Marguerite Bérard franchit le plafond
de verre... à l’étranger

Créé le

15.04.2025

-

Mis à jour le

11.07.2025

Première femme à la tête d’une banque néerlandaise, l’ancienne directrice des réseaux France de BNP Paribas prend ses fonctions
le 23 avril, en pleine tempête géopolitique.

Marguerite Bérard doit entrer dans le cercle très fermé des femmes dirigeantes des banques européennes, aux côtés de Bettina Orlopp, directrice générale de Commerzbank, de Gloria Ortiz, directrice générale de Bankinter, ou encore d’Ana Botin, présidente exécutive de Santander, à compter du 23 avril. Cette dirigeante de 47 ans a été proposée pour cette fonction, lors d’une assemblée, aux actionnaires de la banque néerlandaise ABN Amro, l’une des trois principales banques du pays, à la suite du départ de Robert Swaak, démissionnaire trois ans avant la fin de son mandat. C’est la première fois qu’une femme, française de surcroît, accède au poste de directrice générale de cette banque néerlandaise.

Major de la promo de Macron !

Les parcours académique et professionnel de Marguerite Bérard constituent néanmoins un excellent viatique pour ses nouvelles fonctions. Diplômée de Sciences Po, elle a intégré l’ENA dans la promotion Senghor – la même qu’Emmanuel Macron – d’où elle est sortie major, avant de décrocher un master de la prestigieuse université américaine Princeton. Membre du corps de l’Inspection générale des finances, elle a été conseillère spéciale de l’ancien président Nicolas Sarkozy, avant de se reconvertir dans la banque, d’abord chez BPCE, où elle était responsable des finances, de la stratégie, des affaires et de la conformité, puis chez BNP Paribas, où elle fut directrice des réseaux français. Candidate un temps pressentie à la succession du directeur général Jean-Laurent Bonnafé, elle quitte le groupe en mars 2024, deux jours après que la banque a annoncé une amplification de 400 millions d’euros de son plan d’économies à horizon 2025.

Ses connaissances de la sphère étatique hexagonale devraient lui permettre de manœuvrer avec aisance au sein d’ABN Amro, nationalisée en 2008 avant sa reprivatisation partielle en 2015. L’État néerlandais, par l’intermédiaire de NL Financial Investments, a annoncé en octobre dernier son intention de réduire encore sa participation de 40,5 % à 30 %, prélude possible et attendu à un retrait final du capital d’ABN AMRO. « Ce changement progressif d’actionnariat devra être surveillé, indique Arnaud Journois, analyste chez Morningstar DBRS. Nous pensons qu’il s’agit d’une opportunité pour la nouvelle DG, car elle disposera d’une plus grande flexibilité dans la prise de décision grâce à la réduction de la participation de l’État. Toutefois, cela ne se fera pas sans difficultés, car l’État conserverait un poids important même avec une participation de 30 %. »

Objectif : 60 % de coefficient d’exploitation

Au-delà de la sortie de l’État, la mission de Marguerite Bérard sera de conduire ce poids lourd européen dans sa nouvelle phase « de croissance et de succès », selon un communiqué. La période n’est pas simple : « la politique de hausse des droits de douane pourrait bien peser sur la qualité des actifs, plutôt bonne à l’heure actuelle », explique un observateur. Un changement de cap n’est pas attendu sur le court terme par les analystes, qui tablent sur la publication d’un nouveau plan stratégique vers la fin de l’année. Dans l’intervalle, la nouvelle dirigeante hérite d’une banque au mieux de sa forme, marquée par un résultat net de 2,4 milliards d’euros en 2024, certes en repli de 11 % sur une année, mais meilleur qu’escompté par les analystes ! « Le groupe a notamment liquidé ses activités de banque d’investissement et réduit celles qui étaient non essentielles. Il a pris des mesures de rentabilité et a beaucoup investi dans des plans de lutte contre le blanchiment d’argent, à l’image du reste des banques néerlandaises », précise Arnaud Journois. Avant d’ajouter : «  la réduction de voilure des activités de banque d’investissement et de financement a conduit à des bénéfices plus stables, bien que légèrement inférieurs aux niveaux historiques ».

Malgré l’ensemble de ces mesures, les investissements en cours continuent de peser sur la base de coûts, avec un objectif stratégique de coefficient d’exploitation d’environ 60 % d’ici 2026. « Il s’agit d’un défi qu’il faudra relever, car même si nous estimons que cet objectif est réalisable, le coefficient d’exploitation resterait supérieur à la moyenne nationale et européenne », conclut Arnaud Journois.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº904