Pourquoi les banques doivent s’emparer des cryptos

Créé le

26.08.2025

-

Mis à jour le

27.08.2025

Delubac est une banque centenaire. Et elle a décidé de s’emparer du sujet des cryptos au profit de sa clientèle. Avec un objectif commercial, mais pas seulement... Plaidoyer pour un monde bancaire sans œillères !

En 2024, la banque Delubac a fêté ses cent ans. Au fil des décennies, l’établissement fondé en Ardèche par Maurice Delubac a su évoluer, notamment en accompagnant les entreprises, les particuliers et les acteurs institutionnels dans des projets complexes. Résolument indépendante, elle est restée à l’avant-garde des évolutions technologiques. Dès la fin des années 2010, la banque pressent la révolution qu’allait représenter la blockchain pour la finance. Ce choix se fait notamment sous l’impulsion de Joël-Alexis Bialkiewicz, un des associés-gérants, intéressé par la philosophie et le fonctionnement du protocole Bitcoin. Débute alors une démarche pour explorer ces actifs numériques comme une nouvelle classe d’actifs à intégrer dans ses services. Un positionnement stratégique, répondant à une demande naissante, qui s’est confirmée depuis.

Car l’intérêt des Français pour les crypto-actifs a fortement progressé, comme le montre une étude menée par l’Association pour le développement des actifs numériques, Ipsos et Deloitte en 2024 : 92 % d’entre eux ont déjà entendu parler des actifs numériques, près de 13 % en ont détenu, et 34 % se déclaraient prêts à investir dans le futur. Un tiers des Français souhaite par ailleurs que leurs banques traditionnelles deviennent les acteurs privilégiés pour l’acquisition et la conservation de crypto-actifs.

Ne jamais s’opposer aux innovations

La banque avait bien identifié cette opportunité : proposer une offre fiable, réglementée, et accessible à ses clients particuliers, entreprises et institutions via une interface bancaire traditionnelle, claire et simple. En avance sur le marché, Delubac a compris que le rôle d’une banque ne serait pas de s’opposer aux crypto-actifs, mais bien de l’inclure dans son modèle. Un modèle d’intégration raisonnée, dans lequel la régulation, la sécurité, la conformité - piliers du système bancaire – cohabitent avec les exigences de fluidité, d’accessibilité et de transparence portées par les technologies blockchain. Car c’est finalement de confiance dont il est véritablement question...

À l’image des débuts d’Internet, la technologie, si puissante soit-elle, ne suffit pas à assurer une adoption éclairée. Ce sont les intermédiaires de confiance – capables de traduire des innovations techniques en usages concrets, compréhensibles, encadrés – qui rendent possibles une véritable démocratisation. Et c’est là que les banques, par leur rôle historique, ont un rôle à jouer. Depuis toujours, elles accompagnent leurs clients dans la compréhension des mécanismes financiers, dans leurs décisions d’investissement et dans la gestion des risques. Elles sont, ou devraient être, des acteurs d’éducation économique. Ce rôle devient d’autant plus crucial lorsqu’on l’applique aux crypto-actifs.

Le rôle pédagogique du banquier

Car dans ce domaine, la confusion est grande, les promesses abondantes et les repères encore flous. Les réseaux sociaux regorgent de conseils hasardeux ou de contenus volontairement trompeurs. La profusion d’informations disponibles ne garantit en rien la qualité ni la neutralité des discours. Dans ce contexte, le rôle pédagogique des institutions régulées s’intensifie. Il ne s’agit pas seulement de proposer des services, mais d’aider les usagers à comprendre ce à quoi ils accèdent, à distinguer l’innovation de la manipulation, l’investissement de la spéculation.

Bien que les travaux pionniers de David Chaum (e-Cash), Adam Back (Hashcash), Nick Szabo (Bit Gold) et Hal Finney (Reusable Proof of Work) aient jeté les bases de ce qui allait devenir Bitcoin et les crypto-actifs, la promesse d’une technologie qui visait à redonner du pouvoir aux citoyens reste encore hors de portée pour une partie de la population. Elle nécessite des compétences, des connaissances et, surtout, des moyens. La solution offrant le meilleur équilibre entre la sûreté et la liberté reste de placer ses crypto-actifs là où se trouve déjà l’essentiel de son patrimoine : dans sa banque.

Garantir la sécurité des actifs

La conservation de crypto-actifs au sein d’une banque traditionnelle offre une sécurité avancée, indispensable pour protéger durablement ses actifs numériques. Delubac & Cie utilise notamment la solution Taurus-PROTECT, reposant sur des modules de sécurité matériels (HSM), développés en partenariat avec Thales. Ces boîtiers physiques ultra-sécurisés sont certifiés FIPS 140-2 niveau 3, isolant totalement les clés privées et exécutant les opérations cryptographiques dans un environnement résistant aux attaques. Contrairement aux portefeuilles individuels sur téléphone ou papier, sujets aux risques de perte, vol ou erreur humaine, cette approche garantit une protection maximale, renforcée par la localisation des serveurs en France. Cela assure une pleine souveraineté des données. Mais au-delà de la sécurité, choisir une banque pour la conservation de ses crypto-actifs permet aussi de bénéficier d’un cadre juridique clair, d’un accompagnement personnalisé dans un univers fiscal encore instable et d’une continuité de service essentielle en cas d’incapacité ou de décès. Alors que de nombreux détenteurs de crypto-actifs sous-estiment les enjeux liés à la succession ou aux obligations déclaratives, l’appui d’un établissement réglementé garantit une gestion globale et pérenne de leur patrimoine numérique.

Défendre une vision souveraine

Derrière cette stratégie se niche également la conviction profonde qu’il est impératif de préserver la souveraineté technologique et financière de l’Europe. Accompagner l’intégration des crypto-actifs dans l’écosystème bancaire, c’est refuser que leur avenir soit entièrement écrit depuis l’étranger. C’est affirmer que la régulation peut être un levier d’innovation, non une entrave. Car à mesure que les innovations s’accumulent – crypto-actifs, stablecoins, preuve à divulgation nulle de connaissance (protocole qui garantit la véracité et la confidentialité des données), infrastructures blockchain, tokenisation d’actifs du monde réel – une question s’impose : qui contrôle les nouvelles routes de la valeur ? Aujourd’hui, la majorité des projets blockchain dominants est pilotée depuis l’étranger, les stablecoins les plus échangés sont adossés au dollar et les principales plateformes d’échange sont américaines ou asiatiques. Ce constat souligne une réelle dépendance européenne vis-à-vis de puissances économiques étrangères.

Toutefois, la France dispose d’un vivier d’acteurs crypto innovants qui contribuent à une souveraineté numérique plus affirmée : Paymium, dernière place d’échange de crypto-actifs 100 % française, mais également Morpho dans la finance décentralisée, KILN et Meria dans le staking (participation à la gouvernance et à la sécurisation des réseaux blockchain), etc. Ces entreprises incarnent une vision souveraine, innovante et conforme à la réglementation européenne.

Les modèles d’hier
ne sont pas ceux de demain

En intégrant les crypto-actifs dans leurs offres, les banques européennes ne valident pas un modèle étranger : elles réclament une place pour l’Europe dans la définition du futur système financier mondial. Les récents progrès de la réglementation européenne (MiCA, Régime pilote DLT, DORA...) vont dans le bon sens : ils créent un cadre clair, proportionné et porteur d’innovation. Mais encore faut-il que les acteurs européens s’en emparent. Une régulation sans mise en œuvre concrète devient un simple texte. Ce sont les banques, les asset managers, les fintechs européennes qui, en s’appropriant ces outils, donneront corps à cette souveraineté.

Il est temps de sortir du fantasme de l’affrontement. L’innovation ne se décrète pas contre les institutions : elle se construit avec elles, ou malgré elles. En choisissant de tendre la main au monde de la finance reposant sur les registres distribués, certaines banques comme Delubac affirment qu’une troisième voie est possible : ni repli conservateur, ni adhésion aveugle, mais autonomie maîtrisée. Le futur de la finance ne sera ni totalement décentralisé, ni figé dans les modèles d’hier. Il sera hybride, en mouvement. Il appartiendra à ceux qui auront su anticiper cette convergence. Et qui auront eu le courage, depuis leurs structures parfois centenaires, d’ouvrir des chemins nouveaux.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº907