Les tristes soubresauts d’Heuliez, pour la troisième fois en défaillance, rappellent ceux de Technicolor (voir Encadré « Lire aussi ») et apportent un éclairage particulier dans les débats sur l’efficacité de la loi de sauvegarde des entreprises qui, si elle est un progrès évident par rapport à la situation antérieure, montre dans ces deux cas, et hélas dans bien d’autres, sa limite, faute d’intégrer suffisamment les apports de la théorie économique.
La deuxième actualité, plus discrète et pourtant tout aussi révélatrice, est l’attribution par la fédération SYNTEC du Conseil en management le 8 avril 2013 du prix du meilleur ouvrage de recherche appliquée au management au travail de deux chercheurs de l’école des Mines, Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, intitulé Refonder l’entreprise. Ce livre, couronné par une instance professionnelle particulièrement qualifiée, pointe comment la théorie de l’agence – dont la communauté académique en management s’accorde de plus en plus aujourd’hui, mais hélas bien tardivement, à condamner les effets potentiellement dévastateurs – a pu s’imposer comme optimale et légitime au tournant de la crise de compétitivité américaine des années 1970-80, notamment en s’appuyant sur le droit – ou plutôt devrait-on dire, le vide du droit – qui, en ne considérant les dirigeants que comme des mandataires, a ouvert la voie à ce projet en définitive funeste de l’alignement aveugle de ces dirigeants sur l’intérêt des seuls actionnaires. Ces deux chercheurs en management proposent en conclusion de leurs travaux une innovation juridique : l’introduction de ce qu’ils baptisent « la société à objet social étendu », qui permettrait de remettre la valeur à sa place, qui est celle d’une condition nécessaire, mais qui n’est pas suffisante. J’ai moi-même très modestement contribué à illustrer dans un article publié par la Harvard Business Review en novembre dernier (voir Encadré « Lire aussi ») le fait que la recherche exclusive et excessive de performance peut tuer la performance. Nous avons en effet prouvé, avec mes coauteurs, que les plus grandes entreprises familiales mondiales résistent mieux aux crises que leurs homologues non familiales, parce qu’elles savent arbitrer dans leur stratégie, quand il le faut, la performance à court terme au profit de la pérennité à long terme, et donc résister à la tyrannie de la théorie de l’agence.
Chacun à sa manière, le cas de l’entreprise Heuliez, du point de vue de la théorie économique, comme ce livre, Refonder l’entreprise, du point de vue des sciences de gestion, nous renvoient à l’objet même de Droit et Croissance et de nos débats de ce matin : les enjeux du droit, en l’espèce celui des difficultés d’entreprises, pour la prospérité de notre économie, sous l’éclairage de la recherche scientifique.
Introduction
La théorie de l’agence remise en cause… enfin !
Créé le
16.09.2013-
Mis à jour le
02.10.2013