Pour reprendre – et actualiser ! – la déclaration de Jacques
Car les acteurs financiers ne perçoivent plus le dérèglement climatique comme un risque essentiellement d’image, mais de plus en plus comme une réalité financière, de métier, voire un risque systémique qui s’invitera un jour dans les analyses de crédit ou dans les stress-tests. Pour preuve, le mouvement de désinvestissement du carbone prend de l’ampleur et de grands groupes sortent du charbon, alors que les actifs carbonés pourraient perdre de la valeur à terme dans un monde où la majorité des énergies fossiles doit rester enfouie pour se limiter aux 2° (les stranded assets). Les dégâts financiers ne sont pas seulement ceux du coût croissant des catastrophes naturelles, mais des dépréciations boursières et des pertes à venir. De quoi faire bouger les lignes, bien au-delà du greenwashing.
Si les besoins de financement sont colossaux pour transformer l’économie, le coût de l’action n’est pas beaucoup plus élevé que celui de l’inaction, selon plusieurs évaluations, et l’enjeu majeur devient la réorientation des investissements et des flux. Pour financer la transition énergétique, les banques, qui renforcent leurs politiques sectorielles d’exclusion des financements les plus carbonés, financent davantage énergies renouvelables, efficacité énergétique, infrastructures et projets verts, et se saisissent de nouveaux outils, comme les green bonds, dont les montants émis devraient bondir cette année.
Reste que la « finance climat » n’a pas de définition précise, elle se situe sur un temps très long qui rend difficile la qualification d’un actif vert, et nécessite un contexte réglementaire et prudentiel favorable aux investissements de long terme. La COP21 pourrait envoyer des signaux économiques, sur la tarification du carbone notamment.
Lors de la COP, un autre enjeu majeur est celui des 100 milliards de dollars que les pays développés se sont engagés à fournir chaque année aux pays en développement à compter de 2020, pour accompagner leur transition et leur adaptation, alors que le monde pourrait compter 250 millions de migrants climatiques d’ici 2050 selon l’ONU. Le levier public-privé est de plus en plus attendu pour mobiliser ces 100 milliards et, plus globalement, cette transition ne se fera pas sans les acteurs financiers, qui de fait ont la main sur les flux d’investissement.
A lire aussi : « Focus COP21 » paru dans Revue Banque n° 787 de septembre 2015, avec les témoignages : la FBF, Société Générale, BPCE, Fonds de Réserve pour les Retraites et Paris Europlace.