« L’infrastructure financière
tokenisée n’est plus théorique :
elle restructure la liquidité
et les flux d’actifs numériques
à un rythme croissant »

Créé le

16.03.2026

-

Mis à jour le

02.04.2026

JP Morgan a lancé plusieurs solutions et produits grâce à la blockchain (fonds monétaire, jeton de dépôt...). Revue de détail des différents cas d’usage avec cette banque américaine à l’avant-garde sur ces sujets.

Quelles sont les origines de Kinexys, la plateforme blockchain de JP Morgan, et les principales réalisations effectuées à ce jour ?

Depuis une décennie, JP Morgan est à la pointe de l’innovation dans les services financiers. La banque a lancé la première plateforme blockchain au monde, à savoir Kinexys by JP Morgan. Cette dernière a, depuis, dépassé 3 000 milliards de dollars de valeur notionnelle, traitant en moyenne 5 milliards de dollars par jour en volume de transactions, et les paiements réalisés par cette plateforme sont multipliés par dix chaque année.

Notre premier produit, Kinexys Liink, solution bancaire basée sur la technologie blockchain pour l’échange de données, a été lancé en 2018, suivi de près par les comptes de dépôt blockchain sur Kinexys Digital Payments, notre réseau blockchain privé et régulé en 2019. En novembre 2025, nous avons franchi une étape, en créant JPM Coin, le jeton de dépôt de JP Morgan (ticker JPMD), sur Base, la blockchain Ethereum de couche 2 développée par Coinbase. Ce lancement a marqué une avancée significative et tangible dans l’évolution de la monnaie numérique, avec, pour la première fois, des dépôts bancaires portés sur une blockchain publique.

Toujours en 2020, nous avons lancé Kinexys Digital Assets (KDA), la seule plateforme multi-actifs numériques de niveau institutionnel dirigée par une banque, ce qui a permis aux activités Markets et Securities Services de JP Morgan d’offrir à leurs clients un accès au financement numérique (Digital Financing), au Digital Debt Service et au Tokenized Collateral Network.

En octobre 2025, KDA a inauguré une nouvelle offre, Kinexys Fund Flow, afin de permettre la distribution et de fluidifier la gestion des fonds d’investissement alternatifs. Et en décembre 2025, KDA a fourni l’infrastructure de tokenisation permettant à JP Morgan Asset Management de lancer son premier fonds monétaire tokenisé, baptisé MONY (My OnChain Net Yield Fund).

Concrètement, comment fonctionne MONY ?

KDA fournit l’infrastructure de tokenisation qui a permis à JP Morgan Asset Management de lancer MONY en décembre 2025. Grâce à cela, JP Morgan AM a pu déployer le fonds en toute transparence sur la blockchain Ethereum et peut continuer à interagir avec lui.

KDA fournit la couche de traduction entre les prestataires de services du fonds MONY et le réseau blockchain Ethereum. Cela permet au gestionnaire du fonds et à l’agent de transfert d’appliquer facilement des contrôles au fonds, de suivre les transactions entre investisseurs et d’effectuer des modifications dans le registre de propriété sur la chaîne, en cas de souscription, de réinvestissement de dividendes et de rachat.

Les jetons MONY représentent une propriété numérique des parts des fonds sous-jacents, un jeton équivalant à une part. L’objectif d’investissement de MONY est de rechercher un revenu courant tout en préservant la liquidité et la stabilité du capital.

En juin 2025, JP Morgan a aussi lancé un jeton de dépôt. En quoi cela consiste-t-il exactement, et pourquoi avoir fait ce choix avec Coinbase ?

JPM Coin est un jeton de dépôt lancé par JP Morgan. En tant que produit de dépôt basé sur la blockchain, il s’agit d’une représentation numérique d’un dépôt bancaire qui fonctionne sur des réseaux blockchain publics ou privés, conçu pour des cas d’usage institutionnels. Contrairement aux stablecoins, généralement émis par des entités non bancaires et adossés 1 pour 1 à des espèces ou des actifs équivalents de haute qualité, les jetons de dépôt sont soutenus par les mêmes structures de liquidité que les dépôts bancaires traditionnels.

Les clients institutionnels peuvent traiter les jetons de dépôt de la même manière qu’ils traiteraient un dépôt bancaire traditionnel dans leur bilan ; ils peuvent être rémunérés et sont soumis aux mêmes protections que les dépôts bancaires traditionnels. Cela signifie qu’ils peuvent être plus évolutifs et mieux intégrés aux systèmes financiers institutionnels existants et à la gestion de trésorerie, puisqu’il n’y a pas de distinction (sous réserve de l’aval des auditeurs du client) entre un jeton de dépôt et un dépôt bancaire dans leur bilan.

Quelle est la raison d’être de Base, le protocole développé par Coinbase ?

JPM Coin s’inscrit dans la continuité des travaux de Kinexys visant à faire progresser les solutions de monnaie numérique, amorcées en 2019 sur une infrastructure blockchain privée et contrôlée avec les Blockchain Deposit Accounts de Kinexys Digital Payments.

Coinbase est un client de longue date de JP Morgan et, compte tenu de sa position prééminente dans l’espace Web3, c’est devenu un partenaire naturel pour Kinexys dans le cadre du lancement de JPM Coin. La mise en place d’un écosystème de règlement “on-chain ” pour les acteurs institutionnels participant à des transactions sur des actifs du monde réel (RWA) est une priorité particulière pour Coinbase. JPM Coin offre une option supplémentaire aux institutions, au-delà des stablecoins, pour des solutions de cash numérique sur Base, la blockchain Ethereum de couche 2 développée au sein de Coinbase.

Nous constatons un intérêt de la part de grands acteurs institutionnels qui souhaitent des solutions de cash natif on-chain émanant d’institutions financières réputées, et interopérables avec les produits basés sur les dépôts qu’ils utilisent déjà. Ces institutions participent généralement de manière active aux transactions numériques, tant crypto que RWA, ce qui explique pourquoi des solutions de cash dépositaire natives onchain s’adaptent bien à leurs besoins.

En quoi cela diffère-t-il d’un stablecoin ? Quelles sont les spécificités juridiques, opérationnelles et réglementaires ?

Contrairement aux stablecoins, généralement émis par des entités non bancaires et adossés 1 pour 1 à des réserves détenues en fiducie, JPM Coin est émis par une banque régulée, adossé à de véritables dépôts, et régi par les lois bancaires traditionnelles. Parce que JPM Coin est un produit de dépôt, il est conçu pour être compatible avec l’infrastructure financière existante et peut, à terme, recevoir le même traitement que d’autres dépôts bancaires, y compris une éventuelle éligibilité à l’assurance des dépôts.

Les jetons de dépôt sont soutenus par les mêmes cadres de liquidité que les dépôts bancaires traditionnels. Cela signifie qu’ils peuvent être plus évolutifs et mieux intégrés aux systèmes financiers institutionnels existants. Mais ils opèrent dans les mêmes cadres de conformité et de réglementation que les autres dépôts bancaires. Leur objectif est d’offrir aux clients institutionnels, et à leurs propres clients, un moyen sécurisé et crédible d’effectuer une transaction onchain à l’aide d’un équivalent de cash numérique émis par une banque.

Quelle est votre évaluation de cette activité de jeton de dépôt ? Quels sont les principaux cas d’usage que poursuivent vos clients aujourd’hui ?

JPM Coin (ticker JPMD) est conçu pour offrir aux clients institutionnels une alternative aux stablecoins pour un règlement quasi-instantané, 24 heures/24 et 7 jours/7, et une liquidité en temps réel. Il permet aux clients institutionnels d’envoyer et de recevoir de l’argent de manière sécurisée sur la blockchain, en tirant parti des capacités de règlement en presque temps réel de Base pour des paiements et règlements peer-to-peer approuvés.

En tant que jeton de dépôt, JPM Coin prend en charge les transferts de pair à pair entre portefeuilles institutionnels sur Base, réduisant les frictions et améliorant l’efficacité opérationnelle, tout en permettant le potentiel d’une trésorerie programmable depuis leurs interfaces de portefeuille. Cela peut aider les institutions à prendre des décisions financières plus rapides, mieux informées et automatisées, et à rationaliser les transactions d’actifs numériques sur la blockchain. Les jetons de dépôt sont à la fois des actifs de « détention » solides, en raison de leur profil en tant que dépôts bancaires commerciaux rémunérés, et des actifs de « paiement » (comme les stablecoins), puisqu’ils permettent d’effectuer des transactions peer-to-peer en temps réel.

Quelle est votre opinion sur les initiatives de tokenisation des banques aux États-Unis et en Europe ?

La tokenisation de la finance progresse rapidement, mais de manière responsable. Un partenariat solide avec les autorités de régulation est essentiel pour garantir un écosystème robuste et fiable. Les produits tokenisés ne doivent pas nécessairement tous être identiques, mais il faut faire preuve de clarté et de cohérence quant à leurs points communs et leurs différences fondamentales. Lorsque l’activité est la même mais que les technologies diffèrent, les contrôles et la surveillance doivent rester harmonisés. Cette clarté renforcera la confiance des utilisateurs et favorisera une adoption plus large.

À votre avis, comment la tokenisation peut-elle perturber le modèle bancaire traditionnel ?

L’infrastructure financière tokenisée n’est plus théorique. Elle restructure la liquidité, la réglementation et les flux d’actifs numériques à un rythme croissant. Cependant, des infrastructures financières parallèles coexisteront pendant des années. Même si l’usage des blockchains publiques augmente, les banques et autres prestataires de services continueront de soutenir l’intégration de ces nouvelles technologies avec les infrastructures et services hérités. La transformation des services financiers est bel et bien en cours, mais des capacités évolutives de niveau institutionnel résulteront d’une adaptation progressive au fil des années à venir, plutôt que d’une transformation du jour au lendemain. Propos recueillis par Audrey Spy

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº915