Répartition et capitalisation : les termes du débat

Créé le

15.05.2013

-

Mis à jour le

05.06.2013

Les arguments le plus souvent avancés en faveur de la capitalisation sont que celle-ci serait plus résistante aux chocs démographiques et que son rendement de long terme serait plus élevé que celui de la répartition. La capitalisation présenterait également l’avantage de favoriser l’accumulation d’épargne et donc les investissements dans l’économie. Retour sur ces trois arguments.

La performance des deux systèmes est caractérisée par leurs rendements actuariels : rendement des actifs financiers (mobiliers ou immobiliers) dans le cas de la capitalisation, taux de croissance de la masse salariale (ou du PIB) dans le cas de la répartition. Les risques attachés ne sont pas les mêmes. La répartition est particulièrement sensible aux variations économiques, notamment au chômage et au gel des rémunérations. La capitalisation est, elle, sensible à l'inflation et à l'évolution des marchés financiers. Contrairement aux idées reçues, la capitalisation ne consiste en effet pas à accumuler son argent sur un compte bancaire mais à l’investir sur les marchés financiers (le plus souvent via un fonds de pension). Lors du départ à la retraite, la valeur de cet investissement dépendra des conditions économiques et financières du moment, en particulier de la bonne tenue des marchés financiers, et non des conditions économiques et financières initiales.

La capitalisation présenterait un meilleur rendement sur le long terme que la répartition, tant qu’elle est majoritairement investie en actions. Ce constat peut être vrai sur certaines périodes, mais sur le long terme, l’observation des cycles boursiers ne confirme pas cette tendance. En France depuis le début des années 1950, les phases où les actions ont été beaucoup plus performantes que la croissance économique sont relativement limitées dans le temps (1950-1962, 1982-1989 et 1997-2001). Elles ont toutes été suivies par des périodes de chutes, parfois très importantes, puis de stagnation sur plusieurs années [1] (1962-1982, 1990-1997 et depuis 2002 et 2008). La volatilité des actions s’est en outre très fortement accrue depuis 15 ans. Pendant ce temps, le PIB a continué à croître en volume (même à des rythmes ralentis) et n’a connu que deux années de baisse limitée (1993 et 2009). De plus, le risque attaché aux actions étant plus élevé que celui attaché aux obligations, des placements diversifiés sont nécessaires pour une gestion de long terme, comme celle des retraites qui a un horizon d’au moins 60 ans (40 années de cotisations et 20 années de prestations). Or, les placements les moins risqués, telles les obligations, sont également moins rentables.

Du point de vue démographique, un choc consistant en l’arrivée de générations nombreuses à l’âge de la retraite (cas actuel) s'accompagnerait de ventes massives d'actifs financiers non compensés par des achats équivalents de titres des générations plus jeunes, moins nombreuses. Le risque de chute massive des Bourses serait alors très important. Un choc démographique consistant en une augmentation de la durée de service des pensions impliquerait un effort de préparation de la retraite plus important ou des pensions annuelles plus faibles, que le système de retraite soit financé en capitalisation ou en répartition.

Au final, le vieillissement de la population s’accompagnant d’une baisse de la population active entraînera mécaniquement une baisse de la productivité du capital ayant pour conséquence, et une baisse de la richesse produite (baisse du rendement de la répartition), et une baisse du rendement du capital affectant également la capitalisation. Ce dernier effet peut être contourné si les capitaux sont investis dans des pays où la démographie est plus favorable. Mais, d’une part, avec la mondialisation, les économies et les marchés sont de plus en plus interdépendants et, d’autre part, l’ensemble des pays de la planète connaîtront un vieillissement d’ici 2050.

Enfin, il est reconnu par la plupart des économistes que la capitalisation a un effet bénéfique à moyen et long terme sur les investissements et la croissance. Cet effet peut être atténué à court terme si les ménages ont déjà mis en place une épargne de précaution pour compenser la baisse attendue de leur taux de remplacement ou si l’augmentation de leur taux d’épargne se fait au détriment de la consommation à un moment où celle-ci aurait besoin d’être soutenue.

1 Voir à ce sujet les travaux de David Le Bris (2010-2011).

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº761bis
Notes :
1 Voir à ce sujet les travaux de David Le Bris (2010-2011).