Comment Scope Ratings réalise les notations
souveraines

Créé le

25.11.2024

-

Mis à jour le

02.12.2024

Au-delà du bruit médiatique des annonces des notations des États, il y a un travail de fond d’analyse. Scope Ratings, seule agence de notation européenne intégrée dans le dispositif d’évaluation du crédit de l’Eurosystème, nous explique comment elle définit ses notations pour les souverains.

En tant qu’agence européenne, Scope Ratings favorise une plus grande concurrence dans le secteur des notations de crédit, un marché encore largement dominé par les acteurs américains. Cela permet aux investisseurs de bénéficier d’un plus grand nombre d’alternatives dans l’évaluation du risque de crédit. Notamment sur un segment clé : les souverains. Les notations souveraines reflètent une évaluation de la capacité et de la volonté d’un emprunteur souverain d’honorer ses obligations envers ses créanciers privés dans leur intégralité et dans les délais prévus.

Ces notations, qui fournissent une évaluation du risque de crédit, affectent aussi la conduite de la politique monétaire des banques centrales par le biais de leur mécanisme de prise en garantie. Les titres les mieux notés sont ainsi acceptés comme collatéral dans les opérations de refinancement des banques commerciales. À ce jour, Scope Ratings est la seule agence de notation européenne à avoir intégré le dispositif d’évaluation du crédit de l’Eurosystème. La BCE a prévu de commencer à utiliser les notations de Scope Ratings à partir du 16 décembre 2024 dans les opérations de politique monétaire.

Une démarche de notation transparente

D’un point de vue analytique, la méthodologie de notation souveraine de Scope Ratings se concentre sur des facteurs structurels de moyen terme et long terme, plutôt que sur des tendances temporaires de court terme. L’ambition ? Limiter les actions de notation procycliques. La méthodologie met également l’accent sur une communication transparente de l’approche de notation aux marchés et aux émetteurs, tant en ce qui concerne le modèle quantitatif que les ajustements qualitatifs apportés par les analystes lors des comités de notation.

La valeur ajoutée de la méthodologie de notation souveraine de Scope Ratings repose principalement sur quatre points :

– une analyse complète des déterminants quantitatifs et qualitatifs du risque souverain ;

– un cadre de notation prospectif intégrant explicitement des prévisions à cinq ans, lorsqu’elles sont disponibles ;

– l’inclusion du risque de stabilité financière pour tenir compte explicitement des risques émanant du secteur bancaire ;

– la prise en compte du risque de crédit lié aux facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

En 2020, Scope Ratings est devenue la première agence à intégrer un pilier indépendant relatif aux facteurs ESG dans sa méthodologie de notation souveraine. Bien que les risques environnementaux et sociaux soient susceptibles d’affecter le risque de crédit à plus long terme que les autres facteurs de notation inclus dans la méthodologie, ils nécessitent dès aujourd’hui une réponse politique ambitieuse et opportune. Ils sont donc de plus en plus pertinents pour évaluer la qualité du crédit. À ce titre, les évaluations qualitatives des facteurs environnementaux et sociaux tiennent compte de l’adéquation des politiques actuelles pour relever les défis de moyen et long terme. Afin de structurer le processus de notation et d’assurer la comparabilité de chaque émetteur souverain vis-à-vis d’un groupe de pairs, l’analyse s’articule autour de cinq catégories comprenant à la fois des considérations quantitatives et qualitatives : le risque économique domestique ; le risque lié aux finances publiques ; le risque économique extérieur ; le risque lié à la stabilité financière ; le risque lié aux facteurs ESG.

Approche 1 : une évaluation quantitative
en 3 étapes

Le modèle quantitatif souverain de Scope Ratings constitue la première étape de la méthodologie et permet de déterminer une notation indicative (voir ci-dessous). Le modèle quantitatif incorpore des données historiques, des estimations et des projections sur 28 variables économiques, financières et politiques considérées comme les plus pertinentes pour chacune des cinq catégories analytiques. Le modèle quantitatif agrège les principales composantes de ces cinq catégories afin de déterminer un score. Il est mis en correspondance avec l’échelle de notation à long terme, permettant ainsi d’obtenir une notation indicative.

Dans un second temps, le modèle intègre un ajustement lié à la monnaie. Pour les émetteurs dont la monnaie de réserve est incluse dans le panier des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international (FMI), la notation indicative est automatiquement ajustée à la hausse de 1 à 3 crans. Cela permet de prendre en considération les avantages conférés aux émetteurs souverains par leur monnaie de réserve, notamment une flexibilité de financement accrue et des coûts de financement relativement plus bas.

Il convient ensuite de s’intéresser au risque politique. S’il est élevé, tel qu’évalué par l’indicateur de « stabilité politique et d’absence de violence/terrorisme » de la Banque mondiale, la notation indicative est automatiquement ajustée à la baisse de 1 à 3 crans. Bien que le risque politique soit par nature complexe à mesurer, cet ajustement permet d’appréhender notamment les risques liés à l’instabilité politique et aux conflits armés : ils ont souvent contribué aux défaillances de certains émetteurs souverains au cours des dernières décennies.

Approche 2 : une évaluation qualitative
en 2 étapes

Une grille de notation qualitative permet de tenir compte des éléments analytiques qui n’ont pas été considérés précédemment dans l’analyse (voir tableau ci-dessous). Cette grille s’articule autour de quinze critères et de cinq catégories analytiques couvertes par le modèle quantitatif, avec des pondérations égales. La grille de notation qualitative permet un ajustement de la notation quantitative indicative de ± 3 crans.

Le comité de notation peut ajuster le résultat issu du modèle quantitatif et de la grille de notation qualitative pour tenir compte d’autres considérations qui n’ont pas été prises en compte dans les étapes précédentes. Il s’agit par exemple de discussions potentielles sur l’assistance financière octroyée par le secteur public à un émetteur souverain, de l’historique des défaillances d’un émetteur, ou de circonstances extraordinaires telles que la mise en œuvre de contrôles des capitaux ou une catastrophe naturelle récente.

Exemple : le cas de la France

Le 24 octobre, Scope Ratings annonçait une note de AA- avec perspective stable. Si l’on reprend toutes nos étapes, la notation s’était établie de la manière suivante. L’approche quantitative sur la base des 28 critères donne une notation indicative de « A ». Un ajustement positif d’un cran est opéré sur le critère de la monnaie. L’évaluation du risque politique n’entraîne pas d’ajustement à la baisse. L’analyse qualitative permet d’intégrer les forces relatives de la France en matière de stabilité macroéconomique, de profil de la dette et d’accès au marché, de résilience aux chocs extérieurs à court terme, de performance du secteur bancaire, et de facteurs environnementaux, mais également une estimation défavorable du cadre de la politique budgétaire. Cette étape aboutit à un ajustement positif d’un cran, pour une note finale de AA- pour la France.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº898bis
Notation : modèle quantitatif souverain
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Grille de notation qualitative
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