Indépendance de l’analyse

Pourquoi financer la recherche des analystes en valeurs mobilières ?

Créé le

04.04.2011

-

Mis à jour le

13.04.2011

Si l’on part du postulat que la recherche en valeurs mobilières constitue un bien collectif, le producteur de la recherche, soit le courtier, ne peut en contrôler la distribution. Avec les nouveaux outils de communication, la recherche se propage rapidement et de nombreux utilisateurs la reçoivent gratuitement. Cette utilisation sans contrepartie financière caractérise un « bien collectif », d’autant que le producteur ne peut tirer les bénéfices sur ses services. Il résulte de ce qui précède que les courtiers ont réduit le financement de cette activité au sein de leur entreprise.

Les analystes tendent à concentrer leur recherche sur les titres de sociétés à forte capitalisation, ignorant les titres à faible capitalisation. Les titres de sociétés à forte capitalisation présentent de forts volumes de négociation et génèrent des commissions de courtage suffisantes pour financer les budgets des maisons de courtage, ce qui n’est pas le cas des titres peu négociés. Il résulte de ce qui précède que les courtiers affectent leurs analystes aux titres présentant des volumes de négociation élevés. Ceci vaut sur un marché composé d’émetteurs de titres à grande capitalisation. S’agissant de titres à petite ou moyenne capitalisation, ils peuvent être délaissés par le marché malgré des progrès commerciaux réels et ainsi faire l’objet d’opérations de manipulation.

Les titres ayant de forts volumes de négociation font l’objet d’un suivi équivalent. Il n’est pas certain qu’un marché soit plus efficient lorsqu’un nombre élevé d’analystes suit le même émetteur de titres à forte capitalisation. Ceci crée un déséquilibre par rapport aux titres à faible capitalisation qui eux, sont peu ou pas suivis. Or, le suivi par un analyste est primordial pour une entreprise à petite capitalisation qui cherche à croître. En outre, une réduction de la couverture a un effet d’appauvrissement pour le marché et, de ce fait, pour l’investisseur. Les investisseurs ne peuvent évaluer toute l’information fournie par un émetteur. Ils ont besoin d’un intermédiaire financier, relais entre l’investisseur et le marché, susceptible d’évaluer toute l’information qui est parfois complexe à analyser pour eux. Une couverture équitable favorise une plus grande transparence et un meilleur équilibre entre toutes les sociétés inscrites qui sont déjà soumises à une obligation de publication de leur état financier.

Fournir une garantie de meilleure couverture de la recherche par un analyste profite aux investisseurs, aux petits émetteurs et aux Bourses. Un meilleur suivi des petites et moyennes capitalisations devrait générer, à l’initiative des investisseurs, un accroissement du volume des opérations de négociation à la Bourse. À titre d’exemple, la Bourse de Singapour recherche activement des sociétés étrangères pour les inscrire à sa cote, en particulier des sociétés à petites et moyennes capitalisations. Une partie de sa stratégie [1] consiste à soutenir la couverture de ces sociétés par les analystes.

La recherche en valeurs mobilières crée de la valeur pour les actionnaires. L’épargnant a intérêt à composer son portefeuille de placement d’après des recommandations des analystes en valeurs mobilières plutôt qu’en suivant une politique de suivi d’un indice ou une sélection au hasard.

1 L'article d'Elliot Wilson, « Scandal Cools Taste for China Plays » (The standard, 7 mars 2005) décrit la stratégie d’affaires de la bourse de Singapour.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº291
Notes :
1 L'article d'Elliot Wilson, « Scandal Cools Taste for China Plays » (The standard, 7 mars 2005) décrit la stratégie d’affaires de la bourse de Singapour.