Il faut dire que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Fin 2024, les encours du crédit privé sont estimés entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars, selon le Conseil de stabilité financière (FSB). Et la liste des vulnérabilités s’allonge au niveau mondial : opacité des expositions bancaires, levier sous-estimé, dégradation silencieuse de la qualité des emprunteurs. En Europe, l’exposition reste concentrée sur quelques grands acteurs. Dans sa Revue de stabilité financière de mai 2026, la Banque Centrale Européenne (BCE) fait état d’une exposition de 211 milliards d’euros pour les compagnies d’assurances, 52 milliards d’euros pour les fonds de pension et 62,5 milliards d’euros pour les banques européennes (soit seulement 0,2 % de leurs actifs). Si l’institution de Francfort écarte pour l’heure un risque systémique direct pour la zone euro, elle reconnaît des liens souvent opaques entre les acteurs.
Alors faut-il s’inquiéter d’un risque de contagion au système bancaire traditionnel ? La littérature, à travers les travaux des économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, a mis en évidence que les flambées de dette privée sont un signe avant-coureur des crises bancaires. Ce qui distingue ce cycle des précédents n’est pas tant la nature du risque que sa cartographie. Les interconnexions complexes à analyser entre les établissements (assureurs, fonds de pension, sociétés de gestion, banques...) rendent le risque peu visible.
Pour en avoir une idée plus précise, ce nouveau numéro de Revue Banque consacre un dossier complet à la dette privée. Vous y trouverez tous les tenants et aboutissants, sous la plume de Jérôme Legras (Axiom), Mara Dobrescu (Morningstar), Édouard Veber et Antoine Maspétiol (France Invest), Olivier Klein (HEC), Daniel Barneix (AFTE), Fabrice Rossary (Sienna IM) et Ladislas Manset (Covalt).
De quoi mieux cerner ce sujet complexe. Une lecture à compléter par différentes expertises, comme celle de Mathilde Tron (Querya Partners) sur le classement des banques au regard de leurs frais de découvert, ou encore l’analyse sur les enjeux de la facturation électronique par Nathalie Renauld (BDO) et Mathieu Mangelinck (Rothschild Martin Maurel Finance, Adicef). Enfin, l’interview d’Anthony Requin, président du directoire du Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR), vient compléter ce panorama. Il rappelle l’importance de ce fonds qui doit être capable, en cas de faillite bancaire, de rembourser les déposants en moins de sept jours ouvrés. Un filet de sécurité souvent méconnu, qui intervient aux côtés des autres mécanismes déjà mis en place en Europe depuis 2008. Une manière de rappeler que les banques ont bel et bien tiré les leçons du passé.