Les rémunérations dans la banque : à l’heure des vaches maigres

Créé le

09.07.2012

-

Mis à jour le

13.07.2012

Avec la crise et les mutations actuelles du secteur, les rémunérations des salariés de la banque sont de plus en plus contraintes. Celles de la BFI tombent sous le coup des réglementations sur les bonus. Celles des dirigeants sont de plus en plus scrutées par les actionnaires. Quant aux collaborateurs de la banque de détail, ils apprennent à travailler dans un environnement où l'augmentation collective est devenue l'exception.

Les mouvements structurels qui animent le secteur bancaire depuis le déclenchement de la crise et sous l’influence du durcissement réglementaire affectent les rémunérations des collaborateurs. L’ensemble des métiers est concerné, mais pas de la même manière. Les professionnels des marchés ont été les premiers touchés. Les régulateurs internationaux, poussés par l’opinion publique, ont pris position en faveur de mesures pour rendre les bonus distribués davantage sensibles au risque pris par le collaborateur qui les perçoit. L’Europe a été la première à agir, à travers la directive CRD 3, en vigueur depuis janvier 2011. Mais des difficultés demeurent : son application achoppe sur certains aspects du droit du travail. Ainsi, toute sanction pécuniaire du salarié, pourtant préconisée par la directive à travers le principe du malus, est formellement interdite en France. Surtout, toutes les juridictions ne sont pas au même stade dans la mise en place de ces nouvelles réglementations : les États-Unis avancent, mais moins vite que l’Europe ; quant à l’Asie, elle bénéficie pour l’instant d’un réel avantage concurrentiel.

Du chemin reste toutefois à parcourir en matière de réglementation des rémunérations en banque de financement et d’investissement (BFI), selon le sociologue Olivier Godechot. Ce dernier a étudié sur une longue période les mutations en cours au sein de l’élite salariale française et a constaté la place prépondérante que jouent aujourd’hui les professionnels de la finance. À la clé : une hausse des inégalités salariales et un risque social pour l’instant peu pris en compte par les régulateurs. La rémunération des dirigeants, en particulier de banques, est également au cœur des griefs de l’opinion publique qui souhaiterait davantage de transparence et un rôle accru des actionnaires. Le vote du salaire des patrons en Assemblée générale n’est pourtant pas une solution miracle, et il faut prendre garde aux effets pervers d’une telle mesure.

Dans la banque de détail aussi, l’heure est à la modération, même si la réglementation y est, cette fois, étrangère. Si certains profils, au niveau des fonctions support en particulier, tirent leur épingle du jeu, la banque commerciale semble, elle, traverser une période de vaches maigres. L’environnement contraint des banques les incite à l’attentisme en matière salariale, avec peu ou pas d’augmentations générales et des mesures ciblées sur certains collaborateurs. Au final, en BFI comme en banque commerciale, la tendance semble être au développement d’une culture de la récompense non financière. Mais à l’heure des plans sociaux et du recentrage sur les métiers et pays cœur, il n’est pas sûr que la promesse de carrières riches et variées paraisse crédible aux salariés du secteur bancaire.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº305