Vous avez dit DLT
ou blockchain ?

Créé le

21.08.2025

-

Mis à jour le

27.08.2025

DLT pour Distributed Ledger Technology. Technologie de registre distribué. C’est comme la blockchain ? Publique ou privée ? Et Bitcoin, c’est comme Ethereum ? Réponses aux questions basiques, histoire de remettre les pendules à l’heure.

La blockchain devient stratégique. La preuve ? Donald Trump veut faire des États-Unis la « capitale mondiale des cryptos ». En mars dernier, le Président américain annonce la mise en place d’une réserve stratégique en bitcoin. En juillet, il promulgue le Genius Act. Sous son impulsion, dans un discours fin juillet, Paul Atkins, le président de la Securities and Exchange Commission, le gendarme boursier outre Atlantique, annonce vouloir moderniser les règles et réglementations en matière de valeurs mobilières pour faciliter la migration sur la blockchain des marchés financiers américains. Sans attendre, ces cinq dernières années, les institutions financières ont investi plus de 100 milliards de dollars dans le secteur.

Mais concrètement, qu’est-ce qu’une blockchain ? On en parle sans souvent savoir. On en parle souvent à cause du bitcoin. Présenté le 31 octobre 2008, comme « A Peer-to-Peer Electronic Cash System » par Satoshi Nakamoto, son créateur, Bitcoin a été le premier dans l’histoire à permettre à deux inconnus connectés à Internet n’importe où dans le monde de se transmettre quasi instantanément une certaine quantité de bitcoins, sans faire appel à aucun intermédiaire ni tiers de confiance. Une prouesse reposant principalement sur une blockchain, la technologie qui sous-tend le fonctionnement de bitcoin. Une prouesse qui va aussi donner naissance à la finance décentralisée où commencent à apparaître de véritables services de rupture (voir encadré).

La blockchain : une forme de DLT

Une blockchain est une forme de DLT. Bref, une « Distributed Ledger Technology ». En français, technologie de registre distribué. Autrement dit, un livre de compte électronique tenu à jour par un réseau d’ordinateurs qui valident et sécurisent les opérations sans autorité ni coordination centrale. Chaque participant, qu’on appelle nœud du réseau, maintient sa propre copie du livre avec l’historique des transactions sans possibilité de changement rétroactif. Lorsque les transactions du livre sont groupées en blocs chaînés chronologiquement par des moyens cryptographiques, la DLT prend le nom de blockchain.

Pour synchroniser l’ajout d’un nouveau bloc, certaines blockchains comme Bitcoin demandent de résoudre une énigme cryptographique consommatrice en ressources informatiques. Il s’agit du consensus par preuve de travail. Proof of Work ou PoW, disent les Anglo-Saxons. Le premier à résoudre l’énigme ajoute son nouveau bloc à la chaîne et remporte des bitcoins créés à l’occasion. Cette récompense, aujourd’hui fixée à 3,125 bitcoins, est divisée par deux tous les quatre ans environ jusqu’à ce que le nombre de bitcoins émis atteigne près de 21 millions. C’est le halving. D’autres blockchains comme Ethereum basent leur consensus sur la preuve d’enjeu. Dites en anglais Proof of Stake, ou PoS. Ce mécanisme est beaucoup moins consommateur : chaque nœud sera sélectionné à mesure de la quantité de cryptomonnaie qu’il met en gage. D’où le terme « staking ».

Pourquoi le système est sûr

Pour qu’une blockchain fonctionne, il n’est pas nécessaire que tous les nœuds soient honnêtes. En effet, les transactions étant lisibles par tous, un nœud malhonnête, par exemple s’attribuant indument des bitcoins dans un bloc nouveau ou passé, serait immédiatement découvert et ses opérations exclues par les autres nœuds. Dans le cas de la preuve de travail, l’acteur malhonnête aurait ainsi dépensé des ressources informatiques significatives en pure perte. Dans la preuve d’enjeu, les cryptomonnaies gagées seraient détruites occasionnant une perte financière. Ces mécanismes incitatifs couplés aux dispositifs cryptographiques garantissent la validité des opérations et l’immuabilité du registre.

Côté crypto-actifs, Bitcoin et Ethereum sont deux blockchains publiques : quiconque muni d’un simple accès Internet et d’une application idoine peut lancer un nouveau nœud et proposer de nouveaux blocs. Mais une entreprise ou un consortium peut aussi créer sa propre blockchain où chaque participant doit être dûment autorisé pour rejoindre le réseau. Exemple : Kinexys, la plateforme de JPMorgan qui traite quotidiennement plus de deux milliards de dollars, ou RippleNet, ce réseau mondial permettant des transactions financières à moindre coût. Ces blockchains dites privées offrent un meilleur contrôle de l’environnement technique, juridique et de la gouvernance. En revanche, elles peuvent aussi reproduire des silos par actif ou zone géographique et limiter les effets de réseau propres aux blockchains ouvertes qui sont fortement créateurs de valeur.

Après Bitcoin, la révolution Ethereum

Si Bitcoin est à la base de tout, Ethereum, inventée en 2014, a été la première blockchain publique destinée à exécuter toutes sortes de programmes. Quiconque peut inscrire un programme dans la blockchain. Et en fonction des conditions posées, le programme peut être exécuté par tous. Cette faculté de programmation permet de créer simplement des objets numériques. On les appelle jetons ou tokens en anglais. L’émetteur d’un jeton peut lui attacher des droits comme un droit de propriété sur un objet physique ou digital, un droit de vote ou d’usage. Un token peut ainsi représenter un droit de propriété sur une obligation préexistante. Il peut même constituer l’obligation elle-même ! Dans ce cas, elle n’existe que dans la blockchain. L’ordonnance 2017-1674 du 8 décembre 2017 a ainsi fait de Paris la première place financière en Europe à introduire en droit la possibilité d’utiliser un registre partagé pour la représentation et la transmission de titres non cotés.

Parmi les actifs tokenisés, les stablecoins, crypto-actifs affichant une valeur arrimée à une devise jouent un rôle essentiel. Avec 27 600 milliards de dollars transférés en 2024, ils dépassent le volume combiné de Visa et Mastercard. En Europe, la réglementation MiCA leur a donné un cadre précis. Certains prestataires de services sur actifs numériques les proposent déjà à leurs clients entreprises comme alternative aux transferts bancaires transfrontaliers classiques qui peuvent prendre plusieurs jours.

Ces enjeux majeurs pour les banques

Les transferts de stablecoins réalisés sur la blockchain ne reposent sur aucun intermédiaire. Ils sont donc quasi instantanés, moins coûteux, programmables, traçables et sont opérés 24h/24, 7j/7 partout dans le monde. Dans ce marché en forte croissance, les banques sont encore peu présentes. SG-FORGE filiale de Société Générale spécialisée dans les crypto-actifs est à ce jour une des rares entités à avoir lancé des stablecoins libellés en euros et en dollars. Suite à la promulgation du Genius Act, plusieurs grandes banques américaines planifient maintenant des émissions. En attendant, Tether et Circle, deux acteurs privés spécialisés, représentent 85 % des émissions sur un total de 270 milliards de dollars. Bon à savoir : maintenant que des entreprises comme Walmart et Amazon explorent l’idée d’émettre leur stablecoin, une part importante du commerce mondial risque à l’avenir d’être payée en dehors de tout établissement bancaire.

Grâce aux stablecoins, les banques peuvent améliorer la gestion de trésorerie de leurs clients. Elles peuvent aussi opérer des transferts plus rapidement et sans utiliser de comptes nostro. A la clef : des liquidités et du capital libéré. Selon Oliver Wyman, un cabinet de conseil, les transferts transfrontaliers de gros reposant sur des monnaies numériques seraient susceptibles de faire économiser 100 milliards de dollars par an aux entreprises utilisatrices. Enfin, en émettant leurs stablecoins, elles peuvent espérer maintenir le niveau de leurs dépôts. Sinon, ils risquent de quitter leur bilan pour s’investir dans des stablecoins émis par des entreprises non bancaires !

Les blockchains programmables constituent un nouveau socle technologique ouvert, sécurisé, disponible 24h/24,7j/7, global, partageable entre banques. Grâce à elles, les banques peuvent simplifier la détention et les transferts de différents actifs et dès aujourd’hui concevoir des services pour mieux répondre aux besoins de leurs clients. Par exemple sur les opérations de Repo transfrontalières (voir encadré). Tout le secteur n’est pas encore passé à l’heure DLT. Mais tout laisse à penser que progressivement, il y viendra... n

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº907
Ces exemples de finance décentralisée
La finance décentralisée, ou DeFi, est un écosystème d’applications financières construites sur des blockchains publiques fonctionnant de manière quasi autonome, en continu et sans intermédiaires. Avec une taille de plus de 150 milliards de dollars d’encours, ces applications dites décentralisées permettent à n’importe qui d’échanger des tokens,
de prêter, d’emprunter ou encore de placer de la liquidité selon des modalités radicalement nouvelles.
Sur Uniswap, une application de référence pour le change, pas de carnet d’ordres ni de teneurs de marché : des algorithmes appelés AMM, pour Automated Market Maker, fixent les prix. Ils utilisent des réserves de liquidités fournies par les utilisateurs, ce qui permet d’échanger directement les actifs tokenisés entre portefeuilles.
Dans le domaine des emprunts, MakerDAO, récemment renommé Sky,
est une des applications les plus connues. Les utilisateurs peuvent déposer des actifs numériques en garantie et dans la même transaction recevoir du DAI, un stablecoin dont la valeur est arrimée au dollar.
Collatéral tokenisé : quand l’argent ne dort jamais
Avec plus de 10 000 milliards d’euros d’encours en Europe, le marché des Repo ou pensions livrées, est un élément fondamental du système financier : il permet aux banques de lever des liquidités à court terme
en échange de collatéral de qualité. Le besoin est souvent intraday.
Une opération en J est possible au prix d’une bonne coordination entre toutes les parties. Autrement dit, l’emprunteur, le prêteur et leur dépositaire respectif. Mais si l’opération est transfrontalière, la difficulté augmente : il y a plus d’intermédiaires, avec les sous-dépositaires, et des cut-off, heure limite pour réaliser les opérations, raccourcis.
Selon le BCG, une banque globale gérant 100 milliards de dollars de repo pourrait économiser 150 à 300 millions de dollars par an en réduisant la quantité de collatéral inutilisé et en accélérant sa mobilité. Or, un collatéral tokenisé rend possible un transfert sans intermédiaire, 24h/24, 7j/7, automatisé et entièrement traçable.
Sans surprise, les implémentions de collatéral tokenisé se multiplient.
Par exemple, la plateforme DLR de Broadridge traite plus de 1 500 milliards de dollars de Repo par mois sur une blockchain privée.
Les infrastructures ne sont pas en reste. En février 2025, Euroclear
a lancé son initiative basée sur la blockchain Canton. Et en août 2025,
un consortium incluant DTCC, le dépositaire central américain, a réalisé un Repo un samedi en échangeant une obligation du trésor américain tokenisée contre un stablecoin dollar, prouvant qu’il est possible de lever quasi instantanément de la liquidité dollar à tout instant grâce à la blockchain.