pour les plus récents), les constructeurs diffusent des publicités avec un taux correspondant à de la LLD, qui n’est pas soumise aux contraintes de la loi Lagarde en matière de mentions légales. Or, la distinction fondamentale entre les deux formules, qui peuvent sembler similaires pour les particuliers qui ne voient que la mensualité à verser, tient à la valeur résiduelle – son calcul et le porteur du risque. Dans un leasing traditionnel, par principe, la valeur résiduelle est considérée pour 0 tandis que l’expertise de la LLD est de valoriser a priori la revente à la fin du contrat de location. Le point est essentiel dans le cadre de la nouvelle directive sur le crédit à la consommation (DCC2). « C’est un objet de travail avec le Trésor, révèle Charlotte Dennery. Nous devons aboutir avant le mois de novembre pour une mise en œuvre de la directive sur le crédit à la consommation en novembre 2026. »

Stellantis ayant conclu un accord de Yalta entre BNP Paribas, Crédit Agricole et Santander, les banques françaises se reposent sur leurs activités en co-entreprise (avec ce constructeur) ou en partenariat (BNP PF avec Jaguar Land Rover, par exemple). Les ventes croisées sont aussi dans leurs feuilles de route. BNP Paribas vise ainsi 1 Md € de revenus supplémentaires à horizon 2025 en jouant la complémentarité de ses expertises : celles d’Arval, de BNP PF, de Cardif, de BNP Paribas Leasing Solutions ainsi que de ses banques commerciales et même de Corporate and Institutional Banking (CIB).

Les groupes préparent toutes les options. Les conseillers en mobilité automobile d’Agilauto, marque de Crédit Agricole Consumer Finance (CACF) proposent donc LOA comme LLD aux particuliers, sans conclure eux-mêmes d’opération de crédit, ni de contrat de location. Ils présentent une valeur faciale du véhicule, mensuelle, et les éventuels services, en fonction de la durée du contrat, du kilométrage et de la valeur résiduelle (à la fin du contrat) ou de l’apport (à la signature, jusqu’à 30 % de la valeur du véhicule). La banque verte entend ainsi combler l’écart en matière de LLD, pronostiquant qu’elle prendra le pas sur la LOA. En plus de la difficulté à gérer une LOA soumise aux mêmes critères que les crédits à la consommation dans le cadre de la révision de la directive, le groupe part du principe que les particuliers ne voudront pas acheter, à terme, de véhicules électriques, expliquait l’an dernier Stéphane Priami, directeur général de CACF, à Revue Banque.

« La voiture électrique étant équipée de batterie tout au long du châssis, en cas d’accident le coût des réparations est bien plus élevé que pour un véhicule thermique, de même la valeur résiduelle reste plus aléatoire que pour un véhicule thermique. C’est un sujet pour Hertz, qui avait massivement investi sur des Tesla pour renouveler sa flotte, souligne Arnaud Bourdeille. On en revient à la valeur résiduelle pour le loueur. Au moment du dieselgate, on aurait pu s’attendre à une baisse de la valeur de revente des véhicules diesel, mais les prix de l’occasion n’ont que peu baissé. Le comportement des consommateurs n’est en effet pas le même lorsqu’il s’agit d’occasion, sans parler du fait que certains marchés étrangers restent des débouchés solvables pour des véhicules à prix accessible. »

À la jonction entre l’économie d’usage et de l’économie circulaire, les acteurs du crédit à la consommation sont toutefois prêts à saisir l’occasion de financer la seconde main, en commençant par les smartphones. Précurseurs en matière de développement durable, les entreprises créent aussi une dynamique pour les particuliers. C’est notamment le cas pour l’informatique, avec une obligation de systématiser la seconde vie des équipements. À cet égard, Crédit Agricole Leasing & Factoring (CAL&F) dispose d’une filiale, Olinn, qui propose aux entreprises et collectivités une offre de location et services avec un reconditionnement des équipements obsolètes afin de leur offrir une seconde vie et les réintroduire sur le marché du remploi. « Les entreprises sont de plus en plus en demande d’équipement technologiques responsable, affirme son directeur général, Arnaud Colomb. À date, 10 % des clients d’Olinn sont des particuliers via des marketplaces. »

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº891
Le crédit à la consommation
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