Notre histoire entrepreneuriale est née d’un paradoxe saisissant. En 2011, alors que la révolution du smartphone battait son plein, suivre ses finances personnelles restait d’une complexité déconcertante. Les options se limitaient à saisir manuellement ses dépenses dans un fichier Excel ou... à faire l’autruche. Nous avons donc lancé la première application mobile permettant de suivre son argent en temps réel, de comprendre ses postes de dépenses par catégorie et de recevoir des alertes sur ses comptes. Son nom : Bankin’.
Le succès fut immédiat, confirmant que nous répondions à un besoin authentique largement ignoré par les acteurs traditionnels. Cette réussite auprès du public contrastait spectaculairement avec l’accueil du secteur bancaire. Là où les utilisateurs nous plébiscitaient, les institutions en place nous accueillaient avec une réticence manifeste – illustrant parfaitement le paradoxe de l’entrepreneuriat disruptif dans un secteur conservateur. Fort de cette première expérience, nous avons développé Bridge, une infrastructure permettant à toutes les entreprises de se connecter aux banques de manière sécurisée. Cette solution s’adresse aux acteurs de la comptabilité, aux fintechs, aux entreprises du crédit, de l’épargne, et même aux banques traditionnelles cherchant à moderniser leurs services. Nous avons ainsi contribué à façonner un écosystème financier plus interconnecté tout en renforçant la souveraineté européenne des paiements. Pour développer Bankin’ et Bridge, nous avons levé près de 50 millions d’euros au total.
Ce que les entrepreneurs ont changé
Être entrepreneur – et particulièrement dans la fintech –, c’est évoluer dans un écosystème de contraintes exceptionnelles : identifier des frustrations massives ignorées par les acteurs traditionnels, exploiter les technologies disponibles pour y répondre, tout en surmontant une réglementation labyrinthique et le pouvoir de nuisance des acteurs établis.
La dernière décennie a vu une transformation majeure du secteur financier. L’émergence des fintechs a bousculé les codes traditionnels, redéfinissant les attentes des clients et introduisant de nouveaux usages. La technologie a rendu les services financiers plus accessibles, plus personnalisés, plus instantanés. Certes, l’abondance de capitaux a certainement facilité cette dynamique d’innovation, mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas le financement qui crée l’innovation, mais bien la capacité à identifier des besoins non satisfaits et à y répondre avec agilité.
Bien plus de possibilités aujourd’hui qu’hier
Aujourd’hui s’ouvre une ère nouvelle, où les opportunités s’accélèrent de manière exponentielle. Si la dernière décennie a transformé le paysage financier, les changements à venir dans les trois prochaines années s’annoncent plus spectaculaires encore. La principale différence avec 2011 ? On a désormais de moins en moins besoin de connaissances techniques approfondies et beaucoup moins besoin de capitaux pour innover.
Les technologies disponibles, particulièrement l’intelligence artificielle (IA), permettent de développer rapidement des solutions performantes avec peu de moyens. Une équipe de trois personnes peut aujourd’hui accomplir ce qui aurait nécessité des dizaines de collaborateurs il y a quelques années. De surcroît, entre le déploiement réglementaire qui s’étale sur des décennies et les avancées technologiques qui progressent de jour en jour, se crée un décalage vertigineux, un territoire fertile en opportunités pour ceux qui osent entreprendre.
Examinons les innovations émergentes. Dans le juridique, la start-up Tomorro transforme la gestion des contrats grâce à l’IA, proposant une solution complète d’analyse automatique, génération de contrats et négociation collaborative. Dans la conformité réglementaire, des start-up comme ComplySafe.ai ont pour ambition de révolutionner ce domaine contraignant et coûteux. Leur approche utilise l’IA pour créer un « jumeau numérique » de l’entreprise, capturant en temps réel toutes les activités pour les confronter aux exigences réglementaires. Avantages : une cartographie dynamique des risques, des audits continus, une génération automatisée de documentation validée par des humains et une automatisation des contrôles. ComplySafe promet d’accélérer jusqu’à dix fois le lancement de nouveaux produits, tout en rendant la conformité plus fiable, agile et économique.
Ça se passera demain
Projetons-nous demain, par exemple dans le secteur de l’assurance. L’un des défis majeurs reste la fiabilité des services gérés par l’IA, particulièrement à très grande échelle. En attendant que la technologie soit plus fiable, comment traiter efficacement les erreurs potentielles de ces systèmes et leurs conséquences ? On voit déjà émerger des assurances spécifiquement conçues pour couvrir les risques liés aux erreurs des Agents IA, signe que l’écosystème s’adapte à cette nouvelle réalité.
Imaginez maintenant une IA connectée à votre portefeuille qui, chaque matin, vous propose un résumé personnalisé des actualités importantes concernant vos investissements, présenté sous forme de stories visuelles, de type Instagram, incluant également des opportunités dans des entreprises similaires. Dans l’expérience client, les interfaces bancaires pourraient s’adapter automatiquement pour chaque utilisateur. L’interface présentée à un étudiant à découvert ne serait pas la même que celle proposée à un jeune retraité achetant sa résidence secondaire.
Après-demain, chaque personne pourrait disposer d’une IA dédiée à la gestion de ses finances, une sorte de « mini-banque personnelle » défendant uniquement ses intérêts. Ces IA dialogueraient entre elles pour négocier des transactions ou des placements, avant de les soumettre pour validation à leurs « propriétaires ». Nous assisterions potentiellement à une désintermédiation complète du système financier traditionnel.
Les moyens à utiliser pour garder contact
avec l’accélération technologique
La plus grande complexité, pour les entrepreneurs et les organisations établies, réside désormais dans leur capacité à suivre l’évolution fulgurante des technologies. Comment anticiper l’impact de ces avancées sur notre quotidien, nos métiers, nos entreprises ?
Pour rester à la pointe, j’utilise personnellement l’initiative d’une start-up appelée TailorFeed.ai. Elle propose une newsletter quotidienne personnalisée selon son métier et ses centres d’intérêt. Elle met en lumière l’impact de l’IA sur différents secteurs et offre des conseils pratiques d’adoption. Car ce qui semble impossible aujourd’hui deviendra probablement réalité dans un futur très proche. Il est question de semaines, et non plus d’années. Dans ce contexte, l’enjeu majeur est d’explorer et d’expérimenter constamment les possibilités offertes par la technologie. Les entrepreneurs se saisiront inévitablement de ces technologies pour créer des solutions dont nous ne soupçonnons pas encore la puissance transformatrice.
Nous vivons une époque charnière. En dix ans, nous avons progressé du simple suivi de comptes sur mobile à un monde où l’IA va redessiner fondamentalement notre rapport aux services financiers. Ce que nous avons vécu n’est que le prélude de la véritable révolution. La barrière à l’entrée pour l’innovation s’effondre. Un entrepreneur déterminé peut aujourd’hui créer, avec des moyens limités, ce qui aurait nécessité hier des équipes massives et des budgets importants. Ce changement de paradigme n’est pas qu’une évolution technique, c’est une refonte complète du paysage concurrentiel.
L’ordre institué n’existe plus... nulle part
Mais cette accélération crée aussi une nouvelle forme d’instabilité : une solution innovante connaissant un succès fulgurant aujourd’hui peut elle-même se faire balayer demain par une avancée technologique, par l’évolution des capacités des grands modèles d’IA (GPT, Claude, Mistral...) ou les big techs qui les déploient. L’ordre institué – même celui tout juste créé – peut être bouleversé en quelques semaines, transformant radicalement les dynamiques de pouvoir au sein du secteur.
Dans ce nouvel écosystème, les acteurs traditionnels ont un choix crucial à faire : se transformer rapidement ou risquer l’obsolescence. La réglementation ne suffira probablement plus à préserver le statu quo face à des technologies aussi disruptives. Pour les entrepreneurs comme pour les institutions établies, le véritable défi n’est plus technologique, mais culturel : oser imaginer un futur radicalement différent et avoir le courage de le construire. Les opportunités sont là pour ceux qui sauront les saisir.
Je vous donne rendez-vous dans cette nouvelle ère où les règles du jeu sont en train d’être réécrites à vitesse grand V.