Stablecoins, agents d’intelligence artificielle, blockchain...
le futur des paiements transfrontaliers est déjà là !

Créé le

28.08.2025

-

Mis à jour le

02.09.2025

La vie d’un trésorier ne sera plus jamais comme avant. Il est possible d’aller beaucoup

Alors que les échanges internationaux sont au cœur de la compétitivité des entreprises, il est paradoxal de constater que les paiements transfrontaliers restent l’un des maillons faibles du système financier mondial. Lenteur, manque de transparence, coûts élevés et manque de prédictibilité sont les points de frottements identifiés par les utilisateurs de paiements internationaux en particulier, sur certains corridors comme l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Afrique.

Selon les rapports du Financial Stability Board, le conseil de stabilité financière, il reste des progrès à faire en matière de rapidité, transparence ou coût. Les défis se révèlent être des barrières logistiques et réglementaires considérables : fuseaux horaires, heures d’ouverture bancaires, fluctuations de change, faible liquidité des monnaies émergentes, inflation. Un virement international peut prendre entre quelques jours et plusieurs semaines vers les pays émergents. Pendant ce temps, Amazon livre 158 colis par seconde. L’attente est forte pour une (r)évolution dans ce secteur.

Loin d’être une fatalité, des solutions existent. Avec la blockchain et, par exemple, l’approche stablecoin sandwich (voir encadré). Les stablecoins sont au centre du dispositif. Dans FinTech Brain Food, Simon Taylor, directeur de Global Digital Finance, ancien patron Recherche et développement blockchain de Barclays, soulignait leur potentiel : « les stablecoins offrent des rails de règlement mondiaux, instantanés, plus rapides, à moindre coût, évolutifs, programmables et sans autorisation ».

Un marché en mutation

Les transformations du marché lui donnent raison. En 2024, les transactions stablecoin ont atteint 24 000 milliards de dollars, dont 7 600 milliards de paiements effectifs, soit cinq fois le volume PayPal. Les rachats récents de Bridge par Stripe et d’Iron par MoonPay confirment que tous les acteurs du paiement se doivent d’avoir une stratégie stablecoin.

Aujourd’hui, l’hégémonie des stablecoins dollar ne fait aucun doute. Mais les clients grandes entreprises européennes affichent un intérêt de plus en plus fort pour les stablecoins libellés dans leur propre devise afin d’éviter un risque de change additionnel. Le fait que certains stablecoins soit émis par des banques de référence, comme la Société Générale, facilite l’adoption et l’utilisation par ces grandes entreprises. Elles sont en effet rassurées sur le risque de contrepartie.

L’entrée en vigueur fin 2024 du règlement MiCA devrait renforcer la confiance des entreprises dans ces technologies. L’authentification intégrée et la sécurité intrinsèque de ces nouveaux rails de paiements les positionnent comme solution incontournable. Les institutions financières s’en sont emparées à grande échelle : JP Morgan a ouvert la voie avec le lancement du JPM Coin en 2019, suivi de la plateforme Kynesis. Goldman Sachs pilote des projets de tokenisation d’actifs financiers. En France, la Société Générale, via Forge, a émis des obligations sur Ethereum et Tezos, avec l’agrément de l’AMF. De son côté, Citi a lancé en 2023 ses Citi Token Services pour fluidifier les règlements internationaux. Enfin, Visa et Mastercard ont massivement investi dans l’écosystème blockchain depuis 2020, intégrant stablecoins, paiements décentralisés et partenariats Web3.

Par ailleurs, dans un contexte d’incertitude croissante, les entreprises font face à des défis inédits. D’un côté, les fonctions financières sont soumises à une pression constante ; de l’autre, l’environnement ouvrent la voie aux trésoriers augmentés. En particulier grâce à la nature programmable des stablecoins. Dans un écosystème où rapidité d’adaptation et optimisation continue sont primordiales, les entreprises pourront, avec l’aide de l’intelligence artificielle (IA), construire une trésorerie structurellement plus compétitive. Et plus flexible que les monnaies traditionnelles, le stablecoin assurant une disponibilité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Couplé à un agent dopé à l’IA, il devient un levier d’accès à de nouvelles opportunités. Imaginez un assistant virtuel capable de comprendre le contexte financier de l’entreprise, d’apprendre de ses usages et de se positionner comme un véritable copilote pour le trésorier, en mesure de traiter des requêtes en langage naturel telles que : « Place automatiquement mes fonds lorsque les banques fermeront ce vendredi. »

Concrètement, un développeur ou un agent IA peut émettre une demande de paiement à un nouveau fournisseur, tandis que le MCP² gère la création du bénéficiaire, la validation, la conformité et l’exécution, avec une auditabilité complète. MCP ? Model Context Protocol ou protocole de contexte modèle. C’est la couche d’orchestration pour les paiements en stablecoin. Il relie les systèmes de trésorerie à des agents programmables, permettant une automatisation sécurisée, structurée et en temps réel. Notre MCP Fipto est construit en deux phases structurées, chacune débloquant une nouvelle couche de fonctionnalités : un aperçu contextuel d’abord, puis action orchestrée.

Une question stratégique

Si en 2022, les trésoriers d’entreprises regardaient ces nouveaux rails de paiements avec curiosité, aujourd’hui on constate que la plupart d’entre eux souhaitent essayer cette nouvelle technologie et l’intégrer dans leur stratégie de gestion de flux. En effet, les paiements en stablecoins offrent une alternative intéressante pour le paiement ou le rapatriement de fonds sur les corridors complexes. Par ailleurs, on constate que de plus en plus d’entreprise n’utilisent plus les stablecoins uniquement dans le cadre d’un stablecoin sandwich, mais maintiennent des comptes ou wallets en stablecoin afin, d’une part, de payer leurs fournisseurs et, d’autre part, d’être payé par les clients en stablecoins. Enfin le maintien d’un solde en stablecoins permet aux trésoriers d’entreprises d’accéder à des services financiers de placements disponibles 24 heures/24 heures et 7 jours/7 jours.

Prenons un cas classique : des fonds en provenance du Brésil arrivent sur les comptes d’une entreprise française un vendredi à 16 heures. Le trésorier se retrouve face à un choix contraint : laisser cet argent « dormir » jusqu’au mardi matin, au risque de perdre du rendement ou tenter de le faire circuler rapidement. Un agent IA pourra bientôt proposer des stratégies de placement sur la blockchain (onchain) et après validation du trésorier, orchestrer la conversion des fonds en stablecoins et les investir. Ces fonds pourront générer du rendement pendant le week-end sur des Money Market funds par exemple, un produit proposé par Spiko, une autre fintech française. Le lundi, les fonds sont automatiquement rapatriés, augmentés des gains réalisés.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº907
La recette du stablecoin sandwich
Les paiements effectués sur la blockchain via l’approche stablecoin sandwich permettre de fluidifier les transactions. Voici le détail du mécanisme.
Dans un premier temps, on convertit la devise d’origine en stablecoin.
Par exemple, pour un paiement vers le Brésil, on passe de l’euro vers
un stablecoin adossé au dollar américain. Etape n° 2 : on transfère ce stablecoin, via blockchain, à un partenaire local. Ce dernier le reconvertit dans la devise de destination – par exemple, le real brésilien –, puis effectue le paiement du fournisseur au travers du réseau local.
Cette solution, plus rapide, permet une transparence et prédictibilité
des flux, car les transactions sont consultables en ligne. Elle peut aussi permettre une optimisation des coûts. La recette du stablecoin sandwich représente donc une alternative aux lourdeurs de systèmes comme SWIFT, où une succession d’intermédiaires bancaires ajoutent délais, frais et risques. En pratique, les conversions s’effectuent où la liquidité est optimale. Le transfert des stablecoins est quasi instantané car effectué sur la blockchain. Quant à l’étape finale, le virement au client, il est instantané car effectué sur les réseaux locaux – comme SEPA, PIX... – extrêmement efficaces. Ces nouveaux rails sont accessibles au travers des logiciels
de trésorerie classiques des entreprises afin d’en faciliter l’accès. Tel est
le cas notamment de Kyriba qui offre la possibilité à ses clients de payer ses fournisseurs en utilisant des stablecoins.