Assurance : +simple transforme les interdits de souscription
en niches

Créé le

14.04.2025

-

Mis à jour le

28.04.2025

Les produits d’assurance ne sont pas toujours standardisés. Et les petites entreprises sont une clientèle complexe à gérer pour les grands établissements. Répondre à ces enjeux, repose à la fois sur des innovations technologiques, mais également sur une distribution de proximité en lien avec le monde du courtage. À équation complexe, réponse simple !

Comme souvent dans les histoires de start-up, tout commence par le fait de se concentrer sur un « pain point ». Dans le cas de +Simple, la vision du départ est que les toutes petites entreprises sont une clientèle souvent délaissée par les grands acteurs des services financiers. Certains acteurs rattachent la clientèle des professionnels à celle des particuliers. Dans cet univers, elle est vue comme fragmentée, complexe et peu adaptée aux offres de masse, traditionnellement déployées sur le grand public. D’autres établissements intègrent ce segment dans celui des corporate. Avec une analyse inverse : cette population est alors jugée comme « trop petite » et pas rentable. Côté pile, tu perds ; côté face, tu perds !

Dans l’assurance, ceci est d’autant plus vrai que ces clientèles de petits professionnels nécessitent une double expertise « technique ». D’abord au moment de la souscription. Ensuite, dans la gestion du portefeuille. À la clé : un coût des opérations alourdi ! Tant et si bien qu’un nombre sans cesse croissant de clientèle deviennent des « interdits de souscription » pour les acteurs traditionnels. Ou des « niches » pour des nouveaux entrants... Au fil du temps le nombre de « niches » ne cesse de croître : il représente aujourd’hui un peu moins de la moitié du nombre total de professionnels.

Une centaine de professions à couvrir

Quelles sont donc ces niches ? Citons pêle-mêle les métiers des services professionnels réglementés ou non (courtier en assurance, géomètre...), les métiers du tourisme (campings, certains hôtels et restaurants...), les professions médicales et paramédicales (acupuncteurs, salons de beauté...), le secteur de la construction (RC décennale, cautions...), les métiers du transport (camions, chauffeur VTC, taxis, garagistes...), la distribution spécialisée (pharmacies...) et bien d’autres encore. Notre site décline ainsi des offres pour plus d’une centaine de professions pour qui une assurance est souvent un permis de travail (voir encadré) !

Mais pour changer les choses, il fallait rebattre les cartes car l’équation précédente paraissait insoluble. L’idée des fondateurs de +Simple a été de s’appuyer sur la technologie. L’ambition : inventer une technologie permettant de traiter l’immense complexité et fragmentation de cette clientèle en industrialisant le « sur-mesure ». Autre contrainte : cette technologie devait être facile d’accès pour les clients finals et les courtiers en assurance, capable de gérer toute la chaîne de valeur de l’assurance et scalable à l’échelle européenne ! Voilà pour le cahier des charges...

Heureusement les expériences du trio de fondateur – moi-même, Anthony Jouannau et Salah Hamida – étaient parfaitement complémentaires pour y arriver. J’avais dirigé la compagnie Hiscox et avait lancé la commercialisation d’assurances professionnelles en ligne, après avoir piloté Boursorama en France lors du lancement de la banque. Expert de l’assurance, Anthony Jouannau avait créé son propre courtier spécialisé sur le monde l’entreprise. Il l’a revendu pour se lancer dans l’aventure. Enfin, Salah Hamida avait dirigé les équipes de développeurs de Boursorama de l’origine jusqu’à la phase d’hypercroissance de la banque. En avril 2015, il y a dix ans, l’aventure +Simple débute donc. Construire une telle technologie requiert des moyens. L’entreprise a donc réalisé plusieurs levées de fonds successives pour consolider sa plateforme. Au total, ce sont près de 27 millions d’euros qui auront été levés afin de financer les développements informatiques.

Pourquoi ne pas avoir choisi une distribution directe

La technologie est une chose, le commercial une autre. Et toucher des populations aussi segmentées n’est pas un exercice aisé. Les fondateurs savent notamment que les modèles de publicité directe sont très gourmands en investissements et ne correspondent pas vraiment aux habitudes des Européens. +Simple s’est donc s’orienté vers un modèle de distribution intermédiée, proposant l’accès à sa plateforme aux courtiers de proximité. Nous profitons ainsi de leur maillage du territoire et de leur bonne connaissance des clients, au prix d’un partage des commissions.

Mais nos liens avec le monde du courtage ne s’arrêtent pas là. Nous nous sommes rendu également compte que, faute de technologie, nombre de petits courtiers grossistes (Managing General Agents, MGA) peinent à se développer. Et que, alors que les capitaux affluent sur le monde du courtage, en raison notamment de la récurrence des revenus, critère majeur pour les fonds de private equity, ces acteurs n’intéressent pas les consolidateurs du secteur car trop difficiles à intégrer. Soutenus par nos banquiers régionaux de la Caisse d’Épargne Lorraine Champagne Ardenne, nous avons donc commencé à acheter ces courtiers. Un premier en France, rapidement suivi par deux autres opérations, puis l’histoire s’est accélérée avec l’entrée de KKR Growth au capital et la mise de place de financement par le fonds Tikehau. En quatre ans, nous avons réalisé vingt rachats.

Une ambition assurément européenne

Le dernier étage de la fusée a pris forme l’année dernière : fort de ses 350 millions d’euros de primes gérées, +Simple a commencé à rationaliser ses relations avec les assureurs. À date, nous travaillons avec une vingtaine de partenaires : Allianz, Generali, Hiscox, Malakoff Mederic, MMA Entreprises, Tokio Marine, Wakam, La Banque Postale, QBE, Beazley... Objectif : établir des partenariats stratégiques paneuropéens proposant pour la première fois à des assureurs de souscrire de mêmes (petits) risques professionnels dans cinq pays européens à travers une même plateforme. En ce mois d’avril 2025, +Simple fête ses dix ans en clôturant 2024 avec 59 millions d’euros de chiffre d’affaires, 250 collaborateurs en France, Italie, Allemagne, Espagne et Autriche. 70 % des revenus sont générés hors de France via un réseau de près de 14 000 courtiers en assurance.

Lorsque l’on interroge les fondateurs, leur ambition est claire : devenir la référence mondiale de l’assurance des professionnels et très petites entreprises (TPE) en devenant leader dans tous les pays et sur toutes les niches pour lesquelles +Simple propose des solutions. Il y a une dimension « sociétale » dans ce parcours : vouloir redonner à l’assurance son sens originel, lorsque les caravaniers hébreux babyloniens, il y a 3 000 ans, inventèrent le concept de l’assurance afin de favoriser l’esprit d’entreprise !

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº904
L’assurance, un permis de travail
$!Assurance : +simple transforme les interdits de souscription en niches
Sur certains métiers, il n’y a pas débat : l’assurance est obligatoire. Impossible d’être architecte sans assurance ! Le professionnel ou la société d’architecture a ainsi l’obligation d’adresser au Conseil régional de l’Ordre dont il relève, chaque année, avant le 31 mars, une attestation de son organisme assureur établissant qu’il est couvert pour l’année en cours. La sanction à un éventuel manquement ? Une suspension ou une radiation du tableau de l’Ordre. Même lorsqu’elle n’est que facultative, l’assurance joue un rôle majeur dans toute activité professionnelle. Elle permet de sécuriser le professionnel sur des risques choisis, permettant ainsi de prémunir son outil de travail de certains dommages. Autant dire que les assureurs assument un rôle majeur dans le développement économique. Ces dernières années, sont apparus de nouveaux métiers– chauffeurs VTC, professions du bien-être, coursiers... – très mal couverts par l’assurance classique et souvent jugés comme inassurables. Dans mon livre Assurance : permis de travail (éditions Débats publics), j’ai cherché à proposer une réflexion pour moderniser et redéfinir l’assurance, renforcer sa capacité à faire face aux mutations du monde du travail. Ne condamnons pas des métiers avant d’avoir cherché à les comprendre et à définir l’étendue de leurs responsabilités ! Faisons évoluer les standards et remettons la customer centricity au cœur du secteur pour mieux comprendre ces nouveaux métiers, car l’assurance est un véritable permis de travail. Il est donc temps de redéfinir son rôle : vertueuse, résiliente, innovante, engagée, elle doit être un moteur plutôt qu’un frein à l’emploi et à l’entreprenariat.