Le poids des dettes publiques pénalise-t-il les générations
futures ?

Créé le

25.11.2024

-

Mis à jour le

26.11.2024

C’est bel et bien une question,
et non une affirmation ! Le bon sens nous invite pourtant à penser que,
la dette se transmettant aux générations futures, son augmentation les pénalise. Économiquement,
ce n’est pas forcément le cas...

Il est courant d’entendre l’argument suivant : la dette publique est une charge pour les générations futures ; il faut donc, autant que possible, la limiter. Ce propos semble de bon sens : plus la génération présente transmet de dette aux générations suivantes, plus on peut penser que ces dernières sont pénalisées. Si c’est le cas, l’avenir des jeunes Japonais est bien mal orienté. Les jeunes Français et Américains subissent eux aussi un lourd fardeau, alors qu’il ferait bon faire partie de la jeune génération allemande.

Quand il empêche l’investissement privé

Essayons toutefois de réfléchir de manière plus précise aux effets intertemporels de la dette publique. Tout d’abord, un rappel théorique : le taux d’endettement public optimal répartit l’épargne entre dette publique et stock de capital de manière optimale. Si on observe une sous-capitalisation de l’économie, il faut effectivement réduire le taux d’endettement public.

Y sommes-nous ? Si on prend l’exemple de la France, le taux d’investissement des entreprises a progressé, de 12 % du produit intérieur brut (PIB) en 2017 à 13,8 % du PIB aujourd’hui. Il n’est pas évident qu’il y ait sous-capitalisation de notre économie par insuffisance d’investissement privé.

Quand il croît plus que l’écart entre taux réels
et croissance potentielle

Ensuite, il faut introduire dans l’analyse le niveau relatif des taux d’intérêt réels à long terme et de la croissance potentielle. Point de départ : la soutenabilité de la dette publique implique qu’elle diminue à long terme. Cela impose de mettre en place un déficit budgétaire primaire, c’est-à-dire hors intérêts sur la dette publique, qui varie de la même façon qu’entre le taux d’intérêt à long terme et la croissance potentielle.

Hypothèse 1 : le taux d’intérêt à long terme est inférieur à la croissance potentielle. Un déficit public primaire est alors admissible, d’autant plus élevé que le taux d’endettement est haut.

Hypothèse 2 : le taux d’intérêt à long terme est supérieur au taux de croissance de long terme. Il faut mettre en place un excédent budgétaire primaire d’autant plus élevé que le taux d’endettement public l’est, car c’est alors que les marges de manœuvre budgétaires des générations futures sont réduites.

Où en sommes-nous ? Pour l’instant, le seul des grands pays de la zone euro où le taux d’intérêt à long terme est supérieur au taux de croissance de long terme est l’Italie. En France, le taux d’intérêt réel de long terme est aujourd’hui de 0,8 % et la croissance potentielle est de l’ordre de 1 %.

Cette situation pourrait bien sûr évoluer en cas de crise financière entraînant un mouvement de défiance vis-à-vis de certaines dettes européennes, notamment de la dette de la France. Si le taux d’intérêt réel de long terme augmentait de plus de 20 points de base, dépassant 1 % en France, la situation changerait du tout au tout. En particulier, l’excédent budgétaire primaire devrait être accru, car la dette publique est élevée. Les marges de manœuvre budgétaires seraient alors réduites. Mais ce n’est pas la situation observée aujourd’hui.

Quand il ne contribue pas à la croissance
de long terme

Il convient aussi de prendre en compte l’utilisation de l’endettement public. Si l’endettement public est utilisé pour financer des dépenses de protection sociale – comme les retraites, les dépenses de santé, l’indemnisation du chômage... – il a peu d’effet sur la croissance potentielle. Par contre, s’il sert à financer les dépenses d’éducation, de recherche-développement, à cofinancer avec les entreprises des investissements dans les nouvelles technologies, il a probablement un effet positif sur la croissance de long terme. Loin de pénaliser les générations futures, il améliore leur bien-être. En France, les dépenses de protection sociale atteignent 32 % du PIB, quand les dépenses de recherche-développement et d’éducation en représentent 9 %. L’essentiel de la dépense publique en France correspond donc à des dépenses de redistribution, sans grand effet sur la croissance de long terme. Il faut aussi distinguer les dépenses d’investissement pour la transition énergétique (production d’énergies renouvelables, rénovation thermique des bâtiments et logements, décarbonation de l’industrie et des transports). Ces investissements ont en réalité un effet positif très important sur la croissance future, en évitant les coûts du dérèglement climatique (sécheresse, inondations, baisse des rendements agricoles).

Bienvenue en France !

Au total, l’endettement public n’est une charge pour les générations futures que si les taux d’intérêt sont supérieurs à la croissance de long terme. Problème : cette configuration défavorable est d’autant plus probable dans notre pays que les dépenses publiques soutiennent la consommation, et pas la croissance de long terme, et que les investissements de transition énergétique prennent du retard.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº898bis
La France au niveau des États-Unis
$!Le poids des dettes publiques pénalise-t-il les générations futures ?
Dette publique (en % du PIB)