3 questions à... Stéphane Priami, directeur général (DG) de Crédit Agricole Consumer Finance, DG adjoint de Crédit Agricole SA en charge du pôle Services financiers spécialisés

« LLD et LOA sont déjà privilégiées »

Créé le

21.04.2023

-

Mis à jour le

24.04.2023

Le Crédit Agricole accusait un certain retard dans le domaine de la location longue durée, comparé à BNP Paribas (avec Arval) et Société Générale (avec ALD). Il le comble maintenant à vive allure, avec un vaste dispositif de financement de la mobilité.

En 24 heures, vous avez dûment annoncé deux opérations dans le financement automobile. Quelle est la place de ces activités au sein de Crédit Agricole Consumer Finance (CACF) ?

Nous avons désormais trois piliers, offrant un continuum unique en Europe. Ces quinze dernières années, CACF et Fiat Chrysler Automobiles ont développé ensemble un acteur du financement automobile, FCA Bank, qui s’est ouvert à d’autres marques et s’est implanté dans 18 pays. Nous l’avons acquis à 100 % et rebaptisé Crédit Agricole Auto Bank. Nous visons ainsi 10 milliards d’euros de financements en 2026 : crédit à la consommation, location avec option d’achat (LOA) et location longue durée (LLD), pour les particuliers et les concessionnaires. Crédit Agricole Auto Bank est ouvert à des marques qui ne bénéficient pas d’une captive financière, en particulier aux nouveaux entrants, à l’instar de Tesla, avec lequel nous avons déjà un accord, mais d’autres aussi venus d’Asie ou des États-Unis. Nous estimons qu’une dizaine de nouvelles marques de véhicules électriques vont entrer sur le marché européen. Crédit Agricole Auto Bank constitue un volet essentiel au moment où il faut financer la transition énergétique.

Notre objectif à 2025 est qu’un véhicule sur deux que nous finançons soit vert. LLD et LOA sont déjà privilégiés par les Français pour un véhicule électrique sur deux.

Le deuxième volet est Leasys, une entreprise créée avec Stellantis. En rassemblant Leasys, de notre côté, et Free2Move Lease, l’activité LLD de Stellantis pour les marques PSA et Opel, nous constituons un acteur doté d’une flotte de 830 000 véhicules, dont 80 000 de marques en dehors du groupe Stellantis. Il s’agit donc du troisième acteur multimarques en Europe, derrière Arval et ALD, du cinquième en prenant en compte les captives de constructeurs. Nous visons plus d’un million de véhicules en flotte en 2026.

Notre troisième pilier, c’est Drivalia, spécialiste de la location de courte durée et des services de mobilité. Nous avons l’objectif de 200 000 véhicules à la route et 3 500 points de recharge électrique en 2026.

ALD a annoncé l’acquisition de LeasePlan. La Commission européenne l’a conditionnée à des cessions. Vous avez signé un protocole de reprise sur certains marchés. Pour renforcer lequel de vos piliers ?

Nous avons un accord pour les activités d’ALD en Irlande, en Norvège et au Portugal, ainsi que celles de LeasePlan en République Tchèque, en Finlande et au Luxembourg, soit plus de 100 000 véhicules et environ 1,7 milliard d’euros d’encours. L’acquisition est réalisée par CA Auto Bank (ancien FCA Bank), suivie d’un découpage entre Leasys pour les activités au Portugal et au Luxembourg (environ 30 000 véhicules), et Drivalia, pour les autres marchés (plus de 70 000 véhicules). Ainsi, nous atteindrons rapidement notre objectif de 200 000 véhicules sur la route !

En France, nous avons deux autres piliers pour les financements automobile, avec Sofinco (au même titre qu’Agos en Italie) et Agilauto, dédié à la vente de véhicules en LOA ou LLD dans les Caisses régionales du Crédit Agricole et chez LCL. Notre objectif est là de 100 000 véhicules en 2025. Agilauto a été le premier à proposer le leasing à 100 euros pour l’acquisition d’une voiture électrique neuve. La location pure est plus efficace que la LOA dans ce cas, parce que les mensualités sont plus raisonnables et qu’elle écarte les interrogations sur la valeur résiduelle d’une voiture électrique à terme, faute de recul.

Nous avons par ailleurs une offre « Agilauto Partage » pour des Communautés de communes situées à une distance de 50 à 100 kilomètres de grandes zones à faible émission (ZFE) et pour lesquelles l’accès aux services publics nécessite souvent une voiture. 500 Communautés de communes seront concernées dès 2025-2026, avant la fin de la vente des thermiques neufs, prévue en 2035, validée par la Commission. Nous allons tester le dispositif en Pays de Fayence (29 000 habitants, entre Nice et Toulon) avec une quinzaine de bornes électriques et différents types de véhicules 100 % électriques. Des DS3, cinq utilitaires et un véhicule de transport de personnes à mobilité réduite, seront loués via une application, à la demi-journée ou la journée, pour 40 à 50 euros, énergie comprise : c’est la seule solution pour les habitants impactés par les ZFE.

Vous estimez que la LLD est la plus adaptée pour une nouvelle mobilité. N’est-ce pas surtout votre intérêt de la pousser, alors que la LOA entre dans le champ de révision de la directive du crédit à la consommation ?

Oui, la LOA devrait être soumise aux mêmes critères que les crédits à la consommation dans le cadre de la révision de la directive. Ce sera plus compliqué à gérer. Mais, au-delà de cela, nous partons du principe que les particuliers ne voudront pas acheter, à terme, le véhicule électrique.

Propos recueillis par Sylvie Guyony le 5 avril 2023

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº880