Déjà dotée d'un pilier Supervision, l'Union bancaire a donné naissance le 20 mars au petit matin, dans la douleur, à son second pilier : la Résolution. Cet accord politique, fruit de négociations intenses entre les pays membres de l'Union bancaire, puis entre le Conseil et le Parlement européens, ressemble à s'y méprendre à l'un de ses géniteurs : l'État allemand. En effet, malgré les concessions obtenues par le Parlement, les positions de M. Schäuble se retrouvent largement dans le compromis provisoire du 20 mars. Par exemple, le fonds de Résolution ne sera pas créé sur la base légale du Traité sur l'Union européenne, mais sur celle d'un accord intergouvernemental (voir d'autres exemples dans l'article "Résolution à l'allemande?").
La capacité de l'Allemagne à imposer son point de vue se retrouve dans les autres thématiques de l'Union bancaire (voir l'article de Philippe Gudin, économiste chez Barclays) :
- seules les plus grandes banques de la zone euro (environ 130) seront supervisées de façon systématique par la BCE ;
- la construction du troisième pilier (le fonds de garantie des dépôts) se fait attendre ;
- quant au bail-in, il est lui aussi marqué par l'empreinte de l'Allemagne, qui a cherché à muscler ce mécanisme de renflouement interne.
L'Allemagne doit en partie sa domination à la puissance de son économie. Le poids de son PIB et de sa population la place clairement dans le camp des payeurs en cas de mutualisation des risques. Cette position de payeur explique nombre de ses positions ; elle est par exemple réticente à l'idée de définir un
La crainte de l'aléa moral ressentie par l'Allemagne pourrait s'apaiser à l'avenir, comme l'explique Jan Pieter Krahnen, professeur de finance à la Goethe University (Frankfort) : « Il est possible que cette peur de l'aléa moral s'apaise avec l'expérience du nouveau cadre que nous mettons en place. Par exemple, si la Supervision unique renforce la confiance entre les États, alors il y aura davantage de transferts de fonds et de pouvoirs vers des institutions centrales. » L'Allemagne pourrait donc dans l'avenir se montrer plus ouverte à une solidarité et un fédéralisme accrus :« C'est même dans cette direction que l'Allemagne aimerait que l'Europe s'achemine. Je suis persuadé que le fédéralisme va progresser, mais le processus sera lent. »
Ce rythme allemand ne semble guère pénaliser la zone euro, loin de là. Selon Nicolas Véron, « jusqu'à présent, l'Union bancaire procure les effets escomptés : elle a aidé à faire revenir les conditions de marché à une situation beaucoup plus favorable pour les emprunteurs souverains, et la