Chronique : Droit financier et boursier

Droit financier et boursier : Émetteur – Mauvaise information du marché – Faute – Préjudice – Perte d’une chance

Créé le

17.07.2017

CA Limoges 17 janvier 2013, n° 11-01356, Serge X… c/ Pierre-Henry Y… et al.
CA Paris, 5-7, 19 mars 2013, n° 11/06831, sté Prévoyance capitalisation ESA c/ sté Marionnaud Parfumeries.

 

La diffusion d’informations inexactes sur la situation et les perspectives d’un émetteur est une faute qui a privé l’investisseur de la possibilité d’investir et de faire des arbitrages en connaissance de cause, notamment en renonçant au placement réalisé.
En conséquence, l’investisseur doit être indemnisé de son préjudice, qui s’analyse en une perte de chance de procéder à des arbitrages plus judicieux, qui doit être mesurée à la chance perdue et ne peut pas être égale à l’avantage qu’aurait procuré cette chance si elle s’était réalisée.

Signalons ces deux arrêts pour une seule raison, la critique qui a été faite de l’un d’eux. Dans chacun de ces arrêts, un émetteur est condamné à indemniser le préjudice subi par un investisseur qui avait acquis des titres au vu d’informations inexactes. Le préjudice est classiquement analysé en une perte de chance et ne peut être égal à l’avantage qu’aurait procuré cette chance si elle s’était réalisée [1] .
Cette analyse du préjudice, partagée jusque-là par le plus grand nombre, vient d’être fortement remise en cause dans sa mise en oeuvre [2] . On a montré que les juges se contentent d’une évaluation ex aequo et bono, qui ne repose sur aucune recherche de probabilité ni sur aucune analyse sérieuse des conséquences de la décision d’investissement, alors qu’une évaluation précise de la perte de chance est possible [3] , ainsi qu’elle semble pratiquée dans de nombreux pays.

 

La chronique Droit financier et boursier est assurée par Anne-Claire Rouaud, Jean-Pierre Bornet et Jean-Jacques Daigre.

 

1 Cass. com. 9 mars 2010, n° 08-21547. 2 D. Martin, « Affaire Marionnaud ou l’usage cosmétique de la perte de chance », note sous CA Paris, 5-7, 19 mars 2013 : JCP G 2013, n° 1315, p. 48. 3 M. Nussenbaum et C. Karsenti, « Le préjudice de perte de chance en droit français : un préjudice hors norme ? », Droit et Expertise, 31 octobre 2012, p. 10. M. Nussenbaum, « L’évaluation des préjudices économiques », RDBF mai-juin 2013, n° 13, p. 32. Du même auteur : « Perte de chance, comment évaluer le préjudice ? », JCP G, 2012, n° 1152, p. 1964. Adde : C. Clerc, « La réparation du préjudice subi par un actionnaire du fait de la diffusion de fausse information », RTDF 2007, n° 1, p. 31.

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Banque et Droit Nº151
Notes :
1 Cass. com. 9 mars 2010, n° 08-21547.
2 D. Martin, « Affaire Marionnaud ou l’usage cosmétique de la perte de chance », note sous CA Paris, 5-7, 19 mars 2013 : JCP G 2013, n° 1315, p. 48.
3 M. Nussenbaum et C. Karsenti, « Le préjudice de perte de chance en droit français : un préjudice hors norme ? », Droit et Expertise, 31 octobre 2012, p. 10. M. Nussenbaum, « L’évaluation des préjudices économiques », RDBF mai-juin 2013, n° 13, p. 32. Du même auteur : « Perte de chance, comment évaluer le préjudice ? », JCP G, 2012, n° 1152, p. 1964. Adde : C. Clerc, « La réparation du préjudice subi par un actionnaire du fait de la diffusion de fausse information », RTDF 2007, n° 1, p. 31.