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La loi du 13 juillet 1965 portant autorisation pour les femmes mariées d’ouvrir un compte bancaire et d’exercer une activité salariée sans avoir besoin de l’accord de leur mari a été fêtée en grande pompe ce mercredi 16 juillet au ministère de l’Economie et des Finances. Conférence et tables rondes sur les femmes et la finance ont réuni plusieurs centaines de personnes et permis de faire le point sur les avancées depuis soixante ans et les progrès, importants, qui restent à accomplir quant à l’émancipation financière des femmes françaises.
A l’initiative de cette célébration, la fédération Financi’Elles a convié un plateau prestigieux, réunissant notamment Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Marie-Pierre Rixain, députée de l’Essonne, à l’initiative de la loi de 2021 instaurant des mesures pour accélérer la participation des femmes à la vie économique et professionnelle, Clara Chappaz, secrétaire d’Etat à l’Intelligence artificielle et au Numérique, Maya Atig, directrice de la Fédération bancaire française (actionnaire de Revue Banque), mais aussi François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, et Niail Burgess, ambassadeur d’Irlande. Un message vidéo de Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne et marraine de la fédération, est venu saluer le travail mené depuis plusieurs années par la fédération.
Donner corps à l’égalité de droits
En dépit de droits quasi-équivalents, les réalités sociales et économiques vécues par les Françaises sont porteuses d’inégalités persistantes. Les lois contraignant à l’équité de droits se sont avérées nécessaires mais non suffisantes. C’est d’ailleurs une des convictions de la fédération Financi’Elles : pour donner corps aux objectifs poursuivis par le cadre législatif de façon plus rapide et plus efficace, il est important de favoriser et de mettre en œuvre démarches volontaires, expériences de terrain, en s’inscrivant dans le temps long. Ces démarches peuvent alors servir de points d’appui pour concevoir, évaluer puis partager bonnes pratiques et outils.
L’étude menée en collaboration avec Forvis Mazars, et réalisée avec CSA, sur “Les Françaises et leur émancipation financière”, présentée ce jour-là, a mis en lumière quelques caractéristiques singulières des relations des femmes avec l’argent. Les femmes françaises ont une vision davantage “court-termiste” que les hommes. Elles sont par exemple bien plus nombreuses que les hommes à ne pas avoir envisagé à quelle date elles partiront à la retraite, ni estimé quel sera le montant de leur pension. Elles anticipent moins, et se retrouvent donc fragilisées en cas de “rupture”, face à des accidents de la vie.
L’éducation financière des femmes : une priorité
Elles montrent une moindre appétence pour la prise de risque. Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’AMF, a pointé un “loupé” sur ce sujet : à capacité d’épargne équivalente, les femmes investissent bien moins en bourse. Les derniers chiffres de l’AMF témoignent que ce retard s’amplifie. Alors que le nombre d’investisseurs individuels actifs a cru de 300 000 en 2024 à 1,7 million, il est resté stable pour les femmes (430 000). Les femmes françaises ont tendance à sous-estimer leurs capacités en matière de gestion de l’argent. L’étude menée conjointement par Financi’Elles et Forvis Mazars démontre que ces caractéristiques sont également présentes chez les femmes appartenant aux catégories socio-professionnelles supérieures. A contrario, les femmes travaillant dans la finance sont moins concernées par ces biais de perception. Sans aucun doute grâce à une meilleure maîtrise des rouages de la finance : la nécessité d’accentuer le travail d’éducation financière spécifique aux femmes se fait ici jour.
Pour une plus grande confiance en soi
Pour Financi’Elles, les femmes de la finance peuvent jouer un rôle moteur en montrant le chemin vers une plus grande confiance en soi de la part des femmes quant à leur capacité de gestion financière. En outre, la technicité et la digitalisation croissantes des activités financières font émerger le besoin de “réconcilier” les femmes avec les filières scientifiques, afin de faire face aux actuels et futurs besoins en ressources humaines dans ces secteurs. Le rôle croissant des femmes dans la finance constitue à ce titre un modèle que la fédération entend mettre en avant. Créer les conditions adéquates pour favoriser ce type de parcours professionnels fait partie de leurs axes de travail. Il est encore nécessaire d’aller “chercher” les femmes susceptibles de correspondre aux attentes des organisations sur des postes traditionnellement attribués aux hommes.
L’impératif démocratique d’égalité entre hommes et femmes se double ici d’un intérêt économique : les besoins de l’économie réelle, qu’elle soit française ou, plus largement, européenne.