Faites une expérience ! Regardez un média et intéressez-vous aux publicités. Comptez maintenant le nombre de marques que vous connaissiez, il y a dix ans... Le résultat est surprenant. Dans de nombreux secteurs économiques, nous assistons à la montée en puissance de nouveaux acteurs. La finance n’échappe pas à la règle.
Ce constat est au cœur de notre dossier du mois. Constater est une chose, comprendre en est une autre. Bien plus intéressante. Plus conforme aussi à notre périodicité et notre ambition éditoriale. Réflexion de base : s’entourer de différents acteurs, installés depuis peu, mais affichant déjà de solides résultats commerciaux ou économiques. Notre quête nous a menés dans l’univers des services bancaires avec Qonto. Dans le monde des paiements, avec Fintecture. Sur le segment des financements, avec Defacto, ou de l’assurance avec +Simple. Tous ses acteurs ont un point commun : le B to B. Mais nous nous sommes aussi intéressés au B to C, principalement avec le prisme de l’épargne. Les valeurs mobilières avec Trade Republic, l’assurance vie et l’épargne retraite avec Linxea, ou encore les cryptos avec SwissBorg.
Ce que nous disent ces créations
Nous avons demandé à leurs fondateurs, repreneurs, développeurs de nous raconter leur histoire. Trois professionnels viennent compléter, éditorialement, ce dossier. Deux consultants, Pierre Monteillard et Jules Castanet, de Frame. Ils avaient pour mission, en ouverture du dossier, de nous apporter leur éclairage sur les raisons du développement de ces nouveaux acteurs, leur avenir et leur incidence sur le marché. Enfin, un entrepreneur, Joan Burkovic, fondateur de Bankin’ et de Bridge, pour nous expliquer où en était à son sens le mouvement créatif. Sa conclusion : «nous n’avons rien vu » ouvre la porte à de nouveaux numéros.
Faire un dossier à base de témoignages pourrait laisser penser à une approche anecdotique. Il n’en est rien ! C’est plutôt le choix d’une vision plus bottum-up que top-down. Dans ses colonnes, Revue Banque fait des points réguliers sur les évolutions réglementaires. Et en Europe, elles sont nombreuses, tant le Vieux Continent joue de la norme comme Roger Federer le faisait avec son coup droit. C’est l’ouverture des données bancaires prévues par les directives DSP. Actuellement, c’est le débat sur FiDA, un texte concernant aussi les données détenues par les établissements financiers.
Les évolutions de la société plus que la réglementation
Si ces textes ont l’ambition d’encourager la concurrence, sont-ils pour autant le cœur de la réflexion des créations récentes ? Si Fintecture affirme sans ambages l’apport de DSP2 dans sa création, la réglementation apparaît le plus souvent en filigrane. Le cœur des nouveaux business se niche assurément dans les trous dans la raquette, bref dans les besoins non couverts. Le cas de l’épargne est à ce titre impressionnant. Le marché des cryptos n’existait pas avant-hier ! Et que dire de la vente de valeurs mobilières à des clientèles de jeunes investisseurs, à base notamment d’ETF, ces fonds cotés ? Difficile de dire cette fois, que le produit est neuf. Car c’est au début du siècle – nous en avons bientôt passé un quart – que les premiers ETF furent cotés à la bourse de Paris. Ce qui est neuf, c’est la demande d’une clientèle en quête de facilité d’investissement.
Les trous dans la raquette, ils se trouvent également sur certains segments. Celui des professionnels et des petites entreprises est un cas flagrant. Trop spécifique pour être traité dans l’univers du mass market, trop petit, trop volatil pour être rangé du côté des entreprises. De quoi faire le bonheur des Qonto dans la banque, Defacto dans le financement ou de +Simple dans le monde de l’assurance. Pour les établissements traditionnels, il y a bien plus dangereux que la réglementation : c’est l’évolution des besoins et des usages. Et là, difficile de lutter contre la société.
La déferlante technologique
L’autre fait majeur de ce dossier, c’est le rôle capital de la technologie. Chez Linxea, par exemple, le développement s’est fortement accéléré une fois mis en place un parcours de souscription 100 % digital. Le digital et le besoin client ont des zones de recouvrement, notamment dans une société où l’on cherche que tout aille plus vite et soit plus simple. Les pouvoirs publics devraient peut-être réfléchir : en faisant plus lent et plus complexe, la réglementation ne contribue-t-elle à un encouragement au « non-régulé » ?
Technologie pour faciliter les relations avec les clients, technologie pour automatiser des tâches, pour réduire les coûts et gagner en rapidité... S’il fallait tirer une leçon de ce dossier, c’est que le secteur financier est à un tournant, entre des attentes des utilisateurs professionnels et particuliers en pleine évolution, et une révolution technologique toujours plus rapide, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle générique. Rendez-vous dans dix ans pour voir les marques d’aujourd’hui qui seront encore là...