Interpellés par les
Phénomène nouveau : ces financements passent aussi par des prêts bancaires achetés par les assureurs. Pour faciliter cette pratique, le Code des assurances a été modifié par un décret en août dernier.
Tous les acteurs économiques (entreprises, infrastructures, immobilier commercial…) sont examinés attentivement par les assureurs qui, dans un contexte de taux bas, sont à la recherche de rendements plus attractifs que ceux des obligations souveraines. Simultanément, les banques cherchent à alléger leur bilan et proposent donc aux assureurs de prendre en charge des financements qu'elles fournissaient traditionnellement.
Le phénomène concerne l'ensemble des pays européens et attire la vigilance de l'EIOPA. Son Executive Director, Carlos Montalvo estime que « la régulation doit être neutre. Si elle considère que tel actif est risqué pour les banques, alors il n'y a pas de raison pour qu'elle le juge sans risque pour les assureurs » (voir l'interview). Après des négociations d'une dizaine d'années, la directive Solvabilité 2, qui va régir les assureurs à partir du 1er janvier 2016, est désormais stabilisée, ce qui fait dire à Sylvain de Forges, directeur général délégué d'Ag2r La Mondiale : « La levée des incertitudes sur Solvabilité 2 va nous donner davantage de liberté pour investir en actions, en obligations non souveraines, dans les infrastructures et dans les fonds propres des entreprises de toutes tailles ».
Une économie dont la part de financement par les assureurs croît face à celle des banques est-elle plus vertueuse ? Selon Philippe Trainar, chief economist du groupe Scor, « si l'objectif est de proposer aux acteurs économiques un financement stable, reposant sur une épargne préalable, et de rompre avec un modèle économique où les crédits font les dépôts, alors oui, le financement de l'économie par les assureurs est une bonne chose ».
Toutefois, la régulation européenne incite davantage les assureurs à investir en dette plutôt qu'en actions, ce qui n'est pas sans poser de problèmes, selon l'économiste : « En effet, les acteurs économiques (entreprises, infrastructures...) auxquels les assureurs vont davantage prêter, seront plus endettés. Bâle III et Solvabilité 2 poussent le secteur financier, banques et assurances, à absorber plus de capital que par le passé, mais aucune mesure n'a été prise pour accroître l'offre de capital. […] Il y aura donc moins de fonds propres disponibles pour les entreprises non financières, qui seront contraintes de se financer plus par endettement. Or le taux d'autofinancement des entreprises non financières est déjà très bas aujourd'hui en France. Il s'agit là d'une fragilité qui pourrait avoir des conséquences sérieuses sur les crédits dont l'octroi tient compte du niveau des fonds propre des débiteurs. » Ce mécanisme risque de brider la capacité d'expansion de l'économie. Plutôt que de lancer des appels aux assureurs, les pouvoirs publics devraient vérifier que les régulations créent les bonnes incitations.