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Jamais ce titre n’aurait pu passer si Revue Banque avait été distribué en kiosque. Il est né d’une sombre histoire de synchronisation d’agenda électronique entre Google et Outlook. Deux heures de décalage sur les rendez-vous ! Direction les paramètres. Google parle en heure GMT, Outlook en UTC. Le charme des sigles, censé faciliter la compréhension et qui bien souvent, au contraire, l’embrume...
DLT. À l’heure de la rentrée des classes, tout le monde maîtrise ? Au vu d’un rapide sondage, rien n’est moins sûr ! Histoire de faciliter la lecture, développons au long comme le veut la pratique journalistique. DLT pour Distributed Ledger Technology. Certains ne sont pas beaucoup plus avancés. Évidemment, si l’on avait utilisé blockchain ou Bitcoin, on aurait titré plus aguicheur... Au passage, petit élément orthographique, histoire de mieux comprendre les sujets. Bitcoin s’écrit avec une majuscule quand il s’agit de la blockchain ou de l’écosystème, mais avec une minuscule lorsqu’il est question du crypto-actif. Pour résumer, la DLT est une technologie, la blockchain est l’une des DLT existantes et le Bitcoin l’une des blockchains.
N’ayez crainte : pour commencer ce voyage dans le temps, nous avons demandé à Marc Samama de nous présenter les éléments de base. Non seulement, cet expert travaille sur le sujet dans une grande banque française, mais il est aussi formateur pour La Revue Banque. L’homme idoine donc pour nous planter le décor et nous expliquer par exemple, que blockchain publique ou privée, ce n’est pas exactement la même chose... Au passage, la Banque Centrale Européenne serait, selon le Financial Times, sur le point de changer d’avis entre les deux pour l’euro numérique de détail.
La Banque de France veut accélérer
Pour construire ce dossier et chercher des contributeurs, notre réflexion est partie de la dernière lettre des initiales. Le T de « technology ». Historiquement, l’arrivée d’une nouvelle technologie génère des innovations. La plus fameuse d’entre elles étant le Bitcoin. Mais une nouvelle technologie peut aussi venir en substitution à d’autres technologies existantes. Le mouvement peut-être plus ou moins rapide. C’est l’histoire d’internet et du minitel...
L’univers financier est atypique. Parce que capital pour notre économie. Si l’on regarde les sujets par le haut, cette « heure DLT » interpelle évidemment en terme de stabilité financière. Emmanuelle Assouan, directrice générale de la stabilité financière et des opérations à la Banque de France, nous livre son avis. Et le message n’est pas au frein sur la pédale. Nous avons titré son article « face à la tokenisation de la finance : l’Eurosystème doit accélérer ». Mais ne nous y trompons pas : le message s’adresse aussi directement aux banques commerciales, notamment dans la nécessité de créer de la monnaie commerciale tokénisée.
Derrière la technologie, il y a des enjeux de souveraineté évidents... Grand défenseur de longue date de Bitcoin, Yves Choueifaty nous livre d’ailleurs sa vision d’un éventuel maintien du pouvoir des États-Unis, via bitcoins et stablecoins, alors que la politique de baisse du dollar voulue par Donald Trump devrait, au contraire, justifier une baisse de la mainmise américaine.
Ces business qui se développent
Côté business, certaines entreprises ont développé des services à base de blockchain. Tel est le cas de Fipto, dans les paiements, notamment transfrontaliers. Ses trois fondateurs – Patrick Mollard, Grégoire Andrieu et Bertrand Godin – nous expliquent les atouts, en particulier pour les entreprises, de passer par les stablecoins et la blockchain en matière de paiements. L’un des arguments : 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Du véritable continu, avec le mot « cut off » supprimé du vocabulaire !
L’argument de la rapidité revient aussi dans les atouts de IZNES, une place de marché destinée à faciliter la distribution dans la gestion collective. Christophe Lepitre, son pérsident, nous briefe sur l’évolution de cette entité, lancée en 2017 avec une coalition des sociétés de gestion, rejointe par la suite par deux assureurs et Euroclear. L’atout du travail en commun, tel est aussi le credo de Nadia Filali. Actrice incontournable de la blockchain, elle a créé, depuis la Caisse des dépôts, LaBChain, une structure où se retrouvent tous les mois les principaux acteurs de la place. Son credo : « la tokenisation est un levier stratégique de modernisation de l’industrie financière ». Soit ! Mais a priori, l’industrie n’est pas très avancée. Il est vrai que la blockchain réduit la chaîne des intermédiaires et, potentiellement, perturbe quelques rentes... Attention, ne pas être à l’heure DLT pourrait simplement vouloir dire « ne plus être ».
Si l’industrie peine à se lancer, la clientèle particulière, elle, fonce. Il y a plus de détenteurs de cryptos dans notre pays que d’actions. Laurent Olivier nous explique comment la centenaire Banque Delubac a fait le choix d’intégrer les cryptos, et leur conservation, à son offre financière. Quant à Chloé Desenfans et Nicolas Marchese, ils nous révèlent comment proposer de faire du mining ou du staking. De quoi permettre, à défaut d’être à l’heure, d’être au moins au courant.