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Dans l’univers des journalistes patrimoniaux, à chaque début d’année, lorsque venait l’heure d’interroger économistes et allocataires d’actifs sur les marchés à privilégier entre les deux côtés de l’Atlantique, la blague était : quel que fût le niveau des taux, des croissances bénéficiaires ou des valorisations des entreprises... Wall Street gagnait toujours. Autant que dire que voir les marchés européens naviguant dans le vert depuis le début de l’année, alors que les indices américains sont dans le rouge, nous laisse à rêver que « Oui, la Mannschaft est bel et bien battable... »
Après qu’un nouveau Parlement européen a été élu, consacrant une montée en puissance des nationalistes mais la prédominance, malgré tout, du PPE, le groupement des partis conservateurs, Mario Draghi, l’ancien président de la Banque Centrale Européenne, le sauveur de l’euro lors de la crise des dettes souveraines, a produit un rapport sur le déclin européen. Une évidence. Comme il n’aurait pas fallu attendre Donald Trump pour découvrir que les intérêts géostratégiques de l’Europe et des États-Unis divergeaient. Réécouter Dominique de Villepin à la tribune des Nations Unies, à la veille du conflit irakien, permet de constater que le gouffre existait déjà... en 2003.
Réalisé avec des contributions d’experts, nationaux ou européens, ce supplément a vocation à répondre à une question : comment l’Europe peut-elle rebondir ? Pour apporter une première réponse, constatons que l’Europe a imposé à tous la finance durable comme modèle économique, à coup de SFDR, CSRD... Arrêtons-nous un instant sur ces sigles. SFDR : Sustainable Finance Disclosure Regulation, l’obligation faite aux producteurs de produits financiers de définir le niveau de durabilité de leurs produits. CSRD : Corporate Sustainability Reporting Directive, l’obligation faite aux entreprises de rendre des comptes sur leur durabilité.
Sur ce sujet, l’Europe s’est caricaturée, toute seule, comme une grande ! Elle a d’abord imposé des contraintes aux gestionnaires, alors que toute la donnée venant des sociétés dans lesquelles ils investissaient n’était pas disponible. Puis, une fois Trump élu, l’Europe a décidé, avec la directive Omnibus, de revoir à la baisse et/ou de reporter les obligations des entreprises. Merveilleuse démonstration d’incohérence et d’inefficacité.
L’Europe a un problème avec son point G. Elle se passionne pour le E, avec une brillante taxonomie, laisse croire avec le S qu’il existe un modèle social européen, mais se prend les pieds dans le tapis avec sa gouvernance. En raison de ce problème, si elle était un produit financier, elle serait « article 6 » selon le règlement SFDR. Le pire niveau !
Dans l’esprit collectif, aussi bien au niveau des acteurs économiques que des individuels, l’Europe, c’est un succès : l’euro. Et basta ! Des réglementations financières incohérentes aux bouchons accrochés en bouteille en plastique, qui empêchent de boire au goulot, l’Europe n’est qu’une machine à produire des textes, avec une mécanique complexe. Allez donc expliquer un trilogue ! Mais que peut-elle faire d’autre ? Elle ne lève pas d’impôt et n’a pas d’armée...
À l’heure où l’argument du maintien de la paix sur le continent a pris du plomb dans l’aile, l’Europe doit urgemment redéfinir un projet pour tous, acteurs économiques comme populations, clarifier sa gouvernance, entre son rôle et celui des États... Bref, tirer les leçons de son impasse actuelle. Le titre de ce supplément évoque un rebond : il est donc positif. Car, comme le disait le rapport Draghi, la question est peut-être plus existentielle...