éditorial

IA, climat, géopolitique :
les risques financiers émergents

Créé le

18.05.2026

Pendant deux jours, au Palais Brongniart, chercheurs, régulateurs et professionnels de la finance se sont réunis pour analyser ces vulnérabilités parfois invisibles, mais susceptibles d’amplifier les crises financières. L’événement s’affirme comme un rendez-vous majeur, réunissant chaque année plus de 500 participants. Le thème de cette 19e édition illustre une évolution profonde de la finance. Les risques ne se limitent plus aux cycles économiques et financiers traditionnels : ils se logent aussi dans des zones nouvelles, parfois moins visibles, du système financier.

L’un des fils conducteurs du forum a été le rôle croissant de l’Intelligence artificielle (IA) dans la finance. Les échanges ont mis en lumière les biais liés aux données alternatives, la dépendance excessive aux modèles, les enjeux de transparence des algorithmes ainsi que les risques de concentration technologique. L’IA apparaît ainsi à la fois comme un levier d’innovation et comme une source potentielle de vulnérabilité systémique.

Des risques financiers en mutation

L’usage des données alternatives (textes, sons, images), désormais courant en finance, enrichit les signaux disponibles pour élaborer des stratégies d’investissement et mieux évaluer les risques. Mais si ces données peuvent renforcer l’efficience informationnelle, elles peuvent aussi décourager la production d’informations fondamentales et fragiliser, à terme, l’allocation du capital. Leur utilisation introduit par ailleurs de nouvelles vulnérabilités : fuites de confidentialité, manipulations adverses, manque de représentativité ou encore problèmes de qualité peuvent conduire à des signaux erronés. D’où la nécessité de développer des protocoles robustes d’évaluation des sources, des outils de détection des manipulations et des méthodes capables de résister à des données dégradées.

Le développement de l’IA générative en finance ouvre également des perspectives prometteuses, mais comporte des risques souvent moins perceptibles. Les grands modèles de langage peuvent produire des recommandations biaisées ou extrapoler excessivement les tendances passées. Leur utilisation dans l’analyse financière, le conseil automatisé ou le trading algorithmique soulève aussi des questions de manipulation, voire de collusion algorithmique. Plus largement, l’essor de systèmes d’agents capables de planifier, raisonner et prendre des décisions entre eux accroît les risques systémiques : les erreurs peuvent se propager d’un agent à l’autre, se cumuler et interagir avec les comportements humains, modifiant potentiellement la dynamique même des marchés.

Au-delà des enjeux technologiques, le Forum a également mis en lumière d’autres sources de vulnérabilité, en particulier les risques climatiques, dont l’impact sur la stabilité financière reste encore sous-estimé, ainsi que les risques géopolitiques, accentués par les tensions internationales. Dans un environnement financier toujours plus complexe, l’identification de ces risques cachés devient un enjeu central. Le Forum international sur les risques financiers rappelle ainsi l’importance d’anticiper des menaces souvent diffuses et difficiles à mesurer, mais susceptibles de produire des effets systémiques majeurs. À travers ces échanges, l’Institut Louis Bachelier réaffirme le rôle essentiel de la recherche pour éclairer les transformations à l’œuvre et accompagner les acteurs financiers dans la gestion des risques de demain. n

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº18