Répartition et capitalisation : l’avenir des retraites en question

Créé le

15.05.2013

-

Mis à jour le

05.06.2013

Les leviers possibles (durée de cotisation, âge de la retraite, prestation versée) pour rééquilibrer le système de retraite par répartition sont contraints par la crise économique actuelle. Parmi les autres solutions possibles se distinguent le développement des retraites supplémentaires facultatives ou l’introduction d’une dose de capitalisation dans la répartition. Avantages et inconvénients.

En 2011, 270 milliards d’euros de prestations ont été versés au titre de la vieillesse (prestations obligatoires et facultatives). Pour des raisons historiques, le système de retraite français est aujourd'hui financé quasi exclusivement en répartition [1] . Les dépenses de retraite représentent depuis 30 ans de l’ordre de 10 à 14 % du PIB (voir Graphique). D’inspiration bismarckienne [2] , le système de retraite est principalement financé par les cotisations sur les revenus versées par les employeurs et les salariés : celles-ci représentent 64 % des ressources du régime de base des salariés du privé (70 % des actifs et près de 80 % des dépenses de retraite). Les taux de cotisations retraites des salariés du secteur privé sont de 26 % sur leur salaire brut dont plus de la moitié à la charge des employeurs.

Le système de retraite français devra continuer ses efforts d’ajustements

Sous l’effet de la crise économique, les régimes de retraite connaissent actuellement un besoin de financement de l’ordre de 0,7 point de PIB. Selon les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites (décembre 2012), ce besoin de financement devrait s’aggraver dans les années à venir. D’un côté, avec l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses du baby-boom et de l’allongement de la vie, le nombre de retraités de droit direct augmenterait de près de 45 % entre 2011 et 2060. Leur pension moyenne devrait également continuer à progresser (effet « noria »). Les dépenses de retraite en valeur, peu sensibles à la conjoncture économique, augmenteront donc fortement. De l’autre côté, la capacité de l’économie à financer ces futures dépenses dépendra avant tout des évolutions économiques à venir (voir Encadré 1) : selon l’hypothèse retenue pour le taux de chômage, le nombre d’actifs cotisants ne progresserait, quant à lui que de 12 à 15 % [3] et leur productivité entre 1 et 2 % par an en réels. Au final, le PIB en volume pourrait être multiplié de 1,8 à 2,7 fois entre 2011 et 2060. Cette amplitude se traduit sur la part des retraites dans le PIB qui passerait d’un peu moins de 14 à 11 ou 15 % en 2060 selon la situation économique future. Le solde du système de retraite pourrait continuer à se dégrader ou, au contraire, se redresser à cet horizon pour représenter de -2,1 points à +1,8 point de PIB (voir Tableau).

Quel que soit le long terme du système de retraite français, celui-ci devra ainsi continuer les efforts d’ajustements sur ses dépenses ou son financement dans les prochaines années.

Des marges de manœuvre limitées

Du côté des dépenses, deux solutions sont envisageables :

  • augmenter l’âge moyen de départ à la retraite : cela permet de ralentir la hausse du nombre de retraités. Cette solution est actuellement privilégiée : elle se concrétise par une hausse de la durée d’assurance nécessaire pour partir à la retraite au taux plein et par un relèvement de l’âge légal de départ. Elle se heurte au faible taux d’emploi des seniors et se traduit en période de crise en partie par une montée de leur taux de chômage ;
  • baisser le niveau relatif des retraites : cette solution a également été mise en œuvre, notamment par une indexation des droits acquis et des pensions sur les prix. Les pensions continueront d’augmenter, car elles restent liées à la progression des revenus d’activité professionnelle, mais à un rythme moins soutenu que ces derniers. Toutefois, une baisse du niveau relatif des retraites qui se poursuivrait de façon trop importante pourrait remettre en cause la confiance des générations futures dans le système de retraite.
Du côté du financement, il pourrait être envisagé d’augmenter les taux de cotisations afin d’avoir, à assiette égale, plus de ressources, ou encore d’élargir les assiettes à de nouvelles sources de financement (épargne salariale, revenus financiers…). Ces solutions se heurtent aux réticences des employeurs et des salariés. Du côté des employeurs, une augmentation du taux de cotisation et/ou un élargissement de l’assiette viendraient alourdir excessivement le coût du travail, réduisant leur compétitivité dans un contexte fortement concurrentiel. Il serait alors possible de n’augmenter que les taux de cotisation salariés (ce qui ne pèserait pas directement sur le coût du travail) ou les impôts pesant sur les ménages. Ce qui apparaît peu envisageable actuellement : la progression du pouvoir d’achat serait réduite d’autant, ce qui freinerait encore la consommation et la croissance.

Les autres solutions possibles

Une autre solution serait d’introduire une dose de capitalisation dans le financement des retraites. La capitalisation présenterait plusieurs avantages : meilleurs rendements, possibilité de diversifier les placements et meilleure résistance aux évolutions démographiques. Outre que ces avantages ne sont pas forcément démontrés sur longue période (voir Encadré 2), en pratique, il paraît en effet peu réaliste de remplacer totalement la répartition par la capitalisation. La transition impliquerait en effet un surcoût important en phase de montée en charge. Ce surcoût devrait être payé soit par les retraités actuels (en faisant relativement baisser la charge de leurs pensions pour les actifs), soit par les actifs eux-mêmes, qui paieraient alors une double cotisation. Ces deux options semblent difficilement acceptables durablement, à moins d’émettre de la dette publique, ce qui, compte tenu des niveaux actuels d’endettement, apparaît également impossible. Le choix de la répartition a d’ailleurs été réaffirmé par les lois de 2003 et 2010 [4] .

La capitalisation peut être individuelle et volontaire ou limitée à un petit groupe comme, par exemple, la Prefon, régime de retraite supplémentaire volontaire ouvert aux fonctionnaires. Les lois de 2003 et 2010 ont complété les dispositifs existants en mettant en place des mécanismes d’épargne retraite à vocation universelle (ouverts à tous) tels que les Perp [5] , indépendamment de l’âge et du statut professionnel. Pour l'instant, les retraites supplémentaires facultatives restent d'une ampleur limitée : en 2011, 10,5 milliards d’euros ont été collectés à ce titre, soit 4 % de la masse salariale du secteur privé. Les prestations versées se sont élevées à 6,4 milliards d’euros de prestations, soir 2,3 % de l’ensemble des prestations versées au titre de la retraite en France (obligatoire et supplémentaire).

La capitalisation peut aussi être collective. En Finlande, par exemple, une partie des cotisations est affectée à la capitalisation, les produits financiers de cette dernière servant éventuellement à baisser les cotisations sans incidence sur le calcul des droits.

Les fonds de réserves dans les régimes en répartition

Un autre exemple est celui des fonds de réserves dans les régimes en répartition. Dans ce cas, la capitalisation vient en appui de la répartition. L’horizon d’équilibre entre prestations et cotisations, normalement annuel en répartition pure, devient pluriannuel : les réserves sont accumulées pendant les phases de conjoncture économique et/ou de démographie favorables et sont utilisées dans les phases défavorables. Elles permettent ainsi de lisser les aléas conjoncturels de court terme et/ou d’anticiper les phases de vieillissement et de piloter les régimes de retraite sur le long terme en organisant leur équilibre sur plusieurs dizaines d’années. De nombreux pays (Suède, Canada, États-Unis) ont mis en place des fonds de réserve à ces fins. En France, le Fonds de réserve (FRR) créé en 1999 avait ainsi pour objectif d’accumuler des réserves jusqu’en 2020 et de les destiner à financer une partie des retraites des régimes de base de 2020 à 2040 afin d’amortir les conséquences des départs nombreux à la retraite. Ses actifs s'élevaient à 33,3 milliards d'euros fin 2009. La réforme des retraites de 2010 a raccourci l’horizon de décaissements du FRR : ce dernier a désormais pour objectif d’amortir les besoins de financement de court terme des régimes de base. Les actifs et les recettes du FRR sont depuis 2011 et jusqu’en 2024 versés chaque année à la Cades [6] .

Les régimes complémentaires français, tels l'AGIRC et l’ARRCO (destinés aux salariés du secteur privé) ou l’Ircantec (destiné aux contractuels de la fonction publique) ont mis en place de tels principes, et ce dès leur origine. Dans ces régimes, des objectifs de maintien d’un certain niveau de réserve peuvent être mis en place. Ainsi, l’Ircantec a un objectif double : l’équilibre sur 30 ans entre pensions d’un côté et cotisations et réserves de l’autre (contrainte de pérennité), et des réserves au moins égales à une année et demie de prestations sur les 20 prochaines années (réserve de précaution). Dans le régime complémentaire des artisans, les réserves de l’année doivent au minimum être égales à l’espérance de vie de la génération atteignant l’âge légal de départ à la retraite. Selon les termes de l’article 9 du 13 mars 2013 concernant les régimes AGIRC et ARRCO, un «  groupe de travail […] sera chargé, à compter du 1er janvier 2014, […] de proposer un dispositif de pilotage sur le long terme, fondé sur des rendez-vous périodiques et l’examen d’indicateurs pertinents (un objectif de réserves, lien avec la croissance et le taux de rendement) […] ».

Au final, pour être durablement équilibré, le système de retraite dispose d’un choix d’ajustements. L’arbitrage entre ces solutions devra relever de débats et de choix politiques, collectifs, sociétaux et citoyens.

1 En répartition, les cotisations perçues doivent s’équilibrer chaque année aux prestations versées. 2 Le gouvernement du chancelier Bismarck a créé en 1883 en Allemagne le premier système obligatoire de retraite financé par les cotisations ouvrières et patronales. 3 Le nombre de retraités de droit direct passerait de 15 millions à 22 millions, celui des cotisants de près de 26 millions en 2011 à 29 ou 29,5 millions en 2060. 4 Art. L. 161-17 A. du Code de la Sécurité sociale : « La Nation réaffirme solennellement le choix de la retraite par répartition au cœur du pacte social qui unit les générations. » 5 Plan d'épargne retraite populaire. 6 Caisse d’amortissement de la dette sociale. Un versement à la Cnav pour l’adossement des IEG est également prévu en 2020.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº761bis
Notes :
1 En répartition, les cotisations perçues doivent s’équilibrer chaque année aux prestations versées.
2 Le gouvernement du chancelier Bismarck a créé en 1883 en Allemagne le premier système obligatoire de retraite financé par les cotisations ouvrières et patronales.
3 Le nombre de retraités de droit direct passerait de 15 millions à 22 millions, celui des cotisants de près de 26 millions en 2011 à 29 ou 29,5 millions en 2060.
4 Art. L. 161-17 A. du Code de la Sécurité sociale : « La Nation réaffirme solennellement le choix de la retraite par répartition au cœur du pacte social qui unit les générations. »
5 Plan d'épargne retraite populaire.
6 Caisse d’amortissement de la dette sociale. Un versement à la Cnav pour l’adossement des IEG est également prévu en 2020.