L’émancipation bancaire des femmes a 60 ans

Créé le

11.07.2025

-

Mis à jour le

02.09.2025

La loi du 13 juillet 1965 accordant aux femmes le droit d’ouvrir un compte bancaire, de signer un contrat de travail et de gérer leurs biens sans l’autorisation de leurs maris a marqué une rupture quant au rôle des femmes dans la société française. Pour l’occasion, la fédération Financi’Elles célébrera les 60 ans de l’autonomie financière au ministère de l’Economie et des Finances ce mercredi 16 juillet.

Ce dimanche 13 juillet 2025, l’autonomie financière des femmes a eu 60 ans. Le 13 juillet 1965, le Parlement français modifiait le code civil pour accorder aux femmes le droit d’ouvrir un compte bancaire, de signer un contrat de travail et de gérer leurs biens sans l’autorisation de leurs maris.

La fédération Financi’Elles, dont la mission est d’“améliorer et surtout [d’]accélérer l’accès des femmes au sommet des organisations du secteur de la finance”, célébrera l’événement ce mercredi 16 juillet au ministère de l’Economie et des Finances, en partenariat avec Forvis Mazars. Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne, Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers, Marie-Pierre Rixain, députée de la 4ème circonscription de l’Essonne, et Maya Atig, directrice de la Fédération bancaire française (actionnaire de Revue Banque), sont conviées à une conférence sur les 60 ans de l’autonomie financière des femmes, de même que Fatima Bakhti et Aline Aubertin, respectivement présidente et présidente d’honneur de Femmes Ingénieures.

Pour l’occasion, la fédération Financi’Elles, en partenariat avec Forvis Mazars, dévoilera les résultats du Baromètre 2025, étude réalisée avec CSA, sur « Les Françaises et leur émancipation financière en 2025 »

Un rapport “davantage assumé” à l’argent

“L’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue”, dit le proverbe. Selon cette étude sur l’émancipation financière des femmes françaises, l’argent est aujourd’hui majoritairement perçu par ces dernières comme un “levier d’autonomie”, “associé à la liberté plutôt qu’à la soumission”. Le rapport à l’argent est aujourd’hui “davantage assumé”.

Ces résultats font écho à une enquête Ifop, parue début juillet et réalisée sur un panel de 2 490 personnes pour le compte de La France Mutualiste en partenariat avec Bpifrance Le Lab, 50 % des personnes interrogées considère que l’indépendance financière “contribue le plus à l’équilibre personnel d’une femme”. Elles n’étaient que 25 % en 1987. “Avoir des enfants, une famille” était alors considéré comme le premier facteur contribuant à cet équilibre. C’est dire le chemin parcouru. L’étude de Financi’Elles sur “Les Françaises et leur émancipation financière” parle d’ailleurs d’une “évolution sensible dans la manière dont les Françaises abordent leur relation à l’argent”.

De fait, la loi du 13 juillet 1965 a bouleversé la place et le rôle des femmes dans l’économie. Sorties de leur condition de mineures à vie sur le plan économique, elles ont alors pu détenir un compte bancaire, gérer leur propre patrimoine, devenir salariées, dirigeantes. L’émancipation bancaire des femmes paraît aujourd’hui une quasi-évidence. Dans la banque, plusieurs femmes peuvent aujourd’hui servir de modèle et d’incarnation de cette légitimité gagnée. Quelques unes sont parvenues à se frayer un chemin jusqu’aux plus hautes instances.

Ana Botin se distingue

Le “baromètre” publié chaque année par la fédération Financi’Elles, qui mesure l’égalité professionnelle hommes-femmes dans les entreprises des secteurs de la finance, des banques et de l’assurance, atteste de tels progrès. Les employeurs engagent volontairement des actions pour favoriser cette égalité, une question d’image de marque également. L’apport des femmes dans les organisations, leur capacité à générer de la valeur ajoutée, est parfois mis en avant.

A l’échelle européenne, la France peut s’enorgueillir de faire partie des très bons élèves, en affichant un taux de 33 % de femmes dirigeantes dans la banque. Mais la présence des femmes dans les conseils d’administration doit beaucoup à la directive UE 2022/2381 relative à un meilleur équilibre entre les femmes et les hommes parmi les administrateurs des sociétés cotées. L’égalité professionnelle hommes-femmes n’est pas encore une évidence. La rémunération reste par exemple encore inégalitaire. La France paraît parfois accuser sur ce plan un certain retard par rapport à d’autres pays européens, à l’instar de l’Espagne, où c’est une femme, Ana Botin, présidente exécutive de Santander, qui affiche la rémunération de dirigeant de banque la plus importante.

Des présupposés parfois portés par les femmes elles-mêmes

Comme en 1965, l’obligation juridique joue encore aujourd’hui un rôle parfois décisif. Ainsi de la loi Rixain, qui impose la présence de 40 % de femmes à des postes à responsabilité d’ici 2029. Le “plafond de verre” pour l’accès à des postes de responsabilité n’a pas disparu.

Les présupposés culturels, sociologiques ont la vie dure et ils sont parfois portés par les femmes elles-mêmes. Les résultats du “baromètre sur l’’émancipation financière en 2025” constatent ainsi une aspiration à l’émancipation financière encore inégalement atteinte et une anticipation financière de la part des femmes qui n’est pas toujours au rendez-vous.

Une évolution pourrait se dessiner grâce aux jeunes générations. “La jeunesse féminine se distingue par un rapport à l’argent plus direct et une meilleure capacité de projection”, détaille l’étude 2025 sur “Les Françaises et leur émancipation financière en 2025”.