France

Un environnement plus favorable aux PME et ETI cotées

Créé le

26.05.2025

-

Mis à jour le

27.05.2025

Au temps de leur splendeur, les petites et moyennes capitalisations étaient bien mieux valorisées
que les grandes. Aujourd’hui, elles valent moins
cher que les petites valeurs non cotées ! Mais entre rebond boursier et évolutions réglementaires,
un cadre se met en place pour relancer aussi bien
les performances que les levées de capitaux.

L’indice CAC Small a été créé fin décembre 2002. Reflet de la performance du segment des PME-ETI cotées les plus dynamiques en France, il présente une croissance significative sur longue période. En absolu, comme en relatif par rapport à l’indice CAC 40, les 40 plus sociétés les plus importantes cotées à Paris. Depuis son lancement au 31 décembre 2002, la performance moyenne de l’indice CAC Small NR (net des dividendes réinvestis après prise en compte de la fiscalité) ressort à 8,23 % par an. Et ce, malgré les trois derniers exercices particulièrement difficiles. Qu’on en juge : -18,21 % en 2022, -1,34 % en 2023 et -6,68 % en 2024. Mais depuis le début de l’année 2025, il progresse de 14,8 %, à comparer avec une modeste hausse de 4,79 % pour le CAC 40 (chiffres arrêtés au 23 mai 2025).

Plusieurs éléments expliquent ce retour en grâce. En premier lieu, l’incertitude sur le contexte économique mondial. D’ordinaire défavorable, cette situation profite aujourd’hui aux PME et ETI françaises cotées, car elles ont l’atout d’être plus domestiques dans un contexte difficile à appréhender pour les grandes valeurs internationales en raison des droits de douane. L’écart avec les valeurs du CAC 40 est très net à partir de début avril, avec l’annonce par Donald Trump du « Liberation Day ».

La défense, catalyseur du marché des PME

L’autre critère est technique : la première pondération est Eutelsat, en hausse de 53 % depuis le début de l’année. Intégrant aussi Exail Technologies (+262%), l’indice CAC Small bénéficie de l’intérêt des investisseurs pour les valeurs de la défense, susceptibles de profiter de la hausse des investissements militaires des prochaines années en Europe. De plus, le plan d’investissement en Allemagne, première puissance économique en Europe, et la perspective de la poursuite de la baisse des taux d’intérêt de la Banque Centrale Européenne en 2025, sont autant de facteurs de soutien pour ce segment de la cote.

Malgré le rebond de l’indice depuis le début de l’année 2025, les ratios de valorisation du segment Mid&Small français coté restent sous les ratios historiques. Sur ce point, trois périodes sont à noter : le rebond post bulle internet 2003-2007, la décennie 2010-2017 et la période 2019 à aujourd’hui (voir graphique). Les valorisations des petites et valeurs moyennes françaises sont supérieures à celui des grandes valeurs du CAC 40 jusqu’à la crise des subprimes, elles deviennent équivalentes durant la seconde phase 2012-2018 et sont inférieures depuis 2018.

L’analyse du ratio valeur d’entreprise/EBITDA confirme cette analyse. À 8,1 x, le ratio actuel reste inférieur au niveau moyen sur longue période. Il est également moindre que celui constaté sur le non-coté en France, Argos Index MidMarket affichant un ratio de 9,5x au premier trimestre 2025.

Des performances pour raviver les flux

Ce rebond de l’indice CAC Small depuis le début de l’année 2025 devra aller plus loin que celui déjà enregistré sur la même période l’an dernier. L’indice avait progressé de 12 % de février à mai 2024, mais ce retour en grâce avait été annihilé par l’annonce de la dissolution de l’Assemblée Nationale en France.

Le retour de la performance sur ce segment est l’une des clés pour relancer durablement ce mode de financement en France pour les PME-ETI de croissance. Tout comme la croissance des bénéfices par action, les flux d’épargne sur ce segment de la cote, par essence moins liquide, influent également sur le dynamisme de ce segment. À la modeste exception de 2020, la collecte nette des fonds de petites actions françaises est négative. Depuis 2018, 3,3 milliards de fonds institutionnels sont sortis de cette classe d’actifs.

Une prise de conscience s’est opérée et plusieurs initiatives ont été prises. Tout d’abord, la refonte du PEA PME dans le cadre de loi attractivité de juin 2024. Son objectif ? Faciliter la gestion des fonds PEA PME en élargissant l’univers des valeurs éligibles. Le plafond pour les sociétés pour être éligible a été rehaussé de 1 à 2 milliards de capitalisation boursière des sociétés éligibles. Ensuite, le mode déclaratif qui limitait bien souvent dans les faits l’univers à la liste des seules valeurs françaises qui s’étaient déclarées, a été abandonné. Désormais, les seuls critères de taille ouvrent plus largement cet univers de gestion à plus de 3 000 PME-ETI européennes. La cadre est désormais là pour inciter les sociétés de gestion à relancer ce type de fonds au sein de leur gamme de fonds.

Le rôle majeur de CDC Croissance

CDC Croissance, filiale de la Caisse des Dépôts, joue également un rôle important dans la relance de cette classe d’actifs en France avec la création de CDC Tech Premium, un fonds dédié à l’investissement dans les sociétés françaises tech, et un fonds de fonds de 500 millions d’euros destiné à être investi dans une vingtaine de fonds spécialisés dans les valeurs moyennes cotées majoritairement en France et dont les équipes de gestion sont basées en France.

En 2025, la tendance sur la collecte des fonds Mid&Small reste à confirmer. Après un premier trimestre à nouveau en décollecte, le mois d’avril est dans le vert. L’hirondelle fera-t-elle le printemps ? Rendez-vous après l’été.

Résultats positifs pour les dernières introductions

L’autre face de la pièce, c’est le retour des PME-ETI cotées en bourse. Après une année très forte au sortir du Covid-19, en 2021, durant laquelle 64 nouvelles entreprises ont rejoint la cote, le marché des introductions en bourse a ralenti depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. En parallèle, le nombre de sorties de cote a lui augmenté depuis 2022, réduisant de fait le nombre de sociétés cotées de 80 sociétés en 3 ans. Les dernières introductions en bourse à Paris, en faible nombre, se sont traduites par un parcours postintroduction particulièrement positif sur les opérations avec levée de fonds. Sur les chiffres arrêtés au 23 mai par rapport à leur introduction : +706 % pour STIF, + 100 % pour Exosens, + 82 % pour LightOn, +75 % pour Odysée Technologie et +61 % pour Planisware. Cela constitue un élément favorable pour inverser la tendance.

Pour ramener les entreprises sur le marché, plusieurs initiatives sont lancées. À partir de 2026, le Listing Act va faciliter les introductions en bourse à Paris en allégeant la documentation pour les PME et en accordant plus de souplesse pour relever de l’argent, une fois coté. Chaque année, une cinquantaine de dirigeants de PME-ETI non cotées sont formés à la cotation. Une initiative est également en cours de lancement dans le secteur de la Défense pour faciliter l’accès aux marchés de ces PME nécessitant de renforcer leurs fonds propres à hauteur de 3 milliards d’euros d’ici 2030.

La Bourse, royaume des PME

Le Manifeste pour un meilleur financement des entreprises par les marchés, inspiré d’une initiative italienne, a réuni depuis mars 2025 plus de 500 signataires et 40 entités dont la BPI, France Invest pour le non coté, France Assureurs... Il émet plusieurs recommandations dont celle de favoriser le fléchage de l’épargne vers les entreprises cotées ou encore celui d’un bonus IPO pour faciliter l’accès à la bourse des PME en réduisant leurs coûts.

Souvent reliée à l’image des sociétés du CAC 40, la bourse est un univers de PME-ETI. Sur les 655 entreprises cotées en France, 535 sont des PME-ETI. Près de la moitié d’entre elles ont leur siège en régions. La moitié des sociétés cotées en France ont un chiffre d’affaires encore inférieur à 100 millions d’euros. Convaincre les licornes dans la tech mais également les PME industrielles, ce sont les deux étages de la fusée à mettre sur le pas de tir. Si l’on regarde la composition actuelle des sociétés du SBF120, indice regroupant les 120 sociétés les plus importantes cotées à Paris, le quart d’entre elles sont entrées en bourse avec une capitalisation boursière inférieure à 150 millions d’euros, 40 % d’entre elles avec une capitalisation boursière inférieure à 500 millions d’euros. Pour mémoire, Eurofins, laboratoire d’analyse intégré dans le CAC 40 en 2021, était entré en bourse en 1997 conseillé par Portzamparc, avec un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros. Ces small caps sont donc indispensables au renouvellement de la cote.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº905bis