À compter de fin 2022, la remontée brutale des taux d’intérêt a fortement marqué l’univers du crédit à la consommation en France. Comme pour les crédits immobiliers, le plafond du taux d’usure a créé de fortes contraintes sur les crédits affectés et les prêts personnels distribués par les établissements spécialisés de l’Association française des sociétés financières (ASF). Le résultat est une baisse notoire de leur activité sur ces deux produits en 2023 : très marqués par ce contexte, les crédits affectés ont stagné et les prêts personnels ont plongé de -23 %. A contrario, le financement locatif sur le marché des particuliers a poursuivi un développement soutenu, non impacté par le taux d’usure et plébiscité par les consommateurs.
Après trois années tendues pour le marché automobile, l’année 2023 a marqué une reprise des immatriculations de voitures particulières neuves qui, avec 1,8 million d’unités, ont rebondi de +16 % par rapport à 2022. Sur ce marché des véhicules neufs, vendus majoritairement en concession, ce sont désormais près de 90 % des financements qui sont réalisés en location avec option d’achat (LOA) par les adhérents de l’ASF. Dans ce contexte, les financements de véhicules neufs en LOA des établissements spécialisés ont grimpé en 2023 de +12,8 %, représentant 9 milliards d’euros.
La LOA a aussi gagné le marché des véhicules d’occasion (VO) puisque désormais plus du quart des VO financés par les établissements spécialisés le sont en LOA. Cet essor est de nature à encourager l’économie circulaire, en dopant un marché de l’occasion par ailleurs de plus en plus structuré.
La location avec option d’achat offre plusieurs avantages au consommateur. Elle répond à une tendance de fond qui privilégie l’usage à la propriété. Elle réduit les mensualités puisque la surface à financer est diminuée de la valeur résiduelle estimée du bien en fin de contrat. Elle offre au client une option d’achat, qu’il lève ou non à l’issue de la durée prévue, dans des conditions stipulées dès le départ.
Cet engouement a participé au succès fulgurant du dispositif de leasing (social) électrique en début d’année 2024. Dès 2023 et jusqu’à son lancement, les adhérents de l’ASF ont pris une part active à la mise au point du dispositif. Ils ont convaincu les pouvoirs publics de l’ouvrir à la LOA, puis ont été les principaux acteurs de son déploiement.
Autre formule, la location simple (location financière ou location longue durée) auprès des particuliers s’inscrit aussi dans une dynamique de développement soutenu pour les adhérents de l’ASF. Comme la LOA, mais sans l’option d’achat, elle répond aux nouvelles attentes des consommateurs qui souhaitent changer régulièrement de matériel, ne payer que son usage et ne pas se soucier de la revente du produit lorsqu’ils souhaitent en changer.
L’année 2024 appelle cependant à la vigilance. Elle est celle de la transposition de la nouvelle directive sur le crédit aux consommateurs. La LOA fait son entrée dans le champ de la directive avec à la clé l’exigence d’un taux annuel effectif global (TAEG) ainsi que l’application du plafond de l’usure. Ces deux éléments, au risque de contraindre une offre qui répond à une demande croissante, doivent être adaptés à la spécificité de la LOA. C’est une formule locative qui n’a pas le même fonctionnement qu’un crédit classique. Le risque de valeur résiduelle supporté par le prêteur doit notamment être pris en compte.
Minimiser le risque
La dynamique des financements locatifs ne se dément pas du côté des entreprises, de toutes tailles.
En 2023, la location de matériel aux entreprises par les établissements spécialisés de l’ASF a crû de 14,3 %, à 38,4 milliards d’euros. Toutes les formes de financement locatif sont en développement : crédit-bail mobilier, location avec ou sans option d’achat (location financière et location longue durée).
À l’instar du marché des particuliers, il semble que le succès des formules locatives auprès des entreprises soit lié en premier lieu à l’intérêt de prioriser l’usage à la propriété. En effet, les financements locatifs sont au carrefour des transitions digitale et écologique. Ils permettent de financer l’usage d’un actif innovant en transférant le risque technologique au prêteur, dont la gestion du risque est le métier.
Les entreprises peuvent ainsi, en minimisant leur risque dans une période de transition porteuse d’incertitude sur des technologies émergentes, bénéficier des évolutions les plus innovantes.
Le financement locatif leur permet un renouvellement fréquent et régulier des équipements informatiques, digitaux, des véhicules, des outils de production, etc., leur garantissant ainsi l’accès, avec un risque maîtrisé, aux actifs les plus performants et écologiques.
Certains adhérents de l’ASF, spécialistes du crédit-bail mobilier et de la location financière sont des leaders européens, implantés dans plusieurs États membres de l’Union européenne. Cette activité est porteuse puisque le succès du leasing auprès des entreprises et des professionnels n’est pas uniquement français. D’après une étude de 2023, ce sont 48 % des PME européennes qui déclarent avoir eu recours au leasing ou prévoir d’y avoir recours1.
Monétiser les actifs immobiliers
Enfin, le financement locatif concerne également, à destination des seules entreprises, les actifs immobiliers. Le crédit-bail immobilier est d’ailleurs une excellence française reconnue. Pourtant, en reflet du marché immobilier en général, ce produit a connu en 2023 une chute de production importante de -20,5 % (4,2 milliards d’euros).
Plusieurs raisons expliquent cette baisse d’activité :
– elle reflète la forte baisse du marché de l’immobilier en général, dans le contexte de la hausse des taux ;
– le crédit-bail immobilier a subi l’impact de la chute sévère de la demande sur le marché des bureaux ;
– la baisse d’activité a coïncidé avec l’arrêt, en 2023, d’un dispositif fiscal incitatif mis en place par les pouvoirs publics pour la cession-bail immobilière en 2021 et 2022.
La cession-bail immobilière consiste pour une entreprise à vendre son actif immobilier professionnel à un crédit-bailleur, qui le lui loue concomitamment sur une durée en général de 12 à 15 ans, avec une option d’achat in fine.
Cette formule permet ainsi aux entreprises de « monétiser » leurs actifs immobiliers, sans en perdre, grâce à l’option d’achat, la propriété.
Déjà mis en œuvre entre 2009 et 2011, le dispositif fiscal, qui permet simplement d’étaler la taxe sur la plus-value de cession sur la durée du contrat de crédit-bail, a pourtant démontré son efficacité. Il a entraîné à deux reprises le quasi-doublement de la production de cession-bail immobilière, apportant sur les seules années 2021 et 2022, près de 2 milliards d’euros de liquidité supplémentaires aux entreprises.
Les établissements de l’ASF plaident pour la pérennisation de ce dispositif, pour répondre notamment au besoin d’investissement des entreprises dans la performance énergétique de leurs actifs immobiliers.