Wilson Mutune ne sort jamais sans son portable. Cet ouvrier du bâtiment, marié et père de quatre enfants, vit dans une ferme isolée de la région kényane de Machakos, à deux heures de route de Nairobi. Il possède un smartphone d’entrée de gamme, héritage de sa vie urbaine lorsqu’il était à la capitale. Il s’en sert pour passer et recevoir des appels, bien sûr, mais aussi envoyer de l’argent à sa famille, payer dans les magasins de Machakos, ou prendre un prêt pour régler les frais de scolarité de ses enfants. Récemment, grâce à son mobile, il a même acheté à crédit une télévision fonctionnant à l’énergie
Tout cela lui est rendu possible par un écosystème d’acteurs qui, par leurs innovations de rupture, façonnent l’Afrique financière de demain. « Les technologies mobile sont sur le point de transformer de fond en comble notre banque du XXe siècle et c’est en Afrique que la banque digitale mobile est en train de naître. Elle va influencer tout le système bancaire mondial », assure Yves Eonnet, fondateur de Tagattitude, une PME française qui exporte des solutions technologiques de mobile
Pour effectuer cette mue technologique, les banques ne sont pas toujours en première ligne. E-commerçants, réseaux sociaux et start-up investissent, avec succès, le champ des services financiers. Leurs forces sont nombreuses. WeChat, la messagerie instantanée du Facebook chinois, compte plus d’utilisateurs que la première banque du pays n’a de clients. L’opérateur Orange peut s’appuyer sur un réseau de plusieurs milliers de points de contact dans les pays africains, là où les banques comptent leurs agences par dizaines. Par leur réactivité, les start-up surfent sur les moindres tendances pour occuper les espaces laissés libres par les acteurs traditionnels. Surtout, ces acteurs technologiques parlent déjà la langue de leurs clients, ce qui est loin d’être toujours le cas des banquiers professionnels « en costume foncé, chemise blanche et cravate rouge, parlant un jargon financier », pour reprendre les mots du P-DG d’Equity Bank, grand établissement financier d’Afrique de l’Est qui essaie de faire bouger les lignes. Mais à l’heure du tout mobile, il n’est pas toujours aisé pour les banques de nouer des partenariats avec ces acteurs des technologies. Equity Bank, qui en a fait l’expérience face au telco kényan Safaricom, a même fini par solliciter une licence d’opérateur téléphonique pour pouvoir exercer son métier de banquier (interview de James Mwangi). La réaction des banques est hétérogène, selon les pays et plus encore selon les acteurs : quand la première banque privée indienne ICICI s’inflige un électrochoc en ouvrant ses API à 2 000 programmeurs lors d’un « appathon » géant remporté par une start-up développant une solution de « conversational banking
Ce foisonnement créatif des pays émergents, rendu possible par une forte demande non satisfaite et un régulateur assez progressiste, inspire les pays développés. Les