Quatre ans après avoir quitté le pouvoir, Donald Trump is back ! En dépit de ses frasques et de ses procédures judiciaires. D’aucuns ici se satisfaisaient bien du récit médiatique avec un combat équilibré entre les deux camps et des éventuelles contestations qui auraient eu pour effet d’affaiblir politiquement le nouveau président – ou la nouvelle présidente – des États-Unis. Au lieu de cela, l’Amérique nous offre un leader, aux pouvoirs immenses, avec une nette victoire à la présidentielle, mais aussi au Sénat et à la Chambre des Représentants. Pour l’Europe, cette information est tout sauf neutre.
La bataille des paiements aura bien lieu
Dans l’univers bancaire, les moyens de paiement sont une activité majeure. Les chiffres , issus notamment de l’Observatoire des moyens de paiement, en témoignent. Aussi, avons-nous fait le choix éditorial, en construisant ce dossier, de ne pas le positionner sur une approche pratique, mais sous un angle stratégique. Trump n’est pas un politique comme les autres et sa conquête du pouvoir, notamment sa première élection, où il l’avait emporté contre le Parti Républicain, en témoigne. Trump exploite les clivages, Trump pense d’abord affaires, Trump joue à plein du rapport de force. Son Make America Great Again n’est pas seulement un argument de motivation de la population, c’est aussi une déclaration de guerre au reste du monde à qui il promet une hausse des droits de douane. Avis aux bisounours : dans la bataille économique mondiale, les États-Unis fourbissent leurs armes.
L’ambition de ce dossier est de faire un point sur la situation européenne sur ce marché stratégique. Il a été bâti avec les meilleurs experts, notamment de ceux de France Payments Forum. Hervé Sitruk, cofondateur et président de cette organisation réunissant tout l’écosystème hexagonal, est devenu pour nous la mémoire vivante des cinquante dernières années du secteur. L’homme nous rappelle les temps anciens et glorieux où la France se distinguait avec la carte à piste magnétique. Mais il nous explique aussi comment Visa et Mastercard se sont fait une magnifique place au soleil. De l’innovation au déclin ! En 2003, le secrétaire d’État à la Défense américain Donald Rumsfeld, avait parlé de la « Vieille Europe », pour nous stigmatiser, Français et Allemands, à cause de la volonté de ne pas suivre les GI en Irak. « Vieille Europe », le terme en revanche pourrait ne pas être usurpé sur notre sujet... Les Américains seraient-ils pragmatiques et les Européens... romantiques ?
Les faits sont là et ils sont têtus : l’Europe souffre d’une dépendance technologique majeure aux États-Unis et elle en paie le prix, nous rappelle Jacques Marceau, membre de la fondation Concorde. Il serait grand temps que l’heure du réveil sonne. Trump exploite les clivages ! Tiens, quels bénéfices ont été tirés du marché unique des paiements ? On peut se féliciter du contrôle des marchés nationaux, mais quid des bénéfices de l’Europe ? Trump pense d’abord affaires ! La Commission européenne est, elle, très vigilante quant à la protection des consommateurs. Trump joue à plein les rapports de force... Et nous ?
Le NFC d’Apple, début de la rébellion ?
Juillet 2024, la Commission européenne, championne mondiale de l’économie ouverte, rend contraignants les engagements d’Apple, leader incontesté de l’économie verrouillée, sur l’ouverture de son NFC. Changement de paradigme ?
Assurément, le débat des moyens de paiement se porte sur les nouveaux outils. Arnaud Crouzet et Alain Toledano ont décortiqué ce qui était possible – et ce qui ne l’est pas – au vu de la décision européenne sur le dossier Apple. L’enjeu n’est pas seulement technique, mais aussi marketing. Car la marque à la pomme sait se distinguer par la fluidité de ses interfaces... Autre témoignage d’un début de réaction européenne : le lancement récent par EPI du porte-monnaie électronique Wero. Son directeur du développement, Ludovic Francesconi, nous explique comment la maison compte réussir son déploiement en Allemagne, en Belgique et en France, avant de s’attaquer aux Pays-Bas et au Luxembourg. Pour réussir, il faut commencer par séduire les consommateurs et être créatif dans les services proposés.
Ne négligeons pas non plus les sujets techniques et réglementaires : Stéphane Mouy et Mickaël Adams nous interpellent sur le règlement eIDEAS 2. Cette fois, il est aussi question de choix politiques. Car la responsabilité de l’identification porte ne porte plus sur le teneur de compte. Mais DSP2 et eIDEAS2 doivent se mettre d’accord... Cette bascule vers les sujets prospectifs nous a menés vers les sujets de tokenisation et d’euro numérique. Sans oublier les problématiques de fraude, dans un environnement de généralisation du paiement instantané, avec Michèle Hallak et Nicolas de Sèze. La Vieille Europe est-elle capable d’avancer à nouveau ?