La crise traversée par l’Europe dans les années 2011-2012 a mis en lumière le lien financier étroit qui unit le sort d’un État à celui de ses banques. Les cas irlandais ou espagnol ont montré que les difficultés du secteur bancaire peuvent rejaillir sur l’État qui le soutient ; l’exemple grec souligne quant à lui l’influence contraire. Les banques détiennent en effet massivement des titres souverains, en particulier ceux émis par leur pays d’origine. Selon les données de l’Autorité bancaire européenne (EBA), qui publie les expositions détaillées de plus de 130 banques, ce sont 3 848 milliards d’euros de dettes souveraines qui sont portés par les bilans bancaires. Pour certains États, la part de la dette domestique dans ce total dépasse 75 % (Malte, Chypre, mais aussi Italie, Irlande et Grèce), alors que les banques françaises sont sous les 50 %.
À travers l’Union bancaire et en particulier son mécanisme de résolution, les autorités ont tenté de défaire le lien entre banques et États, mais seulement dans un sens : celui par lequel les défaillances bancaires contaminent le souverain. « L’impact d’un défaut souverain sur le secteur bancaire domestique, l’autre face du cercle vicieux, n’a jamais été traité », note le chercheur du CEPS Willem Pieter de Groen dans une note de 2015. En fait, la réglementation tend même à renforcer ce lien, via le traitement préférentiel dont bénéficie la dette souveraine dans le calcul des ratios de solvabilité et de liquidité, dans les règles sur les grands risques ou encore dans les décotes réglementaires demandées lorsque ces titres servent de collatéral. Un constat qui vaut aussi pour les assurances d’ailleurs. L’Europe va même au-delà des recommandations du Comité de Bâle, en autorisant les banques utilisant les modèles internes à appliquer la méthode standard pour leur exposition souveraine, à savoir 0 % pour les titres européens. Cette règle du « permanent partial use » fait d’ailleurs partie des points qui ont conduit le Comité de Bâle à estimer que l’Union européenne était « materially non-compliant » par rapport aux standards internationaux. « Si l’un des objectifs premiers de l’approche par les modèles internes est d’inciter les banques à développer des outils et des pratiques de gestion du risque plus sophistiqués, cela ne peut sûrement pas être son intention de promouvoir de tels outils et pratiques de manière sélective, à la convenance de la banque », dénonçait également l’association Finance Watch en
Pour autant, un certain nombre d’experts, au rang desquels l’EBA, ne mettent pas la question de la pondération nulle en tête des réformes prioritaires. C’est plutôt par le risque de concentration qu’il faut, selon eux, aborder le sujet. « Il faut davantage de diversification, c’est important », déclarait le 30 janvier 2017 au quotidien italien La Repubblica la présidente du Conseil de surveillance prudentielle de la BCE, Danièle