Dossier Bitcoin

Dossier Bitcoin : Une analyse sociotechnique d’un type d’usage du bitcoin : le crypto-marché SilkRoad

Créé le

27.06.2017

-

Mis à jour le

29.06.2017

Ce papier s’intéresse à l’économie souterraine du bitcoin, et non au commerce légal de biens et services qui y sont liés. Les usages illicites participent à alimenter l’intérêt pour la monnaie virtuelle qu’est le bitcoin. Nous proposons une analyse socioéconomique du fonctionnement de la place de marché SilkRoad (SR). Lancée en février 2011, la plate-forme opère sur le Web invisible (deep Web), accessible uniquement depuis le navigateur anonyme Tor. L’activité de SR est illégale puisqu’elle consiste dans la vente de substances contrôlées (drogues essentiellement). Saisie par le FBI le 2 octobre 2013, elle est remise en ligne quatre semaines
plus tard, le 6 novembre 2013. Ce phénomène interroge d’abord par la résilience de la plate-forme, mais surtout en vertu de la popularisation des usages sociotechniques du cryptage informatique qu’il suscite.

Le bitcoin est aussi un moyen de paiement utilisé pour le commerce de produits et services illégaux. Ses avantages sont en certains points similaires à ceux de l’argent en espèces : l’ anonymat [1] et l’irréversibilité des transactions. Les marchés noirs en ligne participent à l’engouement autour du bitcoin. Les barrières à l’entrée du marché pour les acheteurs se sont abaissées avec les platesformes d’échanges légales de bitcoin (ex. bitcoin.de, mais aussi les marchés entre particuliers [2] ). Il n’est ainsi plus nécessaire de « miner » les bitcoins [3] . La communauté bitcoin aide à valider les transactions, assure qu’elles sont conformes. Du fait de la complexité de sa traçabilité, le bitcoin apparaît être « une aubaine pour la cybercriminalité et le blanchiment » (rapport Sénat, juillet 2014, p. 10). La résilience de la plateforme SR aux poursuites judiciaires à l’encontre de ses membres et au démantèlement de son infrastructure technique amène certains à décrire la plateforme comme une « innovation criminelle radicale » (Aldrige and Decary-Hetu, 2014). Saisie par le FBI le 2 octobre 2013, après deux années et demie d’activité, une nouvelle version, SR2, voit le jour quatre semaines plus tard, le 6 novembre 2013. Après une attaque informatique en février 2014 portant sur une valeur de 2,7 millions de dollars, SR2 a remboursé la quasi-intégralité des utilisateurs lésés. La relative réussite de la Place de marché, une expérience de crypto-marché fondée sur le principe de la « contre-économie » libertarienne, interroge le socio-économiste. Quelles sont les formes spécifiques prises par la confiance sur une Place de marché anonyme ?

 

1. DE SR1 À SR2 : UN CRYPTO-MARCHÉ PEUT EN CACHER UN AUTRE

SR représente, selon certaines estimations, près de 10 % des transactions liées au bitcoin [4] (Christin, 2013). Sur la plateforme, un système de couverture du risque (hedging) existe. Il prémunit acheteurs et vendeurs contre la volatilité du cours du bitcoin à court terme. Les prix de vente restent relativement stables (plus ou moins 10 %), malgré les fluctuations du cours du bitcoin. La plateforme assure ainsi un rôle de tiers de confiance en gérant la liquidité des transactions. Le chiffre d’affaires de la plateforme a été estimé à 1,2 milliard de dollars pour près de trois années d’activités. Les revenus collectés par la plateforme sont évalués à 80 millions de dollars, perçus en commissions d’intermédiations (10 %) prélevées sur les revenus des vendeurs. Le nombre d’utilisateurs actifs était, au moment où la plateforme a été saisie par le Federal Bureau of Investigation (FBI), de 150 000, dont 146 946 acheteurs contre 3 877 vendeurs (2,5 %). 144 000 BTC, l’équivalent de 28,5 millions de dollars ont alors été saisis. D’après les documents du FBI sur une période de près de six mois (du 6 février au 23 juillet 2013), plus de 1,2 million de transactions ont été enregistrées. Selon les données renseignées par les utilisateurs, 30 % venaient des États-Unis, 27 % n’avaient rien déclaré, puis, par ordre de grandeur, l’Angleterre, l’Australie, l’Allemagne, le Canada, la Suède, la France, la Russie, l’Italie et les Pays-Bas. D’après Christin (2013) qui s’est appuyé sur une aspiration quotidienne de SR1 pendant six mois au cours de l’année 2012, 24 400 produits différents étaient vendus sur le site, bien que la plupart ne soient plus disponibles après trois semaines. La plupart des vendeurs disparaissent dans les trois mois, alors que seuls 112 vendeurs ont été présents tout au long de la période observée.

L’apparition de SR2 est un pied de nez à la justice américaine. La tonalité donnée à ce projet par ses protagonistes est celle d’une lutte pour l’existence « contre- économie » chère aux libertariens (Konkin, 1980), dont SR serait l’incarnation. SR2 dit vouloir se montrer à la hauteur de la confiance que lui accordent ses utilisateurs. En remboursant les utilisateurs suite à l’attaque informatique, les administrateurs de la plateforme montrent leur détermination à traduire leurs paroles en actes. La plateforme offre ainsi un gage de la crédibilité de son discours.

SR2 doit arbitrer entre les exigences des utilisateurs et les impératifs de sécurité pour la plateforme et veiller à maintenir un rapport de force équilibré entre offre et demande. La tension autour du système Escrow est emblématique de ce difficile équilibre. Autrefois, en faveur des acheteurs, la fonctionnalité intégrée au système de paiement sur la plateforme leur permettait de relâcher le paiement au vendeur une fois le produit reçu et confirmé conforme. Aujourd’hui supprimée pour des raisons de sécurité liées à l’attaque informatique de février 2014, son retour fait débat au sein de la communauté et s’exprime dans les forums. D’un côté, les vendeurs sont favorables à sa disparition, car être payé avant la confirmation de la réception des marchandises ou services par les acheteurs les assure contre des délais de paiement jugés trop long ou le risque de mauvaise foi des acheteurs (qui pouvaient prétendre n’avoir rien reçu et exiger un remboursement partiel ou une nouvelle livraison). D’un autre côté, les acheteurs se sentent désormais démunis face aux vendeurs en cas de non-livraison ou de tromperie sur la marchandise [5] .

En raison de la méfiance qui préside à l’engagement de transactions sur un marché noir, des gages de crédibilité, notamment dans les développements de la sécurité de la plateforme, doivent être régulièrement apportés par les administrateurs de la plateforme. Dans le cas contraire, la confiance des utilisateurs s’étiole et ils peuvent être tentés de migrer vers d’autres plates-formes. Exerçant une activité criminelle relative au commerce de produits stupéfiants, la plateforme est constamment menacée par plusieurs adversaires : l’État, les individus et groupes criminels rivaux, qui peuvent l’attaquer à tout moment. Il s’agit donc d’une course contre-la-montre pour adapter l’interface et les fonctionnalités aux besoins des acheteurs et des vendeurs, ainsi qu’arbitrer sur la priorité de ces développements. SR est passé d’une situation quasi monopolistique à un marché fragmenté. Plus le marché est fragmenté, plus les risques de conduites opportunistes des vendeurs comme des acheteurs sont grands, en particulier pour les acheteurs ponctuels non connus des vendeurs. Les utilisateurs agissent en fonction du niveau de risque perçu à échanger sur une plateforme et se protègent de façon similaire.

 

2. SR : UN MARCHÉ ILLÉGAL FONDÉ SUR LA CONFIANCE INTERPERSONNELLE

Le partage d’expériences entre utilisateurs par le biais du forum rend visible des échanges à caractère semi-public qui peuvent servir à équiper les choix informés des acheteurs ou vendeurs, à créer de la confiance [6] . Les utilisateurs de la plateforme s’entraident, car ils ont conscience de la fragilité de leur position. Les forums permettent la réassurance des nouveaux utilisateurs, cantonnés au rôle de lecteurs jusqu’à ce qu’ils atteignent un certain nombre de posts [7] . Les liens entre les membres de la communauté se bâtissent au fil des échanges interpersonnels (transactions ou messages privés [8] ) et semi-publics (forums).

Le système de notes et avis sur les transactions et les vendeurs, ainsi que la participation aux forums, l’investissement dans des tâches collectives pour la communauté, concourent à établir et maintenir (ou non) la réputation d’un utilisateur. Un élément à prendre en compte en analysant ce qu’est ce marché anonyme est le forum où ses utilisateurs échangent par le biais de pseudonymes, attachés à une réputation et à un profil sur le site. L’information autour des produits (notes, avis de consommateurs, échanges d’opinions, d’informations en tout genre ou concernant la sécurité de la plateforme par exemple) contribue à créer la confiance entre les utilisateurs, nécessaire aux transactions effectuées sur la plateforme (Gensollen, 1999). Sur un marché illégal, l’appariement entre l’offre et la demande repose sur un niveau de risque plus élevé. Un minimum de confiance est nécessaire à la réalisation des transactions et de l’échange qui n’implique pas la rencontre physique. La confiance entre les parties s’établit par un système de notes et d’avis qui peuvent faire l’objet de manipulations (comme dans l’internet « en clair », Beauvisage et al., 2014). Il s’agit ici d’économie informelle, l’opacité règne donc en maître sur l’identité des partenaires et pourtant, ils doivent créer et maintenir des liens de confiance dans le temps. Les vendeurs ont une réputation à construire ou à défendre. La plateforme doit réduire le risque de « passager clandestin » en appariant offre et demande grâce à un système de réputation (notes et avis sur les transactions, ainsi que commentaires sur les forums), tout en assurant la confidentialité des transactions, la protection des fonds et de l’identité des acheteurs et des vendeurs. La confiance des utilisateurs est ainsi l’actif essentiel de ces platesformes. Cette dernière est objectivée par l’historique des évaluations sur les transactions et les vendeurs, dont le nombre et la qualité continue témoignent de la fiabilité. Ainsi équipés, les acheteurs peuvent réaliser des choix informés et se prémunir, dans une certaine mesure, contre le risque d’aléa moral.

 

3. CRYPTO-ANARCHISME

SR s’appuie explicitement sur une utopie libéralelibertaire portée par ses fondateurs qui associent un geste politique libertarien au commerce de produits et services illicites en ligne. Pour la plateforme, il s’agit de protéger la communauté des poursuites judiciaires, des cyber-attaques, des utilisateurs-fraudeurs et des autres menaces. Cependant, la sécurité des utilisateurs ne peut leur être garantie que par le cryptage de leur communication, des mesures individuelles qu’ils ne peuvent prendre qu’eux-mêmes pour protéger leur identité réelle. Certes, sur les forums de SR, on peut lire de multiples recommandations et avertissements de sécurité visant à inciter les utilisateurs à pratiquer le chiffrement asymétrique des messages échangés lors des transactions, mais est-ce suffisant ? La majeure partie des acheteurs semble ne pas être inquiétée par le risque collectif qu’ils font subir à la plateforme et aux vendeurs en ne cryptant pas leurs communications par l’usage du chiffrement asymétrique [9] . Les petites transactions concourent à faire penser à l’individu qu’il prend des risques limités et ne l’incite par conséquent pas à supporter les coûts d’apprentissage nécessaires à la montée en compétences en cryptographie destinée à l’usage du logiciel de communication cryptée PGP. Moins les individus utilisent PGP, plus la surveillance de la plateforme aura un intérêt pour les autorités qui capteront ainsi les informations échangées « en clair » diffusées par les utilisateurs. Les coordonnées envoyées par les acheteurs sont des informations particulièrement sensibles, dans la mesure où ils fournissent aux autorités une raison supplémentaire pour saisir les serveurs contenant nom et adresse postale d’un grand nombre de petits acheteurs. Pour la plupart, ces derniers estiment qu’ils n’ont pas besoin de se protéger étant donné les petites transactions effectuées. Toutefois, là réside un point de tension entre les utilisateurs de la communauté et les développements de la plateforme. Pour que le cryptage des messages soit efficient, il ne peut être intégré d’emblée par la plateforme à partir d’une clé unique de chiffrement. Les utilisateurs sont donc contraints de prendre eux-mêmes en main leur propre sécurité, en adéquation avec la philosophie libertarienne, bien qu’ils fassent souvent preuve de négligence en ce domaine, faute de temps ou de conviction de l’utilité de ces mesures de protection individuelle.

 

CONCLUSION

Au terme de cet éclairage, trois choses méritent d’être soulignées : la relative résilience de la plateforme SR (toujours active), la capacité à créer de la confiance sur un marché anonyme grâce à un système de notes et avis (comme dans le Web « en clair »), mais également la fragilité d’un tel système en cas de disparition de la plateforme (les risques d’usurpation de l’identité d’un vendeur par un autre vendeur ou les autorités ne sont pas nuls) ; enfin, la revendication d’une utopie politique comme ciment de la confiance de la communauté d’utilisateurs par les administrateurs de la plateforme (remboursement des fonds détournés). Ainsi, au-delà des échanges de marchandises et de services, nous avons pointé la dimension sociale des échanges commerciaux qui s’effectuent sur la plateforme.

Laboratoire d’expérimentation d’une économie informelle en ligne, SR a montré qu’une combinaison de techniques de cryptographies – Tor pour la navigation, PGP pour les messages et bitcoin pour le moyen de paiement – permettait un relatif anonymat et rendait les échanges possibles, même en dehors d’un cadre légal, et ce, à un niveau international. Alors même que le Web « en clair » faisait l’objet de scandales concernant la surveillance généralisée des usages du grand public, suite aux révélations d’Edward Snowden, qui ont mis au jour la circulation des données des utilisateurs et leur vulnérabilité à la surveillance commerciale et étatique, la petite communauté d’utilisateurs de SR a fait la démonstration d’une capacité d’échange de ressources informationnelles et de substances contrôlées de façon relativement autonome par rapport à cette surveillance. La couverture médiatique de l’arrestation de Ross Ulbricht a contribué à populariser cette Place de marché, mais aussi plus largement, les technologies utilisées pour anonymiser sa navigation Internet. Cette préoccupation dépasse désormais le simple cadre des dissidents politiques et des journalistes pour devenir, dans une certaine mesure, plus générale. Cependant, la capacité à se protéger des utilisateurs du Web invisible demeure liée à la plus ou moins grande facilité d’accès à ces technologies et des compétences requises pour les utiliser, qui sont elles-mêmes inégalement distribuées dans la population. La couverture médiatique de l’affaire SR a donc concouru à une forme d’éducation à la traçabilité et à la sécurité informatique en ligne concernant le cryptage informatique. L’élargissement du public de la plateforme dû à l’attention médiatique qu’elle a suscité se révèle finalement contre-productif pour faire cesser ses activités criminelles, de la même manière que l’arsenal juridique déployé contre le piratage de musique en ligne n’a pas contribué à faire disparaître ces pratiques dans la population. SR est une initiative politique et idéologique, ce qui pourrait rendre potentiellement plus dangereuse la persévérance de ses utilisateurs, familiarisés à ce marché libre bien qu’illégal et déterminés à persévérer dans ce type d’échanges sur des marchés anonymes. Le marché comporte aujourd’hui plusieurs acteurs en situation de concurrence, les utilisateurs voguant au gré des opportunités de migration et des garanties de sécurité offertes par ces platesformes. Mais nulle part ailleurs que sur SR, le discours idéologique en faveur du libertarisme n’a été plus fort, ainsi que les appels à la communauté à soutenir « le combat », « les efforts entrepris », « la lutte ». La mesure dans laquelle les utilisateurs adhérent à cette idéologie, qui rejoint leurs intérêts personnels, reste cependant à évaluer.

 

Références
■Aldrige J. & D. Decary-Hetu (2014), Not an ‘eBay for Drugs’: The Cryptomarket « Silk Road » as a Paradigm Shifting Criminal Innovation, 29 p.
■Beauvisage T., J.-S. Beuscart, V. Cardon, K. Mellet & M. Trespeuch (2014), « Notes et avis de consommateurs sur le Web. Les marchés à l’épreuve de l’évaluation profane », Réseaux, pp. 131-161.
■Biryukov A., I. Pustogarov & R.-P. Weinmann (2013), Trawling for Tor Hidden Services: Detection, Measurement, Deanonymization, IEEE Symposium on Security and Privacy, pp. 80-94
■Christin N. (2013), « Traveling the Silk Road : A Measurement Analysis of a Large Anonymous Online Marketplace », International World Wide Web Conference Committee (IW3C2), WWW2013, May 13-17, 2013, Rio de Janeiro, Brazil.
■Gensollen M. (1999), « La création de valeur sur Internet », Réseaux, 17 (97), 15-76.
■ Le Crosnier H. (2012), Les Utopies numériques.
■Konkin III S.E. (1980), New Liberarian Manifesto.

 

Liens
■ Le Monde.fr, « Le site illégal Silk Road recréé un mois après sa fermeture par le FBI », le 7 novembre 2013 : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/11/07/le-site-illegal-silk-road-recree-un-mois-apres-sa-fermeture-par-le-fbi_3510291_651865.html
■Ross Ulbricht, The Criminal Complaint: https://www.cs.columbia.edu/~smb/UlbrichtCriminalComplaint.pdf.
■Rapport n° 767 rectifi é, enregistré à la présidence du Sénat le 23 juillet 2014, 143 p., MM. Philippe Marini et François Marc : http://www.senat.fr/rap/r13-76/r13-7671.pdf

 

1 Notons que ce point fait débat dans la mesure où il serait possible pour les services de renseignements de « désanonymiser » certaines transactions, jusqu’à remonter à l’individu qui en est l’auteur ou le bénéfi ciaire. L’anonymat du bitcoin doit donc être considéré comme relatif. 2 Du type localbitcoins. com. L’autorité de supervision fi nancière allemande, la BaFin, qualifi e les monnaies virtuelles « d’unités de compte », de fait ces dernières entrent dans la catégorie des instruments fi nanciers, au même titre que les devises. L’Allemagne a donc choisi un point de vue pragmatique vis-à-vis du bitcoin : réguler pour contrôler et taxer. 3 On peut lire dans le rapport du Sénat au sujet du bitcoin, pp. 8-9 : « Ingénieux mécanisme de « création monétaire » qui rémunère les utilisateurs du système : les transactions sont validées par les ordinateurs connectés au réseau ; en échange de la mise à disposition de leur puissance de calcul, les « mineurs » se voient rétribués en bitcoins générés automatiquement par l’algorithme du système. On estime à environ 100 000 le nombre de processeurs participant aux opérations, parfois regroupés en véritables « fermes de minage », consommant d’importantes ressources mais pouvant engendrer d’importants profi ts. » 4 Il n’existe, à notre connaissance, aucune quantifi cation fi able de la part des transactions de SR dans l’économie totale du bitcoin. Selon Christin (2013, p. 8), les transactions liées à SR pourraient, de façon plausible, correspondre à entre 4,5 % et 9 % de l’ensemble des transactions. En revanche, selon les propos de M. Gonzague Grandval, président de Paymium SAS, consigné dans le rapport du Sénat : « en réalité, Silk Road représentait seulement 1 % des transactions en bitcoin » (p. 114). Il serait intéressant de connaître la manière dont a été calculé ce chiffre. 5 Les acheteurs conservent toutefois la possibilité de laisser une évaluation (note+avis) sur la transaction, ce qui est un moyen de contrôle de la stabilité de la qualité du service assuré par les vendeurs et leur donne le pouvoir de signaler publiquement une transaction qui n’aurait pas abouti ou ne se serait pas déroulée dans de bonnes conditions. 6 Les utilisateurs actifs des forums de SR1 auraient été entre 30 000 et 150 000. 7 Un seuil de 50 posts a été défi ni pour pouvoir poster dans tous les sujets. Avant cela, les nouveaux utilisateurs ont seulement la possibilité de poster dans un sujet dédié. Ils se livrent alors à des pratiques de « fl ood », visant à poster le plus rapidement possible ces 50 messages, qui sont, généralement, des suites de caractères sans signifi cation. 8 Sur la période du 24 mai au 23 juillet (deux mois), il y eut plus de 1,2 million de messages envoyés par le système de messagerie privé (Christin, 2013). 9 Le logiciel le plus répandu pour pratiquer le chiffrement asymétrique est Pretty- Good-Privacy (PGP), GPG dans sa version libre.

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À retrouver dans la revue
Banque et Droit Nº159
Notes :
1 Notons que ce point fait débat dans la mesure où il serait possible pour les services de renseignements de « désanonymiser » certaines transactions, jusqu’à remonter à l’individu qui en est l’auteur ou le bénéfi ciaire. L’anonymat du bitcoin doit donc être considéré comme relatif.
2 Du type localbitcoins. com. L’autorité de supervision fi nancière allemande, la BaFin, qualifi e les monnaies virtuelles « d’unités de compte », de fait ces dernières entrent dans la catégorie des instruments fi nanciers, au même titre que les devises. L’Allemagne a donc choisi un point de vue pragmatique vis-à-vis du bitcoin : réguler pour contrôler et taxer.
3 On peut lire dans le rapport du Sénat au sujet du bitcoin, pp. 8-9 : « Ingénieux mécanisme de « création monétaire » qui rémunère les utilisateurs du système : les transactions sont validées par les ordinateurs connectés au réseau ; en échange de la mise à disposition de leur puissance de calcul, les « mineurs » se voient rétribués en bitcoins générés automatiquement par l’algorithme du système. On estime à environ 100 000 le nombre de processeurs participant aux opérations, parfois regroupés en véritables « fermes de minage », consommant d’importantes ressources mais pouvant engendrer d’importants profi ts. »
4 Il n’existe, à notre connaissance, aucune quantifi cation fi able de la part des transactions de SR dans l’économie totale du bitcoin. Selon Christin (2013, p. 8), les transactions liées à SR pourraient, de façon plausible, correspondre à entre 4,5 % et 9 % de l’ensemble des transactions. En revanche, selon les propos de M. Gonzague Grandval, président de Paymium SAS, consigné dans le rapport du Sénat : « en réalité, Silk Road représentait seulement 1 % des transactions en bitcoin » (p. 114). Il serait intéressant de connaître la manière dont a été calculé ce chiffre.
5 Les acheteurs conservent toutefois la possibilité de laisser une évaluation (note+avis) sur la transaction, ce qui est un moyen de contrôle de la stabilité de la qualité du service assuré par les vendeurs et leur donne le pouvoir de signaler publiquement une transaction qui n’aurait pas abouti ou ne se serait pas déroulée dans de bonnes conditions.
6 Les utilisateurs actifs des forums de SR1 auraient été entre 30 000 et 150 000.
7 Un seuil de 50 posts a été défi ni pour pouvoir poster dans tous les sujets. Avant cela, les nouveaux utilisateurs ont seulement la possibilité de poster dans un sujet dédié. Ils se livrent alors à des pratiques de « fl ood », visant à poster le plus rapidement possible ces 50 messages, qui sont, généralement, des suites de caractères sans signifi cation.
8 Sur la période du 24 mai au 23 juillet (deux mois), il y eut plus de 1,2 million de messages envoyés par le système de messagerie privé (Christin, 2013).
9 Le logiciel le plus répandu pour pratiquer le chiffrement asymétrique est Pretty- Good-Privacy (PGP), GPG dans sa version libre.