Modèle de développement

Penser le monde d’après avec et pour les entreprises

Lancée par Mirova et Fabernovel, l’initative reCOVery a réuni sur une plateforme pendant un mois de confinement des réflexions sur les modèles de développement dans le monde d’après et en particulier sur la place et l’utilité des entreprises dans la reconstruction des économies, au service d’une mutation sociale et environnementale qui passera nécessairement par le déploiement de la finance verte.

Penser le monde d’après avec et pour les entreprises

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Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°392

Enjeux post-Covid-19 : Entre instabilité financière et relance verte

Au début du confinement, nous avons imaginé la plateforme de réflexion reCOVery en réponse à un constat partagé : le fait que cette crise, qui nous touche chacun en tant qu’individus et en tant qu’acteurs économiques, va nécessairement nous obliger à repenser nos modèles de développement et que les entreprises seraient un levier majeur de la reconstruction de notre économie, bien sûr, mais aussi plus généralement de notre société.

La plateforme reCOVery a aussi été pensée en réaction à une crainte : que cette crise ne serve finalement à rien. Nous sommes convaincus que nous devons tout faire pour éviter de recommencer « comme avant », voire « pire qu’avant », sous prétexte de rattraper le retard consécutif à cette pause…

Alors que les États mobilisent toutes leurs ressources à une échelle inédite pour atténuer les effets de cette catastrophe, les entreprises doivent prendre leur part de responsabilité, afin de permettre à l’économie de réaliser la mutation sociale et environnementale que cette crise a eu l’intérêt de rendre à la fois nécessaire et concevable. Aussi, il nous semble évident que nous n’aurons pas les moyens de financer une reprise et une transition, il faudra mener les deux de front. Cela se fera en réfléchissant collectivement à nos pratiques, nos politiques environnementales, sociales et de gouvernance, et plus largement à l’utilité de nos entreprises.

Pendant 31 jours, alors que de plus en plus de partenaires et de réseaux déjà constitués rejoignaient la plateforme [1], et nous apportaient leurs propres convictions et réseaux, nous avons débattu et réfléchi collectivement sur quatre sujets clés pour la relance.

1. Pérenniser des progrès et changements positifs nés de ces semaines de crise. Sur un bon nombre d’aspects – réinvention des modes de travail et de consommation, nouvelles chaînes de valeurs, baisse de la surconsommation, réduction de la pollution atmosphérique… –, l’impossible est devenu possible : ne revenons pas sur nos pas.

2. Remettre en cause les modèles qui ont prouvé leur faiblesse durant la crise, tels que les modèles « asset light », ou la délocalisation qui se traduit par l’éclatement des chaînes de valeur et la concentration de la production de certains produits sur une géographie. Cela pose notamment la question de l’intégration verticale et du modèle souhaitable de relocalisation.

3. Penser concrètement la relance, non pas par secteurs, mais par écosystèmes. Cette approche collaborative permettra une vision plus large et des développements plus innovants et favorisera des solutions de long terme, une économie plus résiliente.

4. Définir urgemment et consolider l’engagement sociétal de chaque entreprise. Cette démarche n’est plus une option car quelle est l’utilité, et donc l’avenir, d’une entreprise sans mission ? La période que nous vivons en est un exemple à la fois dur et éclairant.

Bien au-delà des réseaux qui n’avaient – fort heureusement – pas attendu la crise actuelle pour réfléchir à ces sujets, la démarche a mobilisé des milliers de contributeurs sur notre plateforme collaborative. Plus de 6 000 propositions, commentaires et interactions ont été émis : ils ont permis de distinguer les grands thèmes dont les entreprises peuvent se saisir et les leviers sur lesquels elles sont ardemment appelées à agir.

Ces grandes attentes exprimées par les participants sont les suivantes :

– généraliser le télétravail et les réunions à distance : à l’heure où les usages du télétravail, des visioconférences et des réunions virtuelles se sont développés avec le confinement, ils peuvent être des leviers pour diminuer l’impact environnemental de l’activité des entreprises (réduction des déplacements, moindre empreinte immobilière) ;

– encourager l’engagement des collaborateurs : les entreprises auraient à gagner à encourager l’engagement de leurs collaborateurs autour des sujets sociétaux et environnementaux, en interne comme en externe ;

– opérer des achats et des investissements plus responsables : les politiques d’achat et d’investissement doivent être des leviers au service d’une économie plus durable et vertueuse, en intégrant des critères d’impact environnementaux et sociaux ;

– mettre en place des modes de gouvernance plus inclusifs : de nouvelles formes d’expression et de représentation s’avèrent nécessaires pour permettre l’expression des attentes des collaborateurs et des différentes parties prenantes des entreprises ;

– adopter des logiques d’écosystème, alors que la compétition entre acteurs pour capter une part plus grande dans la valeur ajoutée, selon les seules règles du marché, a prouvé ses limites : elle n’encourage pas les coopérations de crise qui permettraient aux organisations d’agir ensemble plutôt que chacun dans son espace ;

– revoir les principes de comptabilité, car intégrer les externalités positives comme négatives et la mesure d’impact dans la comptabilité des entreprises est indispensable pour permettre le déploiement à grande échelle de nouveaux modèles de croissance ;

déployer de nouveaux modèles économiques, afin d’accompagner la transformation des modes de consommation et de production. Cela implique de penser les offres autrement, de mettre en place des filières responsables et vertueuses et d’imaginer de nouveaux modèles économiques autour de la transition énergétique et de l’économie circulaire.

Quelle est la place de la finance, et plus largement du système bancaire, dans tout cela ?

Alors que, lors de la précédente crise, en 2008, la finance était pointée du doigt comme responsable de la crise, la situation est tout autre en 2020. Partout les banques sont sollicitées pour les opérations de soutien à l’économie avec la garantie des États. Mais il faut aller encore plus loin : la finance « verte » ou « responsable » peut – et doit – devenir l’élément clé du « new deal » qui accompagnera la reprise.

Le système financier devra également évoluer dans ses indicateurs, pour ne plus raisonner exclusivement selon des logiques de rentabilité économique, mais en prenant également en compte les impacts sociaux, environnementaux et humains de nos investissements. Ces facteurs nous semblent constituer les piliers de l'indispensable résilience, à trouver et développer dans tous les futurs modèles d’activité.

 

 

[1] Ashoka, B Lab France, Finance for Tomorrow, France Digitale, l’Institut National de l’économie circulaire, La communauté des entreprises à mission, La Fabrique de l’Industrie, Le collège des directeurs du développement durable - C3D, Le Mouves, Make Sense, Réseau Entreprendre Paris, The Shift Project...

 

Sommaire du dossier

Entre instabilité financière et relance verte

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