Pourquoi le fonds Nest a-t-il créé des programmes d’accélération pour FinTech en Asie et en Afrique ?
Nest est un fonds d’investissement créé à Hong Kong par deux business angels britanniques et une canadienne. C’est dans l’ADN de Nest de travailler à l’accélération des start-up, par un accompagnement le plus régulier possible. Nous voulions proposer par nous-mêmes des programmes d’accélération en partenariat avec de grands groupes. Pour nous, ces accélérateurs sont un outil de due diligence et de sourcing. L’idée est de passer du temps avec elles pour les aider à trouver des axes de développement pour leur activité avec l’aide du partenaire et ce, en trois mois. C’est différent de l’incubation qui est plus longue, un ou deux ans par exemple. La start-up qui entre dans l’un de nos programmes d’accélération dispose déjà d’une solution relativement viable qui peut intéresser le grand groupe partenaire. Pour les
Pouvez-vous en dire plus sur la collaboration avec ces partenaires bancaires ?
En tant que fonds d’investissement centré sur les entrepreneurs, nous parlons la langue des start-up, nous comprenons la vitesse de leur projet, ce qui n’est souvent pas le cas des grands groupes. Il peut aussi y avoir des problèmes de confiance, par exemple autour des questions de propriété intellectuelle. Nous servons de passerelle entre les start-up et les corporates, nous aidons les uns à être plus réactifs, les autres à communiquer plus clairement leurs objectifs. Par ailleurs, contrairement à beaucoup de programmes, les start-up n’ont pas à ouvrir leur capital à l’accélérateur. Cela a des effets nocifs sur les levées de fonds ultérieures. C’est l’entreprise partenaire qui finance l’accélérateur. Les grandes entreprises ont déjà des programmes d’open innovation et le budget est souvent déjà dégagé. Mais elles n’ont pas nécessairement la structure de corporate venture qui leur permettrait d’investir en direct dans ces start-up.
Quelles interactions ces banques ont-elles avec les FinTech ?
Nous pratiquons le mentorat en interne, ce qui permet d’insuffler un peu d’esprit start-up au sein des équipes. Cette rencontre entre les spécialistes de la banque et les start-up suscite aussi des opportunités de partenariats. Dans l’accélérateur DBS, par exemple, il était très intéressant pour les deux FinTech travaillant sur les transferts d’argent en Asie du Sud-Est de rencontrer les équipes spécialisées de la banque. Cela débouche parfois sur des Proofs of Concept et des services intégrés à l’offre de la banque. L’important est que le mandat soit très fort en interne, car il faut convaincre les équipes de participer à cet accompagnement. Au final, cela sécurise notre investissement en tant que fonds dans les start-up.
Le champ de l'innovation financière est-il différent entre l’Asie émergente et l’Europe développée ?
Par certains aspects, Singapour et Hong Kong sont très similaires à Paris, Londres ou la Silicon Valley. Les infrastructures financières sont très développées et les start-up créées répondent à des problèmes avancés. Mais ce sont aussi des portes d’entrée vers un marché potentiel de 5 milliards de personnes, à moins de 6 heures de vol de Hong Kong par exemple. Ce sont des clients très majoritairement non bancarisés. Non seulement, ils n’ont pas de comptes bancaires, mais cela signifie qu’ils n’ont pas accès à des assurances vie, santé, automobile, qu’ils ne peuvent pas créer leur entreprise, ni financer un projet immobilier. Même des actes quotidiens comme payer son forfait mobile sont compromis par l’absence de compte bancaire. Aussi, beaucoup des entrepreneurs que nous accompagnons à Singapour et Hong Kong travaillent-ils sur ce type de besoins, en particulier en utilisant le mobile comme point de contact, comme RIB en quelque sorte. Les populations qu’ils ciblent peuvent n’avoir ni électricité ni eau courante, elles voudront pouvoir faire du e-commerce sur leur mobile.
Les entrepreneurs de ces pays émergents sont-ils différents de ceux que l’on rencontre à Paris ?
Tout d’abord, nous ne choisissons pas les start-up qui entrent dans nos programmes sur la base de leur nationalité. Nous avons même accompagné un Français, Anthony Fitoussi, qui a lancé depuis Hong Kong une solution de paiement dédiée aux marchés asiatiques, TofuPay, ensuite rachetée par un fournisseur de service de paiement sur mobile. Les entrepreneurs sont dans un environnement beaucoup plus international, très foisonnant en termes de projets. C’est ce qui peut manquer à certains entrepreneurs qui cherchent à résoudre un problème franco-français. Parfois, cela fonctionne, mais je trouve très intéressant pour les entrepreneurs d’avoir une ouverture internationale.
Par ailleurs, Hong Kong comme Singapour sont des marchés trop étroits et les entrepreneurs ont besoin de se lancer directement sur des projets transfrontière. Les pays scandinaves ont le même type de contraintes. En France, on a tendance à penser qu’un marché de 60 millions de personnes, c’est déjà bien ; mais en ne se lançant pas très tôt dans un développement international, on passe certainement à côté d’opportunités. On peut même croire qu’il n’y a pas de marché alors qu’on ne regarde tout simplement pas au bon endroit.
Les banques sont-elles les partenaires naturels quand on parle d’innovation financière en Asie ?
En Asie du Sud-Est, une partie de la population n’est pas bancarisée mais, quand elle l’est, c’est auprès d’acteurs majeurs comme OCBC et DBS. Ce sont donc les partenaires les plus intéressants pour nous. En Chine, la situation est différente car les géants de l’internet comme Baidu, Alibaba et Tencent sont très présents sur les services financiers. Et même à Hong Kong, on n’a pas besoin de compte bancaire pour payer : on règle ses achats au supermarché avec sa carte de métro Octopus !
La réglementation plus lourde en Europe qu’en Asie est-elle un frein au développement ?
C’est à la fois un frein et une opportunité. En Asie du Sud-Est ou en Afrique subsaharienne, le moindre niveau de réglementation rend la création de start-up plus simple. Mais parfois, une réglementation stricte crée un besoin auquel une FinTech peut répondre. Par exemple, en Europe, pour aider les e-commerçants à calculer, collecter et déclarer la TVA dans chacun des pays d’implantation depuis qu’une directive l’a rendu obligatoire en 2015.
Vous êtes basé à Paris. Envisagez-vous de créer un accélérateur du type de ceux de Hong Kong ou Singapour en France ?
Comme je le rappelais, nos accélérateurs ne sont pas dédiés aux start-up locales. Or les banques françaises sont présentes à l’étranger, elles ont des connections avec l’Europe et l’Afrique. C’est intéressant pour attirer des start-up internationales. Ce serait un avantage pour l’écosytème français de l’innovation de se mélanger. On pourrait envisager plusieurs accélérateurs d’ailleurs : un sur les FinTech, un autre sur l’AssurTech, un dernier sur le Big Data et l’intelligence artificielle, qui ne serait pas nécessairement purement financier.
Cela pourrait-il être en partenariat avec une banque ou un assureur français ?
Deux institutions ont déjà fait part de leur intérêt : elles sont asiatiques. Elles ont des cultures très agressives de développement international et s’intéressent aux opportunités qu’offrent l’Europe et la possibilité d’accélérer des start-up sur place. Paris est certes moins développé que Londres mais reste un centre financier majeur qui a l’avantage d’être moins dense en matière de concurrence. Et l’objectif de ces acteurs asiatiques, ce n’est ni Londres, ni Paris… mais l’Europe. Je préférerais nouer un partenariat avec des acteurs français. En matière de mentorat et de développement, disposer de relations historiques avec un écosystème est important. Mais il faut reconnaître que je n’ai pas encore le même niveau de discussion ici qu’avec les établissements étrangers. Je cherche avant tout un partenaire qui puisse s’engager au-delà de la question du ticket : une intégration profonde des start-up avec les équipes, c’est le secret de l’open innovation.