Début 2020, l’épidémie de Covid-19 a donné lieu à une crise sanitaire mondiale qui a déclenché une crise économique inédite par son ampleur et par son origine, puisqu’elle a été provoquée par le confinement volontaire de larges régions du monde et donc la mise à l’arrêt d’une bonne partie de l’économie. L’origine de la crise serait donc exogène ? Pas tout à fait. « Ce n’est pas un choc exogène car elle n’est pas sans lien avec la dégradation de la biodiversité dont nos sociétés capitalistes sont responsables », indiquait Michel Aglietta dans la Lettre du CEPII d'avril. « Je perçois ce qui nous arrive aujourd’hui comme une sorte de grande répétition générale de ce qui nous attend », estimait Gaël Giraud (CNRS, ex-AFD) lors de son audition au Sénat le 13 mai. Le réchauffement climatique et la fonte du pergélisol pourraient faire surgir d’autres pandémies.
Avec la crise du Covid-19 et le confinement du printemps 2020, des premières mesures d’urgence fortes ont été prises par les États, l’Union européenne et les banques centrales. Elles ont inévitablement induit une augmentation de l’endettement des États. Outre des mesures de soutien prises par ces derniers (prêt garanti par l’État, chômage partiel et soutien à certains secteurs en France), les banques centrales ont joué un rôle primordial. La Banque Centrale Européenne (BCE) a en particulier lancé des programmes d’achats massifs d’obligations publiques et privées dès le 18 mars (750 milliards d’euros, portés le 4 juin à 1 350 milliards d’euros jusqu’à juin 2021), pour assurer la capacité des banques à prêter et à financer l’économie.
Alors que la récession s’annonce historique et que la crise pourrait durer et sera également sociale, avec une augmentation des faillites d’entreprises, du chômage voire de la famine dans certaines parties du monde, le devenir et les suites à donner à ces premières grandes mesures d’urgence suscitent un nombre important de réflexions et de débats.
Pour certains, alors que les dettes émises par les États pour financer les mesures exceptionnelles se retrouvent au bilan de la banque centrale, l’endettement est la question majeure de ce début d’après crise et surtout LE risque qui pourrait déboucher sur une période de grande instabilité financière, une crise des dettes souveraines de la zone euro, voire une crise systémique. Ils cherchent les solutions possibles pour l’éviter.
Le « monde d’après », comme on l’appelle depuis le début du confinement, pourrait tirer des leçons de la crise, ne serait-ce qu’en termes de priorité stratégique donnée à la prévention. Des plans de relance sont en préparation au-delà des premières mesures prises pour maintenir l’économie. Le plan de relance français est annoncé pour l’automne. Le 27 mai, la Commission européenne a esquissé son plan de 750 milliards d’euros, avec comme priorités la lutte contre le réchauffement et la transition numérique.
Pour beaucoup, dans ce second temps, la reconstruction de l’économie doit s’accompagner d’une transition écologique, pour atteindre les objectifs national et européen de neutralité carbone et se conformer à ceux de l’Accord de Paris de 2015, et alors que le risque climatique est désormais considéré comme systémique. D’aucuns voient dans la nécessité de ces plans l’occasion de relancer l’économie avec un prisme vert, quand la relance post-crise de 2008 n’avait pas saisi cette opportunité. Beaucoup de débats tournent autour de la façon dont la BCE pourrait gérer la dette croissante des États envers elle, en proposant dans cette optique de revoir les doctrines en vigueur. Les réflexions portent plus globalement sur les choix de politique économique des banques centrales, des États et des instances de réglementation.