Dette et déficit entrent souvent dans le débat public, même si le sujet est passé au second plan lors des dernières législatives, au profit de l’inflation et du pouvoir d’achat. Ils donnent lieu à des positions très marquées. En 2007, François Fillon, alors Premier ministre, se déclare « être à la tête d’un État en faillite sur le plan financier ». Loin de précipiter l’effondrement, la crise des subprimes de 2008 et la faillite de Lehman Brothers auront l’effet d’éloigner ce spectre. Avec les politiques monétaires non conventionnelles, les banques centrales changent en effet la règle du jeu, en s’immisçant sur les marchés obligataires par l’achat de titres. D’autres, en revanche, ne comprennent même pas la question ! Pourquoi se soucier de la dette d’État, car elle n’a pas vocation à être remboursée...
Cela nous rappelle certains fondamentaux : l’économie est une science humaine, et non mathématique. Maastricht, un jour n’est pas Maastricht toujours... Les rachats de titres par les banques ne sont pas un totem et même la toute-puissante Cour de Karlsruhe, en Allemagne, a dû l’admettre. Seule l’incertitude est certaine...
Cela ne nous a pas ôté une ambition de réflexion et de tentative de rationalité. Réflexion d’abord autour des notations des États. Pour l’anecdote, ce supplément réalisé en partenariat avec l’Amafi est mis sous presse alors que Standard and Poor’s publie son évaluation. Jusqu’alors, la France a été épargnée par les agences anglo-saxonnes, mais pas par Scope. Les analystes de cette agence européenne nous ont livré leur grille méthodologique, notamment pour un fait constaté par Éric Dor : si l’on compare la notation de la France par rapport à ses homologues européens moins bien notés, elle est toujours dans le bas du classement.
En attendant un éventuel déclassement, les experts de Natixis CIB constatent que les marchés n’hésitent pas à investir sur notre dette souveraine, avec une dégradation du spread somme toute assez faible par rapport à l’Allemagne. Nicolas Véron, fondateur du think tank Bruegel, nous interpelle sur le cercle vicieux entre souverain et secteur bancaire dans le cadre spécifique d’une union monétaire. Il y a aussi le cercle vicieux lié à la dette dans un environnement de taux d’intérêt. Comment réduire les déficits ? C’est à Jérôme Laurre que nous avons demandé d’éplucher la comptabilité nationale pour débusquer les fuites budgétaires... Mission également assignée à François Ecalle : où chercher d’éventuelles coupes ? Mais l’économie étant une science humaine, il nous est aussi paru utile de penser « out of the box ». Hubert Rodarie l’affirme haut et fort : « dette et monnaie, même combat ». Patrick Artus, lui, s’interroge pour savoir si la dette est vraiment un fardeau pour les générations futures. Quant à Thierry Philiponnat, il juge l’Union des marchés de capitaux insuffisante pour financer la transition environnementale, avec pour effet, dans tous les scénarios, une inévitable progression des dettes publiques.
Il y a plus de quinze ans, la crise des dettes souveraines nous amenait à montrer du doigt les PIGS, le Portugal, l’Italie, la Grêce et l’Espagne. Stéphanie Salti nous décrit leurs progrès. L’Europe a aussi agi à cette occasion. Le spectre d’une nouvelle crise souveraine est là. Si elle survient, peut-re ouvrira-t-elle une nouvelle étape dans la construction européenne.