Dans quelle mesure la population indienne a-t-elle accès aux services financiers de base aujourd’hui ?
Le gouvernement actuel a mené une initiative majeure pour favoriser l’accès aux comptes bancaires pour des millions de personnes : la Pradhan Mantri Jan Dhan Yojana ou
Toutefois, l’utilisation qui est faite de ces services, bien qu’en croissance, reste faible. Deux raisons l’expliquent. L’une tient à la difficulté d’apporter ces services au plus près des gens – c’est le problème du « dernier kilomètre » –, quand bien même la situation s’améliore. L’Inde est un pays étendu avec des foyers de population disséminés sur tout le territoire, dans des zones souvent difficiles d’accès. C’est sur ce point que les nouvelles banques de paiement, récemment agréées, reposant sur la technologie et pouvant rayonner sur une vaste échelle, feront une vraie différence. L’autre raison a trait à certains biais comportementaux auxquels il faut s’attaquer, comme les freins psychologiques ou l’adéquation des produits aux besoins de la population.
Ces obstacles peuvent être surmontés. Nous savons qu’en concevant correctement les produits et en les distribuant via les canaux digitaux, qu’en formant les gens sur le « comment » utiliser ces produits et non sur le « pourquoi », qu’en s’attaquant à la perception de la population, on peut inciter beaucoup de monde à se tourner vers une banque et à épargner.
Quel rôle peut jouer la technologie plus précisément ?
Nous pensons que la digitalisation – principalement à travers le mobile – des services financiers au profit des populations à bas revenus va accélérer leur sortie de la pauvreté. Dans les pays où les systèmes de paiements digitaux ont réussi à s’implanter dans les communautés pauvres et rurales – ce qui est le cas en Inde –, les banques, les assureurs et d’autres prestataires mettent leurs efforts en commun pour élargir l’offre de produits et services financiers accessibles sous forme numérique. La plupart sont conçus pour répondre aux besoins spécifiques des foyers à bas revenus, en particulier les petits agriculteurs et les femmes, pour lesquels le téléphone mobile est bien souvent le moyen de communication le plus opérationnel. Le mécanisme de Direct Benefit Transfer, qui permet au gouvernement d’opérer le paiement des prestations et aides sociales directement sur le compte bancaire des bénéficiaires pauvres, a permis d’empêcher les déperditions générées par le recours à des intermédiaires et de réaliser de substantielles économies à la fois pour les citoyens et l’Etat.
L’infrastructure technologique en place en Inde repose sur trois piliers :
- au moins un compte bancaire « Jan Dhan Yojana » d’inclusion
financière par foyer (le pilier « J ») ;[2] - la délivrance de plus d’un milliard de pièces d’identité uniques et biométriques dites Aadhaar (le pilier « A ») ;
- un marché de près d’un milliard de téléphones mobiles (le pilier « M »).
Fin 2013, un groupe de
Nous attendons le lancement des premières banques de paiement pour le dernier trimestre
- accepter des dépôts à vue ;
- émettre des cartes de retrait ou de débit ;
- offrir des services de transferts d’argent (y compris au niveau international) et d’Internet banking ;
- proposer des services financiers simples n’impliquant pas de partage des risques et n’engageant pas leurs ressources, comme la distribution de fonds communs de placement, de produits d’assurance et de retraite… ;
- gérer le paiement de factures.
Les banques de paiement vont jouer un rôle central en matière d’inclusion financière et de transferts d’argent : elles vont permettre d’élargir le champ des bénéficiaires aux très petites entreprises, aux foyers à bas revenus, aux travailleurs migrants ainsi qu’à d’autres organisations informelles. Elles pourront prendre en charge des transactions de faible montant mais dans des volumes élevés en matière de dépôts, de paiements ou de transferts d’argent, et ce dans un environnement sécurisé reposant sur la technologie. L’un des apports cruciaux de ces banques de paiements sera d’assurer la jonction du dernier kilomètre dans les zones rurales où il est difficile d’accéder physiquement et où les banques traditionnelles n’ont pas pu s’implanter.
En quoi le programme Aadhaar d’octroi de cartes d’identité biométriques sert-il l’objectif d’inclusion financière de la population indienne ?
Aadhaar est un document d’identité unique et biométrique dédié aux résidents indiens. Il permet d’identifier chaque individu de manière unique sur la base d’informations démographiques et de son empreinte biométrique. Son détenteur peut donc établir son identité de manière claire auprès des organismes publics et privés, partout dans le pays. Cette authentification va significativement aider la diffusion de l’inclusion financière. Par le passé, beaucoup de personnes, en particulier dans les zones rurales, n’avaient pas de moyen de prouver leur identité au moment d’ouvrir un compte bancaire, étant donné les procédures KYC strictes des banques. Cette absence de document d’identité fiable imposait à ces personnes vulnérables d’avoir recours à des services financiers informels, notamment pour obtenir un crédit.
Aujourd’hui, plus d’un milliard de résidents indiens ont une carte Aadhaar, ce qui crée le socle d’une réforme du système de sécurité sociale et du paiement des aides. Le gouvernement a commencé à transférer directement sur les comptes bancaires des bénéficiaires ouverts grâce à la carte Aadhaar des allocations allant des indemnités
Les transferts d’argent à l’intérieur du pays, entre les travailleurs migrants et leur famille, sont un enjeu majeur de l’inclusion financière. L’innovation a-t-elle un rôle à jouer dans ce domaine ?
Beaucoup d’Indiens sont amenés à voyager à l’intérieur du pays pour trouver du travail. Aussi, disposer d’un système de transfert d’argent robuste et rentable est important. Les banques proposent des solutions reposant sur des systèmes comme