Initiative de place

L’heure de l’action est venue ! Voici des mesures concrètes...

Créé le

22.05.2025

-

Mis à jour le

28.05.2025

Mettre la Place autour de la table pour mieux utiliser l’importante épargne des Français. Mission accomplie avec un Manifeste pour un meilleur financement
des entreprises par les marchés de capitaux.
Bâti par une quarantaine de structures, il est déjà soutenu par plusieurs centaines de professionnels. Explication de la méthode de travail, avec
la philosophie et le détail des propositions.

Le rapport de Mario Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne a frappé les esprits par son emploi d’une expression marquante, la « lente agonie économique ». Les bouleversements historiques auxquels nous sommes confrontés appellent une réaction urgente. Si l’Europe veut rebondir et assurer sa souveraineté économique, elle doit en premier lieu muscler sa puissance financière. L’Europe dispose d’un potentiel financier remarquable, avec une épargne abondante. Mais elle peine à l’exploiter pleinement.

Une démarche collective et constructive

Devant ce paradoxe, nous, acteurs français des marchés de capitaux, avons jugé qu’était venu le temps de l’action et des propositions concrètes. Autour d’Euronext, idéalement placé à l’épicentre de la chaîne des valeurs des marchés d’action, s’est fédéré au début de l’année un petit groupe désireux de faire émerger une plateforme de propositions susceptibles d’être soutenue par l’ensemble des acteurs concernés.

Une démarche collective, positive, constructive pour souligner l’importance des marchés de capitaux pour les entreprises de notre pays et la souveraineté de notre continent, reconnaître les défis à relever pour qu’ils puissent rester accessibles à la diversité des projets, des acteurs et des investisseurs et, surtout, proposer une plateforme de propositions communes.

Pendant plusieurs mois, des « co-porteurs » – Afep, AFG, AMAFI, CDC Croissance, Euronext, Middlenext et Paris Europlace – ont donc travaillé ensemble à l’élaboration d’un Manifeste pour un meilleur financement des entreprises par les marchés de capitaux. L’approche s’est inspirée de la démarche portée par nos voisins italiens avec la publication, en 2023, du Manifesto per lo Sviluppo dei Mercati dei Capitali. L’objectif était, depuis l’origine, d’élargir ce cercle pour recueillir le soutien d’un maximum de parties prenantes. Une échéance avait été fixée : la 13e conférence annuelle d’Euronext, organisée à Paris le 18 mars 2025.

Pas de frontières entre petits et grands,
coté et non-coté

Mission accomplie, avec l’adhésion de 43 associations de la Place de Paris, représentant toutes les faces des marchés actions : les émetteurs cotés (AFEP, Middlenext), mais aussi les réseaux de start-up, « prospects » de nos marchés (Croissance +, France Digitale, France Biotech, France Fintech...), les investisseurs (France Assureurs, AF2I, Place des investisseurs...) et leurs gérants (AFG, France Invest), les intermédiaires et conseils financiers (FBF, Amafi, ASF, SFAF) et les organisations qui fédèrent de manière transverse les énergies sur les territoires (Paris Europlace, les huit places financières en région, des pôles de compétitivité...), sans oublier les acteurs publics que sont la Caisse des dépôts et BPI-France.

Il est difficile de les citer toutes, mais il est aisé de constater qu’il n’y a pas de fracture, dans cette liste, entre petites et grandes entreprises, environnements coté ou non coté, typologies d’acteurs. Et parce que les marchés financiers ne sont pas des lieux anonymes, mais conjuguent des projets portés par des entreprises et les hommes et les femmes qui les animent, nous avons tenu à leur ouvrir le Manifeste : au 21 mai, plus de 563 personnes l’ont signé, représentant 343 entreprises et organisations, dont 41 institutions et associations de Place.

Une certitude : les marchés de capitaux
sont essentiels

Que disons-nous ? Le Manifeste rappelle une conviction simple, mais dont la diversité des signataires fait la force du message : les marchés de capitaux sont un levier essentiel pour la prospérité et la souveraineté économique. Une grande économie ne peut pleinement se développer sans des marchés financiers dynamiques pour accompagner ses entreprises. La cotation, notamment, est un enjeu de premier plan, levier de croissance et d’indépendance stratégique. La Bourse demeure le principal vecteur permettant aux entreprises de s’imposer comme des leaders continentaux ou mondiaux dans de nouveaux domaines d’excellence, bien que certaines de ces réussites soient souvent méconnues : près d’un quart des entreprises figurant dans le SBF 120 étaient des PME et ETI au moment de leur entrée en Bourse.

Pourtant, il existe un risque que cette machine se grippe, comme en témoigne la concentration croissante de la cote. Au travers du Manifeste, la Place de Paris s’est mobilisée pour soutenir son atout stratégique. La France bénéficie du bassin d’investisseurs le plus diversifié géographiquement parmi les grandes places boursières. Il fédère l’épargne de plus de 3 millions d’actionnaires salariés, 4,5 millions d’investisseurs individuels et de milliers d’investisseurs institutionnels du monde entier. Ce succès témoigne du dynamisme, de la qualité et de la diversité de notre écosystème financier, essentiel au financement de l’économie. C’est un atout majeur pour construire et pérenniser une économie compétitive et maintenir notre souveraineté dans les domaines stratégiques. Il nous oblige également à continuer à renforcer notre attractivité pour maintenir notre avantage dans le cycle qui se dessine.

Pourquoi exportons-nous notre épargne ?

Les recommandations du Manifeste s’articulent autour de trois messages cohérents et complémentaires : encourager une meilleure orientation de l’investissement vers les entreprises européennes ; renforcer la compétitivité du cadre réglementaire et législatif ; rayonner localement, briller mondialement (voir toutes les mesures concrètes).

Le premier volet est consacré à l’orientation de l’épargne. Ce n’est pas une surprise, car le paradoxe est connu : alors que l’épargne européenne est abondante, 68 % des actions détenues par les gérants d’actifs européens sont investies chaque année en dehors de l’Union. Le décalage est doublement frappant. L’épargne des Européens est exportée vers des économies non européennes, et nos entreprises, privées de ce potentiel de financement, doivent se tourner vers des ressources extérieures. Plusieurs facteurs expliquent ce déséquilibre. La gestion passive et l’américanisation du bassin d’investisseurs alimentent le déplacement de l’épargne européenne vers d’autres économies. Elles engendrent une concentration des flux vers les sociétés les plus liquides au détriment des petites et moyennes entreprises.

Aidons les institutionnels à mieux investir

Orientée structurellement vers des produits sécurisés, l’épargne des Français ne contribue que marginalement au financement de nos entreprises : seulement 10 % des ménages français investissent directement en actions, contre 33 % au Royaume-Uni. Enfin, la fragmentation des marchés de capitaux en Europe, aggravée par les divergences fiscales et réglementaires, prive les entreprises comme les épargnants européens de perspectives de financement et d’investissement pourtant prometteuses.

Parmi les recommandations portées par le Manifeste figure donc au premier plan un encouragement vigoureux de l’investissement des investisseurs institutionnels dans les fonds Actions. En particulier en facilitant dans Solvabilité 2 l’investissement des assureurs dans les actions de société cotées et en réussissant leur déploiement du mécanisme LTEI2 (Long Term Equity Investment). Il convient également de relancer la titrisation et d’accélérer le développement des fonds de pension et la promotion de l’épargne retraite.

Un label pour défendre l’Europe

Le Manifeste porte en parallèle la conviction d’une nécessaire redirection de l’épargne vers les entreprises françaises et européennes, grâce à la mise en place d’un « label européen » accordé aux produits qui favorisent l’investissement à long terme dans les entreprises de l’Union Européenne, en particulier les PME. Il défend aussi un référencement accru des fonds PEA-PME dans les produits d’épargne salariale et le relèvement du plafond du PEA, qui n’a pas évolué depuis dix ans. Enfin, ces réformes doivent s’accompagner d’un effort de sensibilisation financière à destination des actionnaires individuels, des émetteurs et des investisseurs.

Pour assurer la compétitivité du cadre réglementaire, le Manifeste propose de moderniser les modalités d’introduction en Bourse, de simplifier la réglementation CSRD sur les reportings de durabilité et de construire un terrain de jeu équitable entre sociétés cotées et non cotées lorsque la réglementation s’applique à l’ensemble des entreprises et respectant la proportionnalité des obligations en fonction de la taille des sociétés cotées. Pour lutter contre la fragmentation et offrir un véritable « marché domestique européen », le Manifeste soutient la supervision commune des infrastructures de marché en Europe ainsi que leur traitement comme des groupes et salue le Prospectus commun européen qu’Euronext vient de lancer sur ses sept places.

Éric Lombard valide la démarche !

Enfin, la démarche du Manifeste ne serait pas complète sans un effort constant de conviction et de promotion. Conviction, en encourageant les PME-ETI à se tourner vers la Bourse, par des actions au niveau des écosystèmes régionaux en particulier, et promotion, à travers l’exposition de ces entreprises dans les initiatives publiques de soutien et de structuration de l’écosystème des entreprises technologiques.

Le Manifeste est un appel commun à l’action collective. Il rassemble toutes les parties prenantes de la Place, tous ceux qui fédèrent les énergies et tissent des liens, dans l’expression d’une ambition partagée, déterminée et résolument européenne. Les besoins de l’Europe demandent avant tout un financement plus important. Les ressources sont présentes, mais le potentiel reste inexploité. La Bourse constitue un cadre incontournable afin de résoudre cette équation et apporter un soutien indispensable à l’épanouissement de nos entreprises. Elle ne demande donc qu’à voir son potentiel être pleinement libéré pour fournir à l’Europe les moyens de son rebond, pour assurer sa compétitivité comme pour répondre aux défis d’avenir. Le 18 mars dernier, lors de son allocution d’ouverture, Éric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique s’est félicité de la démarche du Manifeste et en a accueilli favorablement les orientations : les travaux sont lancés !

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº905bis