La « guerre des monnaies » a été dénoncée pour la première fois en septembre 2010 par le ministre des Finances du Brésil. Cette expression désigne l’attitude des États-Unis, si préoccupés de rétablir la santé de leur économie qu’ils n'hésitent pas à prendre des décisions radicales mêmes si elles sont déstabilisantes pour de nombreuses autres nations. Par exemple, les pays émergents accusent le Quantitative Easing, cette politique monétaire expansionniste mise en place par Washington, de perturber leurs économies.
Plus généralement, l’hégémonie du dollar est de plus en plus mal vécue par la communauté internationale, à l’exception des États-Unis qui souhaitent continuer de jouir de leur « privilège exorbitant », selon l’expression de Charles de Gaulle.
Autre dysfonctionnement : la sous-évaluation du Renminbi. « Pour préserver la compétitivité de ses exportateurs, la Chine maintient sa devise à un niveau situé 25 à 40 % en dessous de son taux d’équilibre nominal, estime Henri Bourguinat, économiste, professeur émérite à l’université de Bordeaux 4 et membre du comité d’experts du G20. Les dirigeants chinois semblent déterminés à remédier à cette anomalie, mais ils souhaitent le faire à leur rythme et de façon autonome. » Cette réévaluation va en effet modifier des équilibres sensibles pour la Chine : ses exportateurs seront moins attractifs, pour ne citer qu'un exemple. Pas question donc de laisser le G20 piloter cette normalisation du taux de change.
Comment, dès lors, dessiner un nouvel ordre monétaire mondial ? Si les discussions portant directement sur les difficultés majeures sont dans l’impasse, il semble en revanche que certaines approches plus subtiles réunissent un consensus. « Le G20 peut arriver à un accord sur le rôle des DTS, estime Henri Bourguinat. De l’avis de plusieurs pays, dont la Chine, cette unité de crédit indexée sur un panier de monnaies (dollar, euro, yen et livre) et gérée par le FMI pourrait, sous certaines conditions, acquérir une place plus importante dans le cadre du Compte de substitution créé à cet effet ».
Si le poids des DTS croît de façon progressive, l’optimisme peut conduire à imaginer qu’à terme, cette unité de crédit permettra de lutter à contre l’hégémonie du billet vert – puisqu’elle pourrait constituer peu à peu une alternative au dollar – mais peut-être aussi contre la sous-évaluation du Renminbi – puisqu'il pourrait devenir convertible afin d'intégrer le panier de monnaies.