Les tracts et les confettis lancés sur Mario Draghi par une jeune femme le mercredi 15 avril 2015 n’ont en rien empêché le banquier central de réaffirmer, lors de cette conférence de presse agitée, sa volonté de poursuivre sa politique d’assouplissement quantitatif : l’achat massif de titres en euros du secteur public, à raison de 60 milliards par mois. Cette politique exceptionnelle, qui passe essentiellement par l’achat d’obligations souveraines, va maintenir l’ensemble des taux à un niveau très bas. Une telle politique pousse les acteurs financiers à prendre davantage de risques, comme le souligne l’économiste Jean-Paul Betbèze (voir son interview). Toutefois, cette politique osée est indispensable pour améliorer la situation économique de la zone euro.
Elle n’est toutefois pas simple à mettre en œuvre, car les banquiers et les assureurs sont tentés de conserver jalousement les titres souverains qu’ils détiennent. En effet, la réglementation prudentielle – qui fait peu de cas du risque souverain – les incite à détenir ces titres. Selon Stéphane Déo (voir son interview), « le QE décidé par la BCE ne fera qu'augmenter la demande pour les titres souverains […] la BCE a décidé d'acheter 60 milliards par mois, ce qui en rythme annualisé nous porte à 720 milliards. Ceci doit être comparé au déficit public cette année qui devrait être de 200 milliards dans la zone Euro d'après Eurostat. On voit donc que la BCE va acheter l'équivalent de toute l'émission nette d'obligation souveraine, mais aussi une partie de la dette existante à hauteur de 500 milliards d'euros. La conclusion immédiate, c'est que la dette restera chère, voire très chère, c’est-à-dire que les taux resterons bas, voire très bas. »
Une menace plane toutefois sur cette politique de taux bas : la fin de la politique ultra-accommodante menée depuis 2008 par la Réserve Fédérale américaine. Si Janet Yelen manque de doigté pendant cette normalisation progressive de la stratégie de la Fed, les taux dans le monde pourraient remonter brutalement. Toutefois, même réalisée avec douceur, la normalisation américaine fera très probablement remonter les taux dans le monde. Mais Mario Draghi peut espérer qu’ils remonteront moins en zone euro, grâce à la politique de sa banque centrale.
Toujours au chapitre des inquiétudes : la Grèce, dont la dette est de nouveau au centre de l’actualité, avec un risque de défaut voire de sortie de la zone euro (Grexit), comme l’explique Éric Dor. Mais des efforts vont probablement être accomplis, à la fois par la Grèce et par ses partenaires de la zone euro, car les deux camps ont intérêt à la maintenir dans la monnaie unique.
Autre évolution marquante en matière de dettes souveraines : le 16 juin 2014, l’Argentine a vu s’évaporer son dernier espoir de remise en cause de la décision rendue en février 2012 par un juge new-yorkais en faveur de l’un de ses créanciers, le fonds « vautour » Elliott. Nombre de spécialistes en restructuration de dettes souveraines s’émeuvent de l’issue juridique de ce bras de fer entre l’État argentin et un fonds ayant refusé de participer à une restructuration de la dette argentine. Pour Matthias Audit, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, la portée de cette décision est importante : « Aujourd’hui, il est impossible de restructurer des titres comportant une clause de